Soleil couchant

Soleil couchant, Théophile Gautier
Notre-Dame

Que c’est beau !

Victor HUGO

En passant sur le pont de la Tournelle, un soir,

Je me suis arrêté quelques instants pour voir

Le soleil se coucher derrière Notre-Dame.

Un nuage splendide à l’horizon de flamme,

Tel qu’un oiseau géant qui va prendre l’essor,

D’un bout du ciel à l’autre ouvrait ses ailes d’or,

– Et c’était des clartés à baisser la paupière.

Les tours au front orné de dentelles de pierre,

Le drapeau que le vent fouette, les minarets

Qui s’élèvent pareils aux sapins des forêts,

Les pignons tailladés que surmontent des anges

Aux corps roides et longs, aux figures étranges,

D’un fond clair ressortaient en noir ; l’Archevêché,

Comme au pied de sa mère un jeune enfant couché,

Se dessinait au pied de l’église, dont l’ombre

S’allongeait à l’entour mystérieuse et sombre.

– Plus loin, un rayon rouge allumait les carreaux

D’une maison du quai ;

 – l’air était doux ; les eaux

Se plaignaient contre l’arche à doux bruit, et la vague

De la vieille cité berçait l’image vague ;

Et moi, je regardais toujours, ne songeant pas

Que la nuit étoilée arrivait à grands pas.

Dans la Sierra, Théophile Gautier

Dans la Sierra, Théophile Gautier

J’aime d’un fol amour les monts fiers et sublimes !

Les plantes n’osent pas poser leur pied frileux

Sur le linceul d’argent qui recouvre leurs cimes ;

Le soc s’émousserait à leurs pics anguleux.

Ni vigne aux bras lascifs, ni blés dorés, ni seigles,

Rien qui rappelle l’homme et le travail maudit.

Dans leur air libre et pur nagent des essaims d’aigles,

Et l’écho du rocher siffle l’air du bandit.

Ils ne rapportent rien et ne sont pas utiles ;

Ils n’ont que leur beauté, je le sais c’est bien peu.

Mais moi je les préfère aux champs gras et fertiles,

Qui sont si loin du ciel qu’on y voit jamais Dieu.

España,1845