Les voix intérieures de Virginia Woolf

Comment fonctionne la pensée ? Avant les scanners et les IRM, Virginia Woolf coucha sur le papier la forme de notre discours intérieur. Cette première romancière de l’introspection inspire aujourd’hui les scientifiques.

«À quoi penses-tu ? » D’apparence innocente, cette question est assortie de riches et parfois lourdes connotations. Elle nous enjoint à sortir de notre silence, à partager notre monde privé, notre intériorité et notre intimité. Y répondre : «Rien » n’a jamais satisfait personne ; forcément, à tout moment nous devons bien penser à quelque chose, et si on nous a posé la question, c’est bien que nous avions l’air pensifs… Alors, « À quoi penses-tu ? »

Une fois la question posée s’ouvre un abîme bien incertain. Pouvons-nous, à la demande, identifier le contenu de nos pensées, l’isoler, le transmettre tel quel à autrui ? L’exercice n’a rien d’anodin et a été le sujet d’innombrables spéculations de la part de philosophes et psychologues. Et bien évidemment, les romanciers ne s’en sont pas davantage privés.

Une technique novatrice

L’écrivaine britannique Virginia Woolf (1882-1941) a fait de l’exploration de la pensée humaine sa signature artistique. Là où un narrateur omniscient et surplombant raconte les péripéties d’une intrigue, rapportant ça et là les impressions et paroles des protagonistes, Woolf a pris le parti d’installer le lecteur dans la tête même des personnages, mettant la narration et l’empreinte de l’auteur en retrait. C’est le cas dans la plupart de ses romans, mais c’est dans Mrs Dalloway, son premier succès, publié en 1925, que sa technique si particulière et originale, longuement réfléchie et théorisée depuis plusieurs années, aboutit pleinement pour la première fois. Sa très fine psychologie, son talent inouï pour l’observation et l’auto-observation des mouvements les plus subtils de la psyché, loin de fournir des réponses naïves et définitives, rendent pleinement justice aux complexités soulevées par cette question si anodine, « À quoi penses-tu ? », qui n’ont pas fini d’embarrasser les chercheurs, même aujourd’hui qu’ils disposent des techniques avancées de neuro-imagerie.

Le scanner littéraire

Il aura fallu attendre le début du XXe siècle pour que l’exploration littéraire des processus de pensée devienne un genre à part entière, sous l’impulsion notamment de James Joyce et Virginia Woolf. Ces auteurs poussèrent à ses dernières limites la technique dite du « courant (ou flux) de conscience », selon le terme du psychologue William James, qui en 1890 expliquait dans ses Principes de psychologie que la conscience, la vie subjective, n’était ni disjointe, ni unifiée, mais semblait plutôt « couler » comme une rivière. Pourquoi ne pas tenter de rendre, par l’écrit, ce flux continu de manière aussi réaliste que possible ?

Les précurseurs furent nombreux : Sterne, Dickens, Dostoïevski, Poe et bien d’autres. Mais il revient sans doute à Édouard Dujardin, auteur français méconnu, d’avoir le premier conçu une œuvre entièrement dans cette veine. Les lauriers sont coupés, publiés en 1887 et redécouverts tardivement, relatent quelques heures de la vie d’un personnage entièrement de son point de vue et à mesure que se déroule une de ses journées. En 1931, voyant son procédé enfin devenir populaire, Dujardin théorisa sa technique du « monologue intérieur » : « Le monologue intérieur est […] le discours sans auditeur et non prononcé, par lequel un personnage exprime sa pensée la…

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Abraham Lincoln, par Nathalie Lacladère

Abraham Lincoln occupe une place à part dans l’Histoire des États-Unis. De la cabane en rondins de son enfance à son assassinat, l’ascension du « bûcheron devenu roi » est l’exemple même du rêve américain, au point d’être l’objet d’un véritable culte laïque.

Tenu à l’écart des études, promis à une existence sans relief, cet autodidacte, devenu avocat par son seul mérite, se lance en politique à 23 ans et sera élu à la Maison Blanche en 1860, à 51 ans. Il y accomplira l’impensable : remporter la victoire militaire contre les Etats du Sud, sauver l’Union fédérale du naufrage et proclamer l’abolition de l’esclavage, pratique indigne d’une nation formée pour « éclairer le monde ». Acte de bravoure inouï, dont il eut le génie de penser qu’il accélèrerait la réunification, au lieu de la freiner. Tant de courage vaudra à Lincoln d’être assassiné, le 14 avril 1865, quelques jours après la fin des hostilités. Deux siècles après sa naissance, il demeure dans la mémoire américaine une figure mythologique, un « père de la nation » au même titre que Washington.  Abraham Lincoln est le plus célèbre et le plus célébré des présidents américains. La gloire de Lincoln s’explique dans la dimension morale du personnage, par l’ampleur de la guerre civile à laquelle il fut confronté et su mettre fin, aussi bien que par la tragique injustice de son assassinat.

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La pensée et ses opérations-extrait de l’Épistémologie Mathématique, Jean Piaget remanié par Nathalie Lacladère

A Jean Piaget, extrait remanié par mes soins de l’Épistémologie Mathématique et psychologie

Jean Piaget était un psychologue, logicien, épistémologue Suisse, connu pour ses importants travaux en épistémologie. C’est lui qui a créé les plus énormes travaux en épistémologie et développement de l’Enfant jusqu’à ce jour.

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Maylis, une enfant, children (mon unique enfant)

Comparé à un enfant, un adolescent est un individu qui construit des systèmes et des « théories ». L’enfant ne bâtit pas de systèmes: il en a d’inconscients ou de préconscients, en ce sens qu’ils sont informulables ou informulés et que seul l’observateur extérieur parvient à les dégager, tandis que, lui, ne les « réfléchit » jamais. Autrement dit, il pense concrètement, problème après problème, au fur et à mesure que la réalité les propose et ne relie pas ses solutions au moyen de théories générales qui en dégageraient le principe. Au contraire, ce qui frappe chez l’adolescent, c’est son intérêt pour les problèmes inactuels, sans rapport avec les réalités vécues au jour le jour, ou qui anticipent, avec une naïveté désarmante, des situations futures du monde et souvent chimériques. Ce qui étonne surtout, c’est sa facilité à élaborer des théories abstraites. Il y en a qui écrivent: qui créent une philosophie, une politique, une esthétique ou ce que l’on voudra. D’autres n’écrivent pas, mais parlent. La plupart ne parlent même que peu de leurs productions personnelles et se bornent à les ruminer de façon intime et secrète. Mais tous ont des systèmes et des théories qui transforment le monde sur un point ou un autre. Or ce décrochage de cette nouvelle forme de pensée, par idées générales et constructions abstraites, s’effectue en réalité d’une manière assez continue et moins propre à la seconde enfance. C’est en réalité vers douze ans qu’il faut situer le tournant décisif, après lequel l’essor se prendra peu à peu dans la direction de la réflexion libre et détachée du réel. Vers onze et douze ans, en effet, s’effectue une transformation fondamentale dans la pensée de l’enfant, qui en marque l’achèvement par rapport aux opérations construites durant la seconde enfance: le passage de la pensée concrète à la pensée « formelle ».Quelles sont effectivement, les conditions de constructions de la pensée formelle? Il s’agit pour l’enfant, non plus seulement d’appliquer des opérations à des objets, mais de « réfléchir » ces opérations indépendantes des objets et de remplacer ceux-ci par de simples propositions.

Les structures mères-extrait Pensée logico-Mathématique, Jean Piaget remanié par Nathalie Lacladère

A Jean Piaget, extrait remanié par mes soins de l’Épistémologie Mathématique et psychologie

Jean Piaget était un psychologue, logicien, épistémologue Suisse, connu pour ses importants travaux en épistémologie. C’est lui qui a créé les plus énormes travaux en épistémologie et développement de l’Enfant jusqu’à ce jour.

Préparé par les découvertes d’Évariste Galois sur la notion de groupe, par le célèbre programme d’Erlangen de F. Klein en géomètrie et par un grand nombre d’autres travaux, l’effort de l’école de Bourbaki pour dégager « l’architecture des Mathématiques » a  consisté à présenter celles-ci comme reposant sur un nombre non déductible à priori de structures fondamentales ou « structures mères » et comme pouvant être engendrées par un double mouvement de différenciation interne des structures et de combinaisons entre ces structures-mères ou entre certaines sous-structures de l’une et certaines sous-structures d’une autre. On voit d’emblée l’intérêt d’une telle tentative quant aux problèmes psychologiques que soulève l’existence des Mathématiques, et cela à trois points de vue: 1. celui du recours à la notion de « structure » qui soulève la question d’une comparaison possible avec les structures mentales;2. celui de la filiation mathématique des structures, qui soulève la question d’une comparaison possible avec les filiations génétiques;3. celui de la méthode employée pour découvrir les structures(avant de les justifier axiomatiquement), méthode dont l’analyse peut fournir quelques indications ou tout au moins suggestions sur le type d’existence des structures eu égard aux relations entre le sujet et l’objet. Malgré la diversité illimitées de théories en apparence très distinctes il est possible de faire abstraction de la nature des éléments sur lesquels portent ces théories, de manière à dégager les seules relations structurales, c’est à dire les relations communes qui subsistent indépendamment de ces éléments. Les conditions de ces relations une fois énumérées constituent alors les axiomes de la structure considérée et faire la théorie de cette structure consistera à dégager les conséquences logiques de ces axiomes en s’interdisant toute autre hypothèse.

Là où la construction progressive a conduit à un compartimentage de plus en plus poussé(Algèbre, Analyse, Théorie des Nombres, Géométrie), l’analyse comparative découvrant les structures remonte au contraire aux formes communes les plus générales mais n’y remonte qu’en brisant ces compartimentages et en cherchant les isomorphismes entre telle partie d’un autre.

extrait de Pensée-Mathématique, Jean Piaget, remanié par Nathalie Lacladère

A Jean Piaget, extrait remanié par mes soins de l’Épistémologie Mathématique et psychologie

Jean Piaget était un psychologue, logicien, épistémologue Suisse, connu pour ses importants travaux en épistémologie. C’est lui qui a créé les plus énormes travaux en épistémologie et développement de l’Enfant jusqu’à ce jour.

S’il existe des structures naturelles M comme point de départ, il en découle un certain nombre de conséquences en ce qui concerne les problèmes de l’évidence et les multiples formes d’intuitions.

La première tient à la multiplicité des formes d’expériences: à côté de l’expérience empirique qui n’intervient pas dans les Mathématiques Pures, il existe des expériences spécifiquement mathématiques qui sont intégrées dans l’intellectuel du chercheur de la même façon et au même titre que ses expériences dans des domaines différents. Ainsi il convient d’opposer « expériences logico-mathématiques » et « expérience physique » parce que l’abstraction qui  leur est propre porte sur les actions mêmes du sujet et non pas sur des objets extérieurs. D’autre part Beth, admettant avec Bernays la possibilité d’une variation dans les évidences et, cherchant néanmoins à échapper au relativisme sceptique que l’on pourrait être tenté d’en déduire, propose une distinction entre deux sortes d’intégrations, l’une « inductive » ou lente et l’autre « noétique » ou par compréhension soudaine. Cette dernière notion dont Beth souligne l’importance pour une épistémologie génétique, correspond en effet à un large groupe de données que nous aimerions réexaminer du point de vue de la psychologie de l’évidence. Il est facile de constater, par exemple, que l’enfant au niveau des représentations préopératoires, ne croit pas à la transitivité des relations: une tige A est constatée plus petite que B et B plus petite que C mais lorsqu’on demande la relation entre A et C sans les laisser percevoir l’une à coté de l’autre, le sujet refuse de décider ou se borne à deviner sans témoigner d’une reconnaissance de la nécessité. Or dans le cas particulier de la transitivité des inégalités ordonnées, il est facile d’expliquer cette intégration noétique par l’achèvement(ou, si l’on préfère: la fermeture) de la structure à laquelle cette transitivité se rattache à la sériation (ou enchaînement de relations asymétriques, connexes, transitives). La sériation constitue l’un des groupements systématiques auxquels l’enfant parvient de lui-même.

Sur le terrain logico-mathématique, il faut reconnaître également certaines variations d’évidences et Beth à la suite de Bernays, parle à ce sujet d’évidences acquises: par exemple les évidences qui se sont constituées sous l’influence de la géométrie euclidienne et dont certaines ont du être retouchées dés le XIXè siècle.

« Pensée 148 », Blaise Pascal par Nathalie Lacladère

Pensée 148, Blaise Pascal

Tous les hommes recherchent d’être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu’ils y emploient. Ils tendent tous vers ce but. Ce qui fait que les uns vont à la guerre et que les autres n’y vont pas est ce même désir qui est tout dans tous les deux, accompagné de différentes vues. La volonté ne fait jamais la moindre démarche que vers cet objet. c’est le motif de toutes les actions de tous les hommes. Jusqu’à ceux qui vont se pendre. Et cependant depuis un si grand nombre d’années jamais personne, sans la foi, n’est arrivé à ce point où tous visent continuellement. Tous se plaignent, princes, sujets, nobles, roturiers, vieux, jeunes, forts, faibles, savants, ignorants, sains, malades, de tous pays, de tous les temps, de tous âges et de toutes conditions. Une épreuve si longue, si continuelle et si uniforme devrait bien nous convaincre de notre impuissance d’arriver au bien par nos efforts. Mais l’exemple nous instruit peu. Il n’est jamais si parfaitement semblable qu’il n’y ait quelque délicate différence, et c’est de là que nous attendons que notre attente ne sera pas déçue en cette occasion comme en l’autre. Et ainsi, le présent ne nous satisfaisant jamais, l’expérience nous pipe, et de malheur en malheur nous conduit jusqu’à la mort qui en est un comble éternel. Qu’est-ce donc que nous crie cette avidité et cette impuissance, sinon qu’il y eu autrefois dans l’homme un véritable bonheur, dont il ne lui reste maintenant que la marque et la trace toute vide, et qu’il essaie inutilement de remplir de tout ce qui l’environne, recherchant des choses absentes le secours qu’il n’obtient pas des présentes, mais qui en sont toutes incapables, parce que ce gouffre infini ne peut être rempli que par un objet infini et immuable, c’est à dire par Dieu lui même. Lui seul est son véritable bien.

Pascal, Pensées 1670.

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Tableau d’Alison Jardine-Dallas(USA)