principe premier: un enfant n’est pas une monnaie de change

Selon ma perception, principe premier: un enfant n’est pas une monnaie de change. Je suis donc pour supprimer la notion de pension alimentaire (désuète ) unitaire à la monnaie en la remplaçant  par un « service-partage » à la demande, en commun accord, non matérialisable.

D’ailleurs, je n’ai jamais demandé la pension alimentaire au père de ma fille car cette notion est archaïque.

La monnaie reste l’unité pour de nombreuses choses, toutefois tout ce qui est dématérialisable sera utile à une progression de notre société.

Un «conservateur» a été nommé à la tête de la Banque des règlements internationaux

Si Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, paraît inflexible, le nouveau président de la Banque des règlements internationaux (BRI) – son compatriote Jens Weidmann, gouverneur de la Bundesbank, la banque centrale allemande – l’est encore davantage. Ce dernier a été élu dimanche président pour un mandat de trois ans de cette institution bâloise surnommée la «banque centrale des banques centrales» et qui rassemble les principaux instituts centraux au monde. Il succédera le 1er novembre prochain au Français Christian Noyer.
«Jens Weidmann est un conservateur», souligne Cédric Tille, professeur de finance à l’IHEID à Genève. «Il est très sceptique quant aux programmes d’assouplissements quantitatifs lancés par la Fed et, plus récemment, la Banque centrale européenne», poursuit ce spécialiste des questions monétaires. Dans un portrait publié en début d’année, l’hebdomadaire allemand Die Zeit le qualifie d’«anti-Draghi», par référence au président de la Banque centrale européenne, partisan des politiques monétaires facilitant la reprise économique. A tel point que leur opposition, toute professionnelle au début, serait devenue d’ordre personnel, selon ce média de référence d’outre-Rhin.

Opposé aux politiques monétaires expansives

La Banque des règlements internationaux s’illustre depuis plusieurs années par les critiques qu’elle adresse aux politiques monétaires expansives pratiquées notamment par la Fed et, plus récemment, par la Banque centrale européenne. Le ton de ses prises de parole devrait se durcir sous la présidence de Jens Weidmann. Mais ses effets devraient rester limités. Selon le professeur Cédric Tille, «ses interventions n’exercent que peu d’effets sur les marchés financiers, au contraire des grandes banques centrales».

Source:http://www.letemps.ch/Page/Uuid/35241886-5594-11e5-8005-b2819b48d67e/Un_conservateur_a_été_nommé_à_la_tête_de_la_Banque_des_règlements_internationaux

John Law, la Monnaie, l’État

Source : académie des Sciences : http://www.asmp.fr/fiches_academiciens/textacad/tabatoni/law.pdf

John Law ou John Lass ? comment savoir ?
John Law of Lauriston est son nom écossais ; John Lass est la graphie française. Parfois on l’appelle M. de Lasse. Ici, au Palais Royal, plusieurs d’entre vous, comme moi, pensent aux dîners du Régent auxquels Lass a dû participer. C’est ici qu’il se réfugia pendant la mini-fronde parlementaire de septembre 1718.

Sa carrière publique est brève, étonnante, dramatique : elle se déroule d’avril 1716, date de la création de sa Banque privée, au 9 décembre 1720, date où il démissionne et part en exil, ruiné. Le Régent joint au passeport quelques louis d’or de subsistance. Ses héritiers recevront finalement 35 000 livres !

Paul Harsin, son historien, a écrit : « en 4 années il a fait subir à l’État les transformations les plus profondes et les plus rapides que l’histoire ait jamais connues ».

Sa politique de la monnaie ne peut être dissociée de son Système, lui-même au cœur de l’aventure. Elle est très ambitieuse : réforme monétaire, fiscale, administrative, maritime, gestion de l’investissement et de la dette publique.

Il présente sa réforme monétaire au Duc d’Orléans en 1708 : une monnaie de papier, nouvelle, et garantie par les propriétés immobilières ; l’État finirait par posséder la plus grande partie des biens-fonds ! C’est le même projet que celui qu’il a développé dans Money and Trade, repoussé par le Parlement d’Ecosse en 1700.

De retour en France en juillet 1714, il adresse au Régent un nouveau Plan. Cette fois c’est bien tout le Système qu’il présente dans son Mémoire sur les banques pour servir de préface à l’établissement d’une banque en France. Sa banque générale créerait des billets de banque, et une Compagnie animerait le développement économique du pays. C’est, en particulier, le modèle anglais, qui l’inspire, avec sa Bank of England créée en 1696, et la Company of India. Mais il souhaite intégrer les deux institutions. La monnaie serait gagée non plus sur des immeubles, mais sur les revenus de l’État, qui seraient collectés par la Banque.

Son Système interagit avec le système financier et politique de la Régence : une très grave crise financière de l’État, une grave dépression, et même une crise politique.

Le Régent s’engage en effet dans un renversement d’alliances qui se détourne de l’Espagne et associe la France à l’Angleterre et à la Hollande ; politique mal suivie par l’opinion et la Cour.

Il est aux prises avec l’Espagne, devenue très anti-française après la paix de Nimègue, mais aussi avec le Parlement. La controverse janséniste sur la Bulle Unigenitus provoque en 1717- 1718 une demande de réunion d’un Concile spécial, par le clergé français, appuyé par une opinion influente, y compris au Parlement, et même par le Duc de Noailles, président du Conseil des Finances. Le Régent, qui souhaiterait se rapprocher du Pape, est embarrassé. Le peuple de Paris manifeste toujours ses brusques engouements et émois. Il faut le satisfaire sur le plan économique.

Quels chocs dans cet environnement, et quels contre-chocs sur le Système ! Quels défis du Système à l’ordre établi ! Obnubilé par son Plan, Lass a pensé pouvoir manœuvrer ce Système au sommet, tout en gardant une certaine autonomie par rapport à l’État. Mais il fut dans l’État, et son instrument. En refusant en avril 1716 son premier projet intégriste, le duc de Noailles, avait dénoncé le risque « de voir le Système débordé par les appétits du Roi, et les excès de l’arbitraire ». C’est finalement le Régent qui impose la Banque d’État, en décembre 1718.

L’un des paradoxes du Système est d’avoir renforcé le cadre d’une économie dirigée à la Colbert, tout en luttant contre la technocratie financière traditionnelle, et en déchaînant, dans la société, l’esprit de richesse et de spéculation. On parle d’un million de personnes engagées dans les opérations financières du Système. Edgar Faure s’est étonné de cette folie collective de spéculation, « chez un peuple peu porté à la finance et au négoce ».
La spéculation en France précède en effet la « bulle » anglaise de la South Sea C°.

Un Acteur flamboyant

D’évidence Lass est un aventurier ambitieux et brillant, systématique, imaginatif, charmeur, communicateur et manipulateur. Né à Edimbourg en 1671, c’est un « homme effroyablement maigre, d’environ 6 pieds, marqué de petite vérole, un gros nez et une voix forte et basse ». Ses atouts sont exceptionnels : vision du long terme, connaissances techniques, expérience, audace, obstination. Remarquable mathématicien et financier, formé d’abord par son père qui était orfèvre, c’est-à-dire banquier, il passe sa jeunesse à fréquenter le milieu des finances et du commerce, en Ecosse, à Londres, Amsterdam, Genève, et en Italie. Il apprend vite.

Mais il cède à ses impulsions. À 26 ans à la suite d’un duel meurtrier, condamné à mort en Ecosse, il s’évade avant son exécution et doit voyager. Un peu plus tard en 1708, il se fait expulser de France comme joueur impénitent. Dans ces mois si difficiles pour le Système de 1720, sûr de son modèle, alors qu’il ne dispose pas de la trésorerie pour assurer ses échéances, il ne recule devant aucun expédient : annoncer des politiques jamais appliquées, imprimer irrégulièrement un milliard et demi de livres de billets de banque, ruiner les rentiers, interdire la détention d’or, emprisonner grands et petits, légitimer la délation…

Il est sensible aux honneurs : nommé, enfin, en janvier 1720, Contrôleur Général des Finances, premier ministre en fait, il s’avoue heureux de pouvoir entrer aux Tuileries en carrosse ; faiblesses d’un grand homme ou réalisme des symboles du pouvoir ? Cependant, il reste toujours conscient de l’importance de sa mission publique. «La banque, écrit-il, au Régent en 1716, n’est pas la plus grande de mes idées, je produirai un travail qui surprendra l’Europe… ».

En effet, John Lass, mercantiliste, désire renforcer l’État et la richesse du pays, par la création de monnaie et par le crédit, afin de mettre au travail le plus grand nombre, et, plus encore, donner leurs chances aux plus efficaces. Monnaie, commerce et population sont pour lui interdépendants, comme monnaie et investissement. Il voudrait faire de Paris la première place financière au monde. Il entend donc débarrasser l’État de ces intermédiaires financiers, traiteurs et maltôtiers, qu’il voit comme des prédateurs. Il veut refaire l’Administration du Royaume. Il lui faut la confiance et la protection du Régent pour forcer rapidement les obstacles.

Il l’obtient ; jusqu’au 27 mai 1720 où, sachant que les fonds manquent pour les échéances, face à la révolte conjuguée du peuple et du Parlement, le Régent doit le révoquer ; il songe même à l’embastiller. Mais d’Argenson, nouveau Contrôleur Général, et ancien Lieutenant de Police, sait que seul Lass maîtrise le Système, même avec des pouvoirs rognés. Il lui fait gagner deux jours de liberté. Cela lui suffit pour réapparaître au Conseil de Régence, avec de nouveaux plans.

À coups d’expédients, il se maintient aux affaires jusqu’à fin novembre 1720. Même en exil à Londres, en 1723, il espère encore être rappelé à Paris par le Duc d’Orléans, grâce à de nouveaux projets ; mais le Duc meurt en décembre. Un Système dirigiste L’histoire de ce Système a fasciné de nombreux esprits distingués : dès 1758 un grand historien et praticien des finances, François Véron de Forbonnais, futur collaborateur du Contrôleur Général Silhouette, a consacré à Lass deux tomes de ses six volumes : Recherches et considérations sur les finances de la France, depuis 1595 jusqu’en 1721.

En 1977, Edgar Faure écrit un livre savant de 740 pages, « La banqueroute de Law, le 17 juillet 1720 ». C’est une somme, avec 30 pages de références, et la liste des 74 arrêts et décisions qui ont fait, et défait, le Système. Elle est publiée, chez Gallimard, dans la collection Trente journées qui firent la France. Ce fameux 17 juillet, en effet, c’est le jour de la banqueroute : après une semaine d’émeutes, et des morts, la banque a renoncé à payer ses billets à ses guichets.

Notons bien que le Système, s’il démarre avec la création de la banque privée en mai 1716, n’est constitué que par étapes, jusqu’à juillet 1720, avec une importante poussée en août 1719. Il comporte en effet l’institution de la Banque d’État et de la Compagnie des Indes, l’achat de la Ferme Générale des impôts indirects, le privilège de fabrication des pièces de monnaie, l’achat de la ferme du tabac, le plan de réduction de la dette publique, la démonétisation des métaux précieux, la monétisation des actions, puis, pour les commerçants, la démonétisation des billets et leur remplacement par des compte courants transférables mais inconvertibles.
À son apogée, début 1720, il dispose de pouvoirs considérables sur l’économie. La banque privée (avril 1716) a un privilège monétaire de 20 ans.

La Compagnie d’Occident, (mai 1717), reçoit une concession à perpétuité, pour exploiter l’immense territoire de la Louisiane. La banque d’État, (décembre 1718) a le monopole de l’émission des billets, et finance l’État. La Compagnie des Indes (mai 1719) regroupe des Compagnies existantes, et obtient le monopole du fret et du commerce international ; à la fin du Système elle utilise 87 vaisseaux, plus que la Compagnie anglaise des Indes ; en outre Lass obtient la souveraineté sur Belle-Isle et Lorient. Fin août 1719, la subrogation de la Compagnie dans le bail de la Ferme Générale des impôts indirects lui fournit des ressources considérables. Outre ses fonctions de Gouverneur de la Banque et de la Compagnie, le Régent le nomme Surintendant des monnaies en Août 1719, puis en janvier 1720 Contrôleur général des finances, et enfin Surintendant général des finances.

En février 1720, la banque est intégrée dans la Compagnie, qui doit gérer tout le Système. En 1714, il trouve la France fort mal-en-point, comme d’autres pays sortant de la guerre. Mais il lui fait confiance. Sans doute observe-t-il ces frémissements économiques, avec la paix d’Utrecht, en 1713, dont nous parlent plusieurs auteurs. Déjà l’économiste Dutot, vers 1735, avait noté les entrées d’espèces en France, liées à l’excédent notable de la balance extérieure française, qui attirait les spéculateurs étrangers.

Plusieurs historiens contemporains soulignent cette tendance positive. François Bluche, dans son Louis XIV, écrit que les difficultés accumulées depuis 1693 « n’ont pas vraiment ébranlé une population qui travaille, produit, développe la petite propriété, s’instruit ». Emmanuel Le Roy Ladurie, dans sa préface au beau livre L’or du Brésil, fait démarrer en 1715 cette période de croissance, jusqu’à la révolution, qu’il dénomme « les 60 glorieuses ». Mais Lachiver, dans les Années de misère. La famine au temps du grand Roi, 1680-1720, nous rappelle cependant la dureté des temps. Lass constate les effets de la longue guerre de succession d’Espagne, aggravée par la glaciation climatique de 1709 : délabrement des finances publiques et du change, rendement des impôts réduit de près du tiers, taux d’intérêt élevé, pénurie de monnaie, arrêt des activités, misère. La dette publique s’élève fin 1715 à 2 milliards de livres, avec une charge d’intérêts de 86 millions, un record pour l’époque, même en Espagne ; sans parler des 600 millions de dette flottante.

Il n’existe pas de système fiable de remboursement, financé par l’impôt, à l’anglaise, malgré les créations, depuis Colbert, de Caisses des emprunts.
En 1716, Lass envoie au Régent son Mémoire sur l’acquittement des dettes publiques. Il observe aussi les effets, déflationnistes, de la politique monétaire du Contrôleur Général Desmarets, neveu de Colbert, ministre de Louis XIV. En 1713 le marc d’argent avait été ramené à 30 puis 27 livres. La livre avait été « réévaluée » à 11 reprises.

Le terme réévaluation est d’ailleurs impropre, car à l’époque on parlait de diminution, ou d’affaiblissement des espèces. Lorsque le Roi « diminue » un louis d’or ou un écu d’argent, monnaies de règlement, de 20 livres tournois, monnaie de compte, à 14 livres, il réduit le pouvoir d’achat de l’or ou de l’argent. Par exemple si le prix d’une mesure de blé est d’1 livre, la nouvelle définition du même louis ne permet plus d’en acheter que 14 unités, au lieu de 20. Les vendeurs sont conduits à baisser leurs prix pour écouler leur production, et les revenus suivent. C’est la déflation, de même inspiration que celle de Laval en 1935.

Aussi ceux qui possèdent des pièces préfèrent les thésauriser, ou les exporter en Hollande. La pénurie de monnaie est accrue.D’ailleurs, à peine installé par le Régent, le Duc de Noailles, président du Conseil des finances, décide, en décembre 1715, de «renforcer» le mark d’argent de 27 à 40 livres, c’est-à-dire de « dévaluer » fortement la livre. Mais cette relance n’a pas grand effet. Quant aux billets de la Monnaye, qui, depuis 1701 avaient été déjà été émis massivement (600 millions de livres) par le Trésor lui-même, dont l’acceptation avait été rendue obligatoire en 1707, ils n’inspiraient aucune confiance au public, et étaient dépréciés de près de 80 %.

C’est donc au plein même de cette crise financière que Lass obtient finalement, le 2 mai 1716, la création de sa banque privée. Il pense que le moment est opportun puisque déjà la balance commerciale est redevenue positive en 1716, et le change à Amsterdam favorable. En tout cas pour des esprits éminents, comme Vauban et Boisguilbert, en France, et Petty et Locke, en Angleterre, c’est la pénurie de monnaie métallique qui retarde la relance. Le Système en sera l’agent dynamique. Essayons d’en expliciter schématiquement les mécanismes.

Une dynamique spéculative En simplifiant l’agencement, pas toujours cohérent, d’un grand nombre de mesures on peut l’exposer en 4 principes : 1er principe : Avec nos mots du XXe siècle, on dirait qu’il constitue un circuit de croissance économique : l’économie est relancée par les émissions massives de billets de banque, qui, comme en Suède, en Angleterre et en Hollande, doivent être considérés comme de la monnaie ordinaire.
Cette injection de monnaie, et donc de crédit à bon marché, réduit rapidement la pénurie de capital circulant. L’activité reprend, et il faut l’orienter vers l’investissement et le commerce.

Pour cela Lass offre des actions émises par une grande Compagnie de développement colonial, mais qui investit aussi beaucoup en France, incite au commerce, créant des ports nouveaux, développant, autour d’eux comme l’explique J.C. Asselain, des industries d’exportation, et les transports. Elle renforce sensiblement la flotte, réduisant la charge coûteuse des frets payés à la marine hollandaise. La croissance économique légitime de nouvelles émissions de billets, qui facilitent l’investissement en actions nouvelles, et ainsi de suite. Cette expansion monétaire sert aussi à l’État, qui, en période de paix, peut construire des ports, routes, canaux. Jusqu’à fin octobre 1720, Lass a émis près de 2, 8 milliards de livres de billets, surtout de grosses coupures supérieures à 1000 livres. Il a réussi à en retirer de la circulation environ 1, 5 milliards de livres. Depuis 1719, les prix, à Paris surtout, ont doublé ou même triplé.

Lass fait d’ailleurs l’éloge de l’inflation. Afin de réduire le risque de demande de remboursement des billets en or, à la banque, le Système s’efforce de contrôler de grands circuits financiers : recettes des impôts indirects, versement des « tailles » à la Compagnie, mouvements de fonds du commerce extérieur, mouvements liés à la fabrication des pièces de monnaie. Il entend se débarrasser des intermédiaires financiers qui s’interposent entre les ressources financières et l’État, et n’hésite pas à supprimer d’un coup les postes de 40 receveurs généraux des impôts directs en octobre 1719, et à encaisser directement la taille. Au passage, il rationalise l’administration supprimant des taxes et des offices inutiles, réorganisant les perceptions. Pour assurer la crédibilité des billets, et la confiance du public, une Banque d’État est nécessaire. De nombreux mémoires, au début du siècle, le soutiennent. En 1708 Samuel Bernard, banquier officiel du Trésor, avait recommandé la création d’une banque publique, mais il fut en faillite en 1709.

Plusieurs émanaient même de jeunes philosophes. Citons, entre autres, le projet présenté en décembre 1715, par le jeune Montesquieu : une Banque générale réunirait, en sa seule main, tout le commerce et le négoce sans exception, et devrait pouvoir acquérir tous les fonds du Royaume, acquitter toutes ses dettes, prêter à tous les particuliers. Au départ, la banque privée de Lass est modeste avec un capital de 1 200 actions de 500 livres, mais c’est la première banque de dépôt, de virement, d’émission de billets. Dans cette première phase, la banque s’engage par écrit, sur ses billets, à payer en espèces d’argent (« écus de banque »).

Ils sont donc très bien acceptés. La confiance semble rétablie. Le Régent, enchanté de la relance si rapide de l’économie, décide, en octobre 1716, que les transferts de fonds au Trésor, par les receveurs d’impôts, se feront en billets, et, à partir d’avril 1717, que les comptables devront recevoir les impôts en billets. Il supprime ainsi les bénéfices spéculatifs que les receveurs faisaient sur les lettres de change utilisées pour transférer les fonds à l’État. Le Parlement, composé de magistrats, proteste vivement contre ce mode de transfert de fonds publics, et dénonce le rôle de cet étranger, Lass, bien qu’il ait été naturalisé français le 2 mai 1716. Ses remontrances expriment aussi son désir de contrôler les finances du Roi, et l’influence janséniste le conduit à exprimer une grande méfiance à l’égard des activités d’argent. Poussé par Lass, le Régent règle autoritairement le problème, dans un lit de Justice, en août 1716, et, pour la bonne mesure, d’Argenson fait embastiller ou exiler certains parlementaires. La voie est libre pour créer la Banque d’État le 4 décembre 1718.

Au début de 1719 il devient interdit d’utiliser les espèces pour des paiements supérieurs à 600 livres. Le cours du change remonte à Amsterdam. L’ancienne compagnie du Mississipi, dont le financier Croizat avait eu le monopole en 1712, est transformée en Compagnie d’Occident, avec un capital de 50 000 actions de 500 livres, payable en billets d’État. Elle rendait ces billets au Trésor contre des rentes perpétuelles à 4 %, une consolidation de la dette. Elle versait 4 % de dividendes aux actionnaires, mais seulement à partir de la seconde année, gagnant en trésorerie. Discrètement le Roi avait souscrit 40 % du capital. En bref le seul gage de cette monnaie fiduciaire est la croyance dans l’expansion, dont l’indice immédiat est la hausse des cours des actions. Ces billets n’ont plus besoin d’être garantis par l’or ou l’argent ; la croissance et la confiance sont les véritables bases du système monétaire.

L’idée, moderne, « d’effet de richesse » sur la consommation et d’interdépendance entre politique monétaire et évolution boursière, est clairement formulée. 2e principe : Il faut donc démonétiser l’or et l’argent, surtout l’or. Dès la création de la Banque publique, les billets, dont la fabrication doit être décidée par le Conseil d’État, pourront être libellés soit en « écus de banque » soit en livres, monnaie déconnectée du métal. Ces billets en livres deviennent rapidement seuls recevables, mais n’étant pas sujets aux diminutions sur les espèces, ils sont très bien reçus. Mêmes les lettres de change sont libellées en livres. Les métaux précieux, sont délibérément traités avec la plus grande désinvolture : Lass affaiblit souvent les pièces de monnaie, pour inciter les gens à les échanger contre des billets. À d’autres périodes, il les renforce, pour réduire la méfiance du public.

Fin janvier il impose le cours forcé des billets. En février il prohibe le port des bijoux, diamants, perles, et l’usage des métaux précieux dans la vaisselle de luxe. Pendant l’année de crise, 1720, la valeur des louis d’or, fixée par le Roi, varie comme suit jusqu’en octobre : 36 livres, 34, 48, 24, 49, 63 Le 5 mars, par exemple, Lass augmente substantiellement le louis de 36 à 48 livres. Le 26 mars, il émet clandestinement 1,5 milliard de livres de billets, un crime de fauxmonnayeur qu’il redoute de voir découvrir. Il renforce les règles de confiscation de l’or détenu par les particuliers.

Le Parlement et l’opinion réagissent promptement et demandent en mai 1720, au Régent, de mettre fin à l’expérience de rehaussement du louis. Lass doit rétablir la circulation des métaux précieux. À la fin du Système, le louis d’or vaut 46 livres 16 sous, et l’écu d’argent 16 livres 7 sous. Il faudra attendre la réforme monétaire de 1724, d’abord, puis la grande réforme du 11 juin 1726 pour rétablir le louis à 24 livres, et l’écu d’argent à 6 livres. À cette date, la livre vaut donc 4,5 grammes d’argent pur, et 0, 332 g d’or fin. Ce sera précisément la définition du franc Germinal de 1803, qui stabilise notre monnaie jusqu’en 1914. 3e principe : On comprend que c’est la spéculation à la hausse des actions, et les anticipations de hausse qui dynamisent le Système et accroissent la valeur des titres. Les 100 000 actions du Roi, de ses amis et personnes influentes, et bien sûr le capital de la Compagnie, en profitent. Il existe un marché à terme sur les actions très fréquenté par les étrangers.

Lorsque le cours des actions est à 9000 livres, avec une tendance baissière, en février-mars 1720, les étrangers revendent à terme avec 30 % de prime. Law intervient sur ce marché personnellement. Mais surtout il joue sur les conditions d’émission, et sur des dividendes substantiels, bien qu’inférieurs à ceux de la Compagnie des Indes à Londres. Les propriétaires d’actions anciennes (« actions-mères »), émises par la Compagnie d’Occident, possèdent les droits de souscription (à 4 anciennes pour une nouvelle) sur les nouvelles actions de la Compagnie des Indes (« actionsfilles » et « petites-filles »). Dans une émission de 1719, par exemple, avec 75 livres comptant, ils peuvent acheter une « action-fille » émise à 500 livres plus une prime d’émission de 10 %, soit à 550 livres, et régler le solde en 20 mois. Une action « petite-fille », émise en mai 1719 à 1000 livres, et paiement en 20 échéances, vaut 5000 livres fin août et 10 000 livres fin octobre. Avec des dividendes de 40 % attribués aux actions de 5000 livres, soit 200 livres par action promis fin décembre, et un cours de 10 000 livres, l’acheteur obtient 2 % de rendement, entraînant le taux d’intérêt vers 2 %, comme il le souhaite.
Dès août 1719 se déchaînent les agiotages rue Quincampoix, puis à l’Hôtel de Soisson, ou rue de l’Arbre Sec.

N’importe qui, noble, ou roturier, valet, commerçant, ecclésiastique, militaire, et surtout les étrangers, peut spéculer en empruntant à la demi-heure,
« agiotage à la cloche ». On compterait autour d’1 million d’opérateurs. On achète, sans trop comprendre, par entraînement collectif. Mais on vend aussi. Le 30 novembre 1719, intervient un renversement de tendance et une première « ruée sur la banque ». Lass s’inquiète, et après divers incidents et mesures spéciales, le 22 mars 1720 la rue Quicampoix est fermée. Après avoir voulu limiter la hausse des cours, il s’efforce au début de 1720 de contenir la baisse, en demandant à la Compagnie de racheter toute action au prix fixe de 9 000 livres.

Ainsi les actions elles-mêmes sont transformées en monnaie, comme les billets. C’est une nouvelle mesure, inflationniste, peu compréhensible par le grand public, mais annoncée dans le plan : « […] il est de l’intérêt du roi et des peuples d’augmenter la valeur des actions en lui donnant la qualité de monnaie.. » avait-il écrit au Régent. Puis par son édit du 21 mai 1720, en période de congés politiques, il ordonne que le cours des actions baisse de 9000 livres à 5000 livres, en 7 étapes jusqu’en décembre ; la valeur des billets doit baisser de moitié. Ce n’est qu’une mesure nominale, mais totalement incomprise. À son retour, le Parlement et les souscripteurs se révoltent, et le Régent, le 27 mai, doit annuler cet édit, tout en faisant l’éloge de la Compagnie des Indes. Lass, summa injuria, doit faire fabriquer de nouveaux louis d’or renforcés, de 45 livres, et des écus de 8 livres. Il doit aussi, fin mai, libérer le commerce de l’or et de l’argent. Le nombre d’actions est réduit après annulation des actions du Roi, fin mai, et rachat de titres.
La Compagnie n’en achète plus à cours fixe, et les cours baissent à 4000 livres. C’est la déflation.

À la suite des émeutes de juillet, il tente encore de supprimer 1,2 milliard de billets, en les échangeant aux commerçants contre des compte courants bancaires non convertibles mais transférables. Une monnaie scripturale nouvelle. C’est encore un échec et un nouveau grave conflit avec le Parlement, qui est alors exilé à Pontoise. Divers expédients, à partir de juillet, permettent à Lass de poursuivre ses opérations, sous contrôle, jusqu’en novembre 1720. 4e principe : L’État et le Système doivent se soutenir mutuellement. Au profit de l’État, le Système a relancé le crédit et l’économie, c’est-à-dire les recettes fiscales ; il a fait baisser sensiblement les taux d’intérêt et financé discrètement l’État, l’inflation réduisant la charge réelle de la dette publique, qui a d’ailleurs fait l’objet d’une politique particulière.

La création de la Banque Royale elle-même, en décembre 1718 avait été directement motivée par le souci du Régent de se garantir des ressources, à la suite de la signature du Traité de Londres du 2 août 1717, qui engageait la France à contribuer financièrement à une guerre éventuelle contre l’Espagne. Mais à partir de février 1720, la Banque ne fait plus d’avances au trésor. Le remboursement des dettes de l’État par la Compagnie est un autre point fort du Système, presque à son apogée. Fin août 1719, puis fin novembre, Lass propose au Régent de lui prêter, sur les propres fonds de la Compagnie, 1, 6 milliards de livres, à 3 %, en vue de rembourser une série de dettes publiques. Il s’engage à gérer, ultérieurement, la dette à sa place, comme en Angleterre, ou presque.

Dans le plan initial d’août, les titulaires de rentes constituées, qui d’ailleurs ne souhaitaient nullement se faire rembourser, se voient proposer contre leurs titres, des actions dites « rentières » au porteur, ou une nouvelle rente à 3 %, en place des 4 % de l’État. La Compagnie est autorisée à émettre 1,6 milliard de livres de ces actions. Mais finalement, en septembre, Lass émet des actions ordinaires de 5000 livres, avec 200 livres de dividendes, mais sans réserver de droit de souscription aux rentiers. Ceux-ci doivent donc, les acheter au cours du marché, qui, par agiotage, monte à 10 000 livres, et plus même. Cela leur donne un taux de dividendes de 2 %, au lieu des 4 % promis. Seuls s’enrichissent les propriétaires d’actions anciennes, disposant des droits de souscription attachés aux actions anciennes, ou en ayant reçu de Lass, comme le Régent, et leurs amis. Les rentiers expriment leur fureur, mais, devenus actionnaires, l’État s’est déchargé vis-à-vis d’eux.

Il nous faut conclure cette saga à épisodes si nombreux et divers. La liquidation du Système, confiée au début de 1721 aux banquiers PârisDuverney, les ennemis de Lass, provoqua une nouvelle crise des paiements et de la dette. Officiellement le Système disparut en septembre 1722, lors de l’autodafé, public et expiatoire, de tous les papiers émis par le Système. Mais il faudra attendre juin 1725 pour achever la liquidation. La grande réforme monétaire stabilisatrice intervint, on le sait, en 1726.

Les Français ne voulaient plus de billets…Et pourtant, dans les années 1750, Richard Cantillon reparlait de créer une banque d’État ; sans succès. Sur le plan plus général, on estime que, malgré les victimes des désastres financiers, le Système a ouvert les esprits à une croissance rapide et à la richesse, soutenu le commerce, la marine, les investissements.
Les mesures monétaires et l’inflation ont rapidement désendetté l’État, les agriculteurs, des commerçants et des locataires. Ceux-ci ont pu renégocier leurs emprunts, emprunter et racheter à bon marché des propriétés. Ce sont de nouveaux acteurs, plus entreprenants, qui ont pris le relais, au détriment de titulaires plus conservateurs de revenus fixes (propriétaires fonciers, rentiers, Eglises).
En revanche tous ces financiers et intermédiaires royaux que Lass avait voulu supprimer se retrouvent en première ligne. François Véron de Forbonnais, dans son Traité de 1758, est moins positif, estimant que Lass n’a pas su conduire son Système.

Il ajoute : « le plus grand des maux est l’odieux qu’il a jeté sur le système… Quiconque propose un plan, une suite d’idées reliées entre elles, se voit désormais méprisé comme esprit systématique ». Rassurons-nous : l’esprit de système, en France, a vite récupéré. Mais lorsqu’on réfléchit à l’arrivée en France, de métaux précieux, par suite des excédents de la balance du commerce avec le Portugal et surtout l’Espagne, comme l’avait énoncé Dutot, et récemment analysée dans l’Or du Brésil, on peut se demander si cette « expérience » Lass ne pouvait pas être évitée ? Pourtant la pénurie de monnaie était fortement ressentie en 1714-1716. Michel Sallon écrit en 1970 dans la Revue d’histoire économique et sociale : « Law a échoué, mais le système a réussi ».
Le désendettement constitue la donnée principale et permanente du système… plus tous les investissements réalisés (canaux, port, Lorient, flotte, casernes, Lorient, marine…) et le dynamisme agricole et commerçant.

Finalement, le grand économiste autrichien Ludwig Von Mises, au I9e siècle, nous donne la leçon de cette histoire : aucun prince ne peut imposer une monnaie à son peuple.

Sur le franc suisse:La Croatie va fixer le cours du franc suisse pour protéger les débiteurs

La Croatie va fixer le cours du franc suisse pour protéger les débiteurs
La Croatie a annoncé lundi le « gel » du cours du franc suisse pour quelque 60’000 particuliers dans ce pays qui remboursent des crédits libellés en devise helvétique
Suite à la flambée du franc suisse, le gouvernement croate a décidé lundi de remettre au Parlement des amendements à la loi qui vont « fixer le cours du franc suisse à 6,39 kuna », a déclaré le Premier ministre Zoran Milanovic.

Cette mesure sera valable durant un an et son coût devra être couvert par les banques. Environ 90% du secteur bancaire croate est contrôlé par des banques étrangères.

Plus de 200’000 personnes menacées
Après la décision de la Banque nationale suisse (BNS) d’abandonner le taux plancher de 1,20 pour un euro, la kuna croate a décroché d’environ 17% face au franc. Une association locale représentant des emprunteurs a mis en garde contre une « catastrophe » pour quelque 60’000 débiteurs.

En Croatie, les prêts libellés en francs suisses se chiffrent à 23,7 milliards de kunas (environ trois milliards de francs), selon la banque nationale. La hausse du franc suisse menaçait d’affecter entre 200’000 et 300’000 personnes dans ce pays de 4,2 millions d’habitants

ats/fisf

Source:Suisse radio tv

l’invention de la monnaie

A l’origine, les hommes s’échangeaient des biens par le biais du troc.

Pour une quantité A correspond un quantité B relative à une valeur donnée C(valeur de référence).

Ainsi, l’existence d’une monnaie de compte est sous-jacente à la notion d’échanges. Par la suite, le troc s’est étendu vers le commerce. La monnaie est devenue un étalon de valeur, un instrument d’échanges et une réserve de pouvoir d’achat.

Toutefois, un défaut est apparu, tout individu prenait le risque de recevoir un objet défectueux ramenant la valeur à zéro.

Pour palier à ce problème, il a été décidé de créer des pièces métalliques par une administration publique. Ainsi la monnaie métallique s’étendra en Europe jusqu’au XVIè siècle. Au début du XVIIè siècle face à l’afflux massif de monnaies diverses sur quelques places commerçantes, l’idée de confier le monopole des opérations de change à une banque publique a germé.

Par la suite, la création des billets est apparue. Les banques émettrices de billets vont se développer plus vite que les banques de dépôts, cela est dû à Johan Palmstrush, les orfèvres londonien et la banque d’Angleterre. Johan Palmstruch est un marchand suédois, il a observé le fonctionnement de la « banque de change » à Amsterdam. Il a créé à Stockholm une « banque de change et de prêt » devenue la Banque de Stockholm.

Au XXè siècle, la monnaie n’était plus affiliée à un bien réel mais à une créance. C’est la période de l’étalon-monnaie.

Les créanciers accumulent reconnaissance de dettes ou titres de rente. Ces créances sont libellées en unités monétaires ce qui ne constitue pas une monnaie puisqu’il n’est pas certain d’obtenir le règlement de la dette.

Extrait- Considérations sur les conséquences de la baisse de l’intérêt et la hausse de la valeur de la monnaie, par John Locke

John Locke, Extrait-Considération sur les conséquences de la baisse de l’intérêt et la hausse de la valeur de la monnaie(1691).

Il meurt et son fils lui succède : jeune gentilhomme élégant, qui ne peut dîner sans champagne et sans bourgogne, ni dormir autrement que dans un lit damassé ; dont l’épouse doit porter une longue traîne de brocart et les enfants être toujours vêtus d’habits de la dernière coupe et de la dernière étoffe françaises. Devenu propriétaire, il entretient une maison très affairée : les marchés sont fréquentés chaque semaine, et les marchandises de sa ferme y sont portées et vendues comme auparavant, mais ce qui est rapporté en est quelque peu différent ; la façon élégante de manger, de boire, le mobilier et l’habillement pour lui-même nécessitent plus de sucre et d’épices, de vin et de fruits, de soieries et de rubans qu’à l’époque de son père ; de telle sorte qu’au lieu de neuf cents livres annuelles il rapporte maintenant chez lui des marchandises consommables pour une valeur annuelle de onze cents livres ; qu’en résulte-t-il ? Il vit dans la magnificence, mais cela dissipe inévitablement l’argent amassé par son père et il est chaque année plus pauvre de cent livres. A ses dépenses supérieures à son revenu s’ajoutent la débauche, l’oisiveté et les querelles de ses domestiques, qui font que ses fabrications sont perturbées  et ses affaires négligées, ainsi qu’un désordre général et une confusion générale dans toute sa ferme : cela le fera dégringoler précipitamment la pente et le fonds que l’industrie, la frugalité et le bon ordre de son père avaient constitué sera promptement épuisé et lui-même rapidement jeté en prison. Une ferme et un royaume sous ce rapport ne différent que par l’étendue. Nous pouvons commencer à être actifs, et en devenir pauvres, à moins de modérer nos dépenses ; si de plus nous sommes oisifs, négligents, malhonnêtes, malveillants et si nous gênons sous quelque prétexte que ce soit ceux qui sont sérieux et industrieux dans leurs affaires, nous nous ruinerons encore plus rapidement…l’argent n’entre en Angleterre par aucun autre moyen que d’y dépenser moins en marchandises étrangères que ce que nous portons au marché peut payer.

Why Monti, despite Merkel, could prove the euro’s best hope by The Washington Post

By Steven Pearlstein, The Washington Post, june 23, 2012

Rome — It has become the new paradox of European economic policy: There is no saving the euro without saving Italy, and there is no saving Italy without saving the euro.

Which perhaps explains why Mario Monti, Italy’s new, “non-political” prime minister, hosted the leaders of France, Germany and Spain in Rome on Friday as part of his increasingly desperate effort to force a resolution to a euro crisis that is dragging Italy, Europe and possibly the global economy back into recession.

If you have been following this long-running financial soap opera, you know there are those who argue, with good reason, that because it was a monetary union without a real fiscal and economic union, the euro zone was always doomed.

The counter-argument is that even the United States didn’t emerge fully formed as an economic and political unit with the ratification of the constitution — that it took time to evolve, often in response to difficult crises just like the one Europe is going through now. Those in this camp — and I count myself among them — are not so foolish as to believe that a success is inevitable, and neither is failure.

It should be no surprise that Monti has emerged as a key figure in this process. It is not simply that Italy’s huge debt load (120 percent of gross domestic product) makes it exquisitely sensitive to a crisis whose severity has come to be measured in interest rate spreads on sovereign bonds. He’s also a Yale-trained economist, the former rector of Italy’s leading economics and business university who spent a decade pushing European economic integration as the European Union’s top antitrust official in Brussels.

Now, he’s technocratic turnaround artist brought in to clean up after the clownish former leader Silvio Berlusconi, and free to do what he thinks best for Italy without any concerns about winning the next election. It also helps that he has the respectful ear of President Obama.

Most significantly, Monti is well-positioned to act as the honest broker between France’s new socialist president, Francois Hollande, who wants to shift the focus of European policy to pro-growth fiscal and monetary stimulus, and German Chancellor Angela Merkel, a stubborn champion of hard money, tight budgets and market-friendly structural reforms. As the leader of an economy shrinking at the annual rate of 2 percent or more, Monti is determined to put growth back at the top of the European policy agenda. At the same time, his tough moves to raise taxes, cut spending and reform Italy’s notoriously uncompetitive labor and product markets have won him credibility with Merkel and investors.

In truth, there is no simple Keynesian solution by which the euro zone could borrow-and-spend its way back to growth. With the notable exceptions of Germany and a few of its smaller, northern neighbors, borrowing costs for most of the continent are simply too high, and if those two countries were to try to stimulate with tax cuts or increased government spending, the spillover effects on the rest of Europe would be modest at best.

What would work would be if Europe as a whole could borrow money not to spend it for the sake of spending, or on unsustainable welfare payments, but to invest it in genuinely Europe-wide energy, transportation, education and environmental projects that would enhance the efficiency and productivity of the region’s economy over the long run. Money from such euro bonds could also be borrowed, as well as raised from private investors, to expand the existing European Investment Fund, which makes investments in the innovative small and medium-size firms that account for much of the job growth in Europe and which have been starved for capital as a result of the ongoing financial and banking crisis.

On Friday, Monti and his three colleagues talked about committing 1 percent of Europe’s GDP to this purpose — about $175 billion. At a time when governments are cutting several times that much from their operating budgets, and private capital is constrained, surely that’s at the very low end of the range they should be considering.

At this point, however, the bigger impediment to European growth is not the insufficient level of government spending and investment. It is the insufficient level of private spending and investment due to the loss in confidence caused by the twin banking and government debt crises. The two crises, in effect, are now one and the same. Troubled governments are borrowing to bail out banking systems while their banks are trying to help their governments by loading up on government bonds — a process likened by Martin Wolf of the Financial Times to two drunks remaining upright by leaning on each other.

Two things should be obvious. The first is that European governments cannot, and should not, be called upon to bail out shareholders and creditors of banks that have made bad loans or taken bad risks. The other is that European banks cannot, and should not, be called upon to use their depositors’ money to bail out governments that can’t control their spending. Each bank and each country has to be allowed to stand and fall on its own, subject to its own market discipline and pricing of risk. The only ones who should be protected are retail bank depositors, through properly priced deposit insurance.

Everyone pretty much agrees on that — the problem is getting from here to there. And, once again, the answer is for European countries to borrow money collectively — that’s those euro-zone bonds again — to recapitalize the European banking system. This investment will largely pay for itself in terms of restoring investor confidence, restoring consumer confidence and putting the European economy back on a growth path. The best recent evidence we have of that comes from the much-maligned Troubled Assets Relief Program in the United States, which did just that and wound up costing taxpayers almost nothing.

Why should German and French taxpayers put themselves on the hook to recapitalize banks in Spain and Italy?

For starters, it may turn out that some of those weak banks might not only be in Spain and Italy, but in Germany and France, where there is a long history of bankers and regulators conspiring to hide problems. The important intellectual hurdle for Europeans to get over is that these are not French or Spanish or Italian banks — they are European banks that have on their books large amounts of bonds from multiple European countries. It’s also important to understand that the recapitalization of these banks would be done in the context of creating a Europe-wide bank regulation and deposit-insurance program that would create a stronger and more efficient European banking system.

Moreover, in most cases this need not be about “bailing out” banks, in the way most people understand that term. It should be about buying them, the way JPMorgan Chase bought Washington Mutual and Wells Fargo bought Wachovia. Yes, a bit of borrowed euro-zone money might be necessary to grease the deals if the banks turn out to be insolvent. But the amounts are likely to be modest and, as the United States proved, can be recovered once the economy has rebounded through minority stakes in the combined entities. To reduce the political fallout, shareholders and creditors in the weak banks could be forced to take haircuts and bank executives could be sent packing.

Solving the banking crisis, I suspect, would go a long way toward solving the sovereign debt crisis in most countries. But in the short term, it may also be necessary for Europe to prop up the bonds of countries that, like Italy, have demonstrated that they have done what is necessary to put their fiscal house in order. That’s why Monti is pushing to authorize the new European Stabilization Fund to act as the “sovereign buyer of last resort” when financial contagion strikes.

Once again, however, the key point is that the Fund should be financed not by separate borrowings by the Spanish government, and the Italian government, and the Portuguese government, all which have to pay rates of 6 percent or more. Instead, it should be financed at half the cost by the E.U. as a whole, which would be able to borrow at rates closer to the German rates of less than 2 percent. To do otherwise is to simply double or triple the cost to preserve a political figleaf.

And who is standing in the way of Monti’s plan for using European bonds for genuinely European purposes? Germany’s Merkel, who as one official put it to me this week, seems to believe that economics is a branch of moral philosophy. Her attitude is rather ironic coming from a former resident of East Germany, which was literally pulled up to Western living standards by the taxpayers of West Germany after the fall of the Berlin Wall. And it is stranger still coming from the leader of a country that, just 75 years earlier, was rebuilt from the rubble of war with investment funding from the United States.

In private meetings, Merkel claims that German voters will simply not accept anything that smacks of subsidizing lazy and profligate southern neighbors. But what is also very clear is that the German chancellor and her colleagues have done nothing — and I mean nothing at all — to educate Germans that their own economic success over the past 20 years has been due not just to their hard work and efficiency, but also to the fact that their largest trading partners were allowed and encouraged to live beyond their means. Nor have they explained that, at this point, the cost to Germans of fixing the problem will be less than the cost of letting the recession and the market contagion spread.

Merkel has made her point: European assistance must be offered only to countries such as Italy, Ireland and Spain, which have genuinely committed themselves to changing their ways and getting their economic acts together. But at this point, by preventing reasonable collective action to end the euro crisis, Merkel is on the verge of proving the Euro-sceptics right. What she demands is that everyone else in Europe start to think and act like Europeans while Germans continue to think and act like Germans.

Politique monétaire l’expérience du Brésil, discours d’Armínio Fraga, par Nathalie Lacladère

Politique monétaire et transition vers un taux de change flottant, L’expérience du Brésil

Cet article repose sur le discours prononcé par Arminio Fraga Gouverneur de la Banque centrale du Brésil en août 1999
à la Jackson Hole Conférence organisée par la Banque fédérale de réserve de Kansas City.

La crise qui a éclaté en Asie en 1997 s’est très vite propagée aux autres régions en développement d’où les investisseurs,cédant à la panique, se sont désengagés. Le Gouverneur de la Banque centrale du Brésil rappelle les mesures qui ont été prises pour éviter que ce tarissement soudain des entrées de capitaux privés étrangers n’entraîne un désastre financier.

LA CRISE FINANCIÈRE a frappé,début 1999, une économie brésilienne doublement handicapée par la fragilité de sa situation budgétaire et de sa balance des paiements. Au milieu de 1998, le budget consolidé accusait un déficit primaire, les dépenses publiques (hors paiements d’intérêts) dépassant les recettes. La dette intérieure de l’État, qui atteignait 40 % du PIB, avait été contractée pour l’essentiel à court terme. Le déficit extérieur courant approchait 5% du PIB, alors même que le Brésil sombrait dans la récession.

Comme souvent dans les pays vulnérables, c’est alors qu’une crise économique a éclaté : après le défaut de paiement de la Russie en août, les entrées de capitaux ont cessé. Ces événements ont contraint le gouvernement à laisser flotter le real et déclenché un vent de panique en janvier 1999. Un mois plus tard, la monnaie brésilienne s’échangeait à 2,15 reais pour 1 dollar (contre 1,20 en début d’année).

La situation était alarmante et le Brésil semblait courir à la catastrophe. La réaction de panique face à la dévaluation aurait pu en effet provoquer de graves déséquilibres en alimentant l’inflation et en plongeant le pays dans la récession. Vu les antécédents du Brésil, la menace inflationniste était on ne peut plus pertinente :on prévoyait alors une inflation comprise entre 30 et 80 % et une contraction du PIB (de –3 à –6 %) en 1999. Calmer les esprits Une première décision devait être prise : revenir à une parité fixe ou administrée, ou continuer de laisser flotter le real. Des considérations de zone monétaire optimale nous ont fait opter pour le maintien du flottement.
Il a fallu par conséquent trouver un nouveau point d’ancrage nominal. Le ciblage d’un agrégat monétaire semblait irréaliste compte tenu, en particulier, des incertitudes entourant la crise qui s’abattait sur notre économie. L’autre solution aurait été de mener une politique totalement discrétionnaire sans point d’ancrage explicite.Mais le degré d’instabilité que nous anticipions exigeait de notre part un engagement à la fois plus ferme et plus transparent : aussi notre choix s’est-il porté sur le ciblage de l’inflation. La seconde décision consistait à fixer la date à laquelle annoncer l’objectif d’inflation. Fallait-il le faire immédiatement ou valait-il mieux attendre un début d’accalmie? Nous aurions pris trop de risques en annonçant tout de suite un objectif pluriannuel. Il ne fallait pas «saborder» ce qui paraissait être la bonne solution à long terme pour le Brésil en indiquant un taux qui serait soit trop facile à atteindre, soit à l’évidence hors de notre portée. Nous savions que l’inflation ralentirait pour peu que des mesures adéquates soient prises, mais nous ignorions encore à quel niveau elle culminerait d’abord et à quel rythme elle régresserait. Nul n’aurait pu dire non plus comment le marché réagirait à cette annonce et quelle serait la réponse de l’économie elle-même. Nous avons donc opté pour une solution en deux temps.
En mars 1999, nous avons annoncé 1) notre objectif de ramener l’inflation sous la barre des 10 % (en rythme annuel) au quatrième trimestre 1999, et 2) la mise en place du dispositif complet de ciblage de l’inflation pour la fin de juin. L’objectif annoncé pour la fin de l’année a servi dès lors de point d’ancrage temporaire et aidé à endiguer la panique. «Nous avons répondu à la crise en conjuguant rigueur budgétaire, À ce stade, nous disposions d’un atout :

le retournement spectaculaire de la situation budgétaire six mois avant la crise. Entre octobre et février, le gouvernement avait pris en effet une série d’initiatives importantes dans ce domaine.
Non sans mal, puisque quelques propositions majeures, refusées dans un premier temps par le Congrès, avaient dû être présentées à nouveau. Mais le Brésil est parvenu finalement à transformer son déficit primaire de 1997 (1 % du PIB) en un excédent cumulé égal à 3 % du PIB fin 1998–début 1999.C’était essentiel : sans cet excédent, les craintes suscitées par l’évolution future du ratio dette/PIB se seraient encore accentuées. Cela dit, le rétablissement budgétaire du Brésil inspirait alors une confiance limitée. Les taux d’intérêt plafonnaient encore à 39 % — niveau atteint avant le flottement du real —et nous devions décider s’il fallait agir sur eux et dans quelle mesure. En choisissant de nous fonder principalement sur l’inflation anticipée, nous avons de facto appliqué sans plus attendre un programme informel de ciblage de l’inflation.Une première question se posait, celle de l’impact inflationniste de la dévaluation.
Nous ne disposions pas encore de données fiables, car le taux de change flottant ne remplaçait que depuis peu le taux administré. Il a donc fallu procéder à quelques estimations rapides, à partir d’un coefficient de répercussion de la dévaluation sur l’inflation de 30 à 40 % (mesuré en fonction de la part estimée des biens échangés dans l’économie). Au taux de 2,15 reais pour 1 dollar, on pouvait s’attendre à une inflation extrêmement élevée. Il était donc impératif d’agir : nous avons relevé les taux d’intérêt à 45 %.Bien qu’il soit toujours dangereux qu’un gouverneur de banque centrale donne son avis sur le marché, j’étais persuadé que le real allait vite atteindre des niveaux excessifs qui déclencheraient une surréaction des opérateurs, avec des conséquences négatives d’une ampleur imprévisible. Nous tablions sur des hypothèses raisonnables d’évolution de la balance des paiements et de la parité, qui semblaient mon-trer qu’une dévaluation de 50 % du taux de change réel était plus que suffisante. Donc, si l’on parvenait à rétablir le calme, la surréaction du marché diminuerait, et il en irait de même des anticipations inflationnistes.Nous avons décidé alors de privilégier l’action sur les taux d’intérêt (comme la Réserve fédérale américaine) et annoncé immédiatement notre volonté de les orienter à la baisse entre les réunions du Comité de la politique monétaire. En d’autres termes, la banque centrale se réservait le droit d’abaisser les taux entre deux réunions du Comité sans lui demander un nouveau vote.Le marché a bien réagi puisque la courbe des rendements s’est inversée presque aussitôt, ce qui ne s’était pas produit depuis longtemps.Pour augmenter encore nos chances de stopper la vague de panique, nous avons dû travailler sur un autre front, celui des financements internationaux. L’endettement de l’État étant déjà critique, une action limitée au relèvement des taux d’intérêt risquait d’apparaître comme un pas dans la mauvaise direction, celle de l’accroissement du ratio dette/PIB. La décote excessive du real sur le marché montrait en particulier que les opérateurs doutaient de la capacité du Brésil à financer la balance des paiements dans les mois à venir.Le montage financier opéré sous l’égide du FMI a joué un rôle capital. Tout en formulant les mesures à prendre au plan interne, nous avons élaboré avec le FMI un programme de financement international couvrant la période avril–juin. Ce programme, qui reposait sur une évaluation prudente (mais somme toute raisonnable) de l’aptitude du Brésil à financer sa balance des paiements durant la période, prévoyait un renouvellement très limité des crédits venant à échéance, ainsi qu’un déficit de financement devant être couvert par des emprunts auprès d’institutions multilatérales et bilatérales. Ces chiffres ont été présentés aux banques commerciales pour leur démontrer que la balance des paiements serait viable même si les lignes de crédit commercial et interbancaire n’étaient pas reconduites à 100 %. Nous avons ensuite demandé aux banques de nous accorder volontairement leur soutien. Des discussions ont été entamées avec différents groupes de banques représentant de grandes régions géographiques. Afin d’encourager un renouvellement général des lignes de crédit, chaque groupe devait être informé non seulement de l’état de ses propres créances sur le Brésil, mais aussi de l’exposition des autres régions. Il était aussi prévu que chaque groupe reçoive ensuite des rapports fréquents sur les prêts bancaires au Brésil. Ce parti pris de transparence destiné à faciliter la coordination des crédits s’est révélé efficace et, en août, les accords volontaires avec les banques sont devenus inutiles.Répondre à la crise en résumé, nous avons répondu à la crise en conjuguant rigueur budgétaire, resserrement monétaire (accompagné d’un ciblage de l’inflation) et aide financière extérieure.Cette réponse a donné jusqu’ici des résultats étonnamment positifs. Le taux de change s’est stabilisé, puis est revenu très vite au-dessous de 2 reais pour 1 dollar. Les anticipations inflationnistes ont diminué, ce qui a permis d’intervenir sur les taux en mars 1999 pour les ramener en deux temps à 42 %, puis à 39!/2 %. Les taux d’intérêt du dollar sur le marché onshore ont enregistré un repli spectaculaire : après avoir dépassé 10 % et même 20 %, ils se sont stabilisés autour de 5 %, juste un peu au-dessus des taux internationaux. Nous n’avons plus besoin de capitaux à court terme autres que les crédits commerciaux nécessaires pour financer la balance des paiements. Au cours des mois qui ont suivi, nous avons pu allonger (de six à douze mois environ) les échéances de la dette intérieure de l’État. En juin 1999, la vague de panique était derrière nous et, comme prévu, nous avons annoncé à la fin du mois nos objectifs d’inflation pour le reste de 1999 et les deux années suivantes. Ils sont de 8 %, 6% et 4 %, respectivement, pour 1999, l’an 2000 et 2001, et reposent sur un indice des prix à la consommation élargi (l’IPCA). Le ciblage aura donc une double fonction : l’une, permanente, d’ancrage nominal, et l’autre, transitoire, de référence pour la désinflation. Ce n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé dans d’autres pays qui se sont donné des objectifs d’inflation juste après avoir mis en flottement leur monnaie.

Chaque objectif d’inflation peut évoluer dans une bande de +2 points. Cette marge est plus importante que dans la plupart des autres pays parce que nous n’avons pas encore d’indice du taux d’inflation «restreint», mais aussi parce que, à ce stade, la situation du Brésil est intrinsèquement plus incertaine qu’ailleurs. Nous avons pris soin de ne pas concentrer l’attention sur cette marge pour éviter que les anticipations s’écartent du chemin tracé. Elle nous donne simplement une certaine latitude pour réagir aux chocs sur l’offre et alerter le ministre des finances (par lettre ouverte) si l’objectif n’est pas atteint.Le compte rendu des réunions mensuelles du Comité de la politique monétaire est publié quinze jours après leur tenue,et ce décalage sera bientôt ramené à une semaine. Nous publions aussi un rapport trimestriel sur l’inflation qui, depuis septembre 1999, est disponible simultanément en portugais et en anglais. Les deux versions peuvent être consultées sur le site Internet de la banque centrale (www.bcb.gov.br).

Ce document très détaillé est calqué sur les rapports d’information publiés par la Suède et le Royaume-Uni. L’économie brésilienne a bien résisté à la crise. Malgré les chocs internes et externes qui se sont succédé depuis juin, le real a flotté librement si l’on excepte quelques interventions très limitées de la banque centrale, qui ont été à chaque fois annoncées en fin de journée. L’inflation est restée dans l’intervalle de tolérance en 1999 puisqu’elle a atteint 8,9 % et,selon une enquête assez poussée, on s’attend à ce qu’elle soit inférieure à 7 % en l’an 2000. Nous avons aussi enregistré— c’est tout à fait inattendu — deux trimestres consécutifs de croissance (qui s’expliquent en particulier par l’endettement limité du secteur privé brésilien et son exposition assez faible au risque de change lorsque la crise a éclaté). D’après les estimations, la croissance du PIB a approché 1 % en 1999 et pourrait atteindre 4 % en l’an 2000.Le déficit courant du Brésil a diminué, tombant de 33 milliards à 24 milliards de dollars en 1999, et a été entièrement financé par un afflux sans précédent d’investissements directs étrangers (30 milliards de dollars).

Les gains de compétitivité et l’amélioration de la conjoncture internationale créent des conditions telles que la chute des cours des produits de base ne devrait pas empêcher une forte reprise des exportations en l’an 2000, et l’on s’attend à ce que la balance commerciale dégage un excédent de l’ordre de 4 milliards de dollars malgré l’essor prévu des importations. La politique de ciblage de l’inflation a débuté sous des auspices favorables. L’adoption par le FMI — lors de la revue récente du programme — d’un mécanisme de consultation sur les objectifs d’inflation est une «première» qui confirme que notre politique monétaire est sur la bonne voie. Sur le plan microéconomique, nous venons de refondre la réglementation du marché monétaire et du marché des effets représentatifs de la dette intérieure de l’État, et avons entrepris d’assouplir très sensiblement les restrictions applicables aux opérations financières. Il est prévu, en particulier, de réduire le volume du crédit dirigé et d’abaisser les réserves obligatoires pour améliorer l’efficience microéconomique et le mécanisme de transmission de la politique monétaire. La libéralisation des mouvements de capitaux est aussi engagée. Nous mettrons l’accent cette année sur la réforme des marchés financiers, notamment sur la transparence et sur la protection des actionnaires minoritaires, et ces mesures s’accompagneront d’un renforcement des règles prudentielles (révisiondu système de paiement,resserrement du contrôle et de la réglementation bancaires,etc.).Ces réformes microéconomiques aideront le Brésil à atteindre son objectif d’inflation dans un contexte de taux de change flottant.

« Guerre des monnaies» et la Trinité Impossible par Paul Krugman, Traduction française par Nathalie Lacladère

« Guerre des monnaies» et la Trinité Impossible

par Paul Krugman Traduction française par Nathalie Lacladère

9 mai 2011

Paul Krugman

Poutine affirme que nous sommes des voyous; le Brésil nous accuse de « guerre des monnaies »; et les Chinois sont, bien, être leur moi de charme habituels. Mais que se passe-t-il  sur la scène internationale de la monnaie?
Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas pensé à l’exposer de cette façon avant – et je ne sais pas si quelqu’un d’autre affirme cela – mais ce que nous avons ici est un exemple classique de la Mundellian trinité impossible , alias le tri lemme, qui dit que vous ne pouvez pas avoir en même temps la libre circulation des capitaux, un taux de change stable et une politique monétaire indépendante. Voici une illustration:
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Alors, comment nous pouvons l’appliquer à des questions d’actualité? Les pays développés, la majorité, États-Unis compris, sont alourdis par les conséquences de la crise financière de 2008; ce qui entraîne de faible rendement des placements. Pendant ce temps, les marchés émergents sont en bien meilleure forme, alors la capitale veut y aller.
Et cela crée un problème pour le SME. Ils ne veulent pas que leurs monnaies connaissent  une forte hausse; Le Brésil est mécontent à ce sujet:
bresil exchange
Mais ne pas laisser la hausse de la monnaie serait inflationniste – c’est-à-dire le Brésil ne veut pas renoncer à sa politique monétaire indépendante. Alors, quelle est la réponse?
Toute accusation de hooliganisme et  la guerre des monnaies,  sont des demandes d’effet que le tri lemme s’est résolu en ayant abandonné à avoir une politique monétaire indépendante – en gros, que la Fed renonce à essayer de stabiliser l’économie américaine ainsi que les marchés émergents n ‘est pas en face à l’aise, un compromis entre l’appréciation massive et l’inflation importée. Mais cela ne devrait pas et ne se fera pas.
L’alternative, l’analyse du tri lemme l’indique, est le contrôle des capitaux. La Chine a déjà ceux-ci, mais ils cherchent un peu poreux.Le Brésil a fait quelques efforts en ce sens, mais ils ont de toute évidence pas été suffisant.
Mais pour en revenir à la question de la politique monétaire, ce que cette analyse nous dit, c’est que les choix difficiles auxquels sont confrontés les marchés émergents ne reflètent pas toute sorte de mauvaise conduite spectaculaire de la part des États-Unis. Tout ce que nous voyons est l’ensemble classique de compromis que tout régime de change – et ce n’est pas l’activité de la Fed qui pourra sauver d’autres pays de la nécessité de faire des choix.
Paul Krugman, The New York Times
Traduction française Nathalie Lacladère.