Jacques Attali : « La fermeture engendre la barbarie »

Source:le journal le monde

 Le référendum sur le “Brexit” va laisser des traces profondes » J’ai toujours pensé que les Britanniques rejetteraient le « Brexit ». La sortie de l’Union européenne serait un suicide pour le Royaume-Uni. Il existe, dans l’histoire, des cas où des nations se sont suicidées, mais je ne crois pas que ce soit la tentation des Britanniques. Dans tous les cas, pourtant, cette campagne va laisser des traces profondes. Une idée est en train de s’installer : l’Europe n’est pas irréversible.

Ceci est d’ailleurs inscrit dans un péché mortel commis par les Européens dans la négociation avec le Royaume-Uni, en février, pour permettre à David Cameron de dire qu’il voterait « oui » au maintien dans l’Union. Cet accord dit que les traités ne seraient plus obligés de s’inscrire dans la perspective d’« une intégration plus grande ». Avec une très grande ambiguïté d’ailleurs, car il n’est pas clairement dit si cela concerne le Royaume-Uni, ou si cela concerne l’ensemble du projet européen.

Cette crise s’inscrit dans un mouvement plus profond : nous avons accepté la mondialisation, mais nous n’avons pas mis en place une règle de droit commune. Or, sans elle, il ne peut pas y avoir de globalisation réelle du marché. Deux fois déjà, dans l’histoire, cette absence de règle de droit a produit des ­effets désastreux. En 1780, il y a eu une première vague de mondialisation pour des raisons à la fois économiques et technologiques, idéologiques, culturelles avec les Lumières.

Et puis le mouvement s’est arrêté. Etonnement, le premier signal d’arrêt a été l’interdiction d’écrire des opéras en italien et l’obligation d’écrire des opéras dans les langues nationales. Trente ans de guerre ont suivi. En 1910, tout semblait lancer un XXe siècle heureux : la technologie, la démocratie, la démographie, la mondialisation. La fermeture a engendré la barbarie. Nous sommes aujourd’hui dans un moment de même nature. On a tout pour créer une ­globalisation démocratique et heureuse, et on est en train, progressivement, un peu partout à travers le monde, de se replier sur le national.

« Une nouvelle crise de l’euro est inévitable » Tout se met en place pour une grande crise de la zone euro, indépendamment de la question britannique. Pour plusieurs raisons. D’abord, la zone euro est incomplète. Nous n’avons pas mis en place l’accord budgétaire de limitation des dépenses, qui permet d’avoir une coordination budgétaire, et nous n’avons pas mis en place la totalité de l’accord bancaire.

A la prochaine récession, nous n’aurons plus, et la Banque centrale européenne [BCE] n’a déjà plus, les moyens de faire face. La crise de 2008 a entraîné un tel gaspillage de dépenses publiques qu’on se retrouve avec 100 % de dette publique en France et dans beaucoup d’autres pays, et les taux d’intérêt sont à un niveau négatif. Donc la BCE n’a plus les moyens de résister et l’euro ne tiendra plus face à la récession suivante.

D’autre part, et c’est plus grave encore, nous n’avons pas mis en place les mécanismes de la discipline commune, et les intérêts de la France et de l’Allemagne sont désormais totalement divergents. La France a intérêt à avoir un euro faible, une inflation forte et des taux d’intérêt bas ; pour l’Allemagne, c’est l’inverse, notamment pour financer ses retraites.

« Le risque d’une troisième guerre mondiale en 2025-2030 » Seul un nouveau projet, une nouvelle avancée dans une construction européenne, pourrait nous permettre de recréer une convergence d’intérêts franco-allemande. Les Européens sont en train, trop lentement, de comprendre que plus personne n’assure leur défense face à des menaces nouvelles. Les Américains ne sont plus là, qu’on le veuille ou non.

Donald Trump ou Hilary Clinton n’y changera rien. Non seulement ils n’assurent plus la défense de l’Europe, mais plus non plus celle de la Méditerranée, de l’Afrique et même du Moyen-Orient. Il faut créer une Europe de la sécurité et de la défense, financée par des euro-obligations, pour défendre nos frontières et faire face aux nouveaux risques régionaux. Les peuples s’unissent pour se protéger. La prochaine étape de la construction européenne est la protection contre toute forme de menace.

Depuis longtemps, je prédis que la troisième guerre mondiale, si rien ne change, est pour 2025-2030. Tout semble se mettre en place. Les Européens sont au cœur de l’enjeu. S’ils se donnent le projet de se défendre ensemble, alors ils pourront faire face. Si nous ne sommes pas capables de nous rassembler, de créer les conditions de développer l’Afrique, qui est notre menace en même temps que notre paradis, nous courons à la catastrophe.

« L’élection présidentielle : plus le temps passe, plus j’ai envie d’être candidat » Je suis consterné, chaque jour davantage, quand je vois le tour que prend la campagne présidentielle. Chacun s’évertue à retarder le moment où on va parler des enjeux. Je suis scandalisé quand je vois les candidats à la primaire républicaine ne parler que de leur personne, n’annoncer aucun programme global et dire, eux-mêmes, que le programme de la primaire ne sera pas celui du candidat à la présidentielle. Je suis tout autant scandalisé quand je vois la gauche annoncer une primaire pour ­janvier [2017], ce qui signifie qu’elle n’aura pas de programme avant février, un programme sans doute improvisé sur un coin de table ou dans un discours de meeting.

On n’aura donc pas fait mûrir, dans l’opinion publique, les grands sujets qui impliquent des réformes. Je suis convaincu que la France ne se réforme que de façon brutale ou plus exactement massive, parce que c’est son histoire. Et pour réformer de façon massive et démocratique, il faut que la campagne présidentielle soit le lieu de cette maturation des idées. J’ai essayé de cerner quelques idées centrales de réforme majeure à faire dans un livre collectif. Elles ne sont absolument pas débattues.

Les candidats s’empressent surtout de ne pas débattre sérieusement. La réforme des institutions et de l’école maternelle, l’augmentation des moyens de la défense et de la justice, le bouleversement de la politique culturelle, les départements et territoires d’outre-mer, l’environnement, la francophonie… Autant de sujets majeurs dont personne ne parle, mais qui font, pourtant, l’identité française et qui détermineront la place de la France au XXIe siècle.

Les mois qui nous séparent de la présidentielle sont fondamentaux : c’est dans cette période que doit se cristalliser le lien entre une personne et des propositions, et si cette personne et ces propositions sont identifiées, si elle est élue, alors cette personne aura un mandat clair pour agir. C’est le seul cas de figure où la réforme est possible.

Et plus le temps passe, plus l’absence de débat me consterne, plus j’ai envie d’être moi-même candidat à l’élection présidentielle. La seule chose qui pourrait m’empêcher d’y aller, c’est la peur du ridicule.

Qu’est-ce que le FMI fait dans cette galère grecque? par Jacques Attali

Jacques Attali: Professeur, écrivain, conseiller d’Etat honoraire, conseiller spécial auprès du Président de la République François Mitterrand de 1981 à 1991, fondateur et premier président de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement à Londres de 1991 à 1993

La situation grecque, plus ubuesque chaque jour, par toutes ses dimensions, l’est devenue plus particulièrement depuis un an, par le rôle saugrenu et très négatif qu’y joue le Fonds Monétaire International.
Un observateur débarqué de la planète Mars cette semaine se demanderait avec stupéfaction comment les Européens ont-ils pu laisser trois économistes non européens, nommés on ne sait par qui, dépendant d’une institution à dominante américaine , décider du sort de l’euro !?!
Car telle est bien la situation : depuis que, en 2010, on a laissé le FMI participer aux négociations de la dette grecque, sous prétexte qu’ils étaient un de ses créanciers, et surtout depuis qu’on s’est résigné à penser qu’ils pouvaient mieux que la Commission faire des prévisions économiques crédibles, la discussion sur la présence grecque dans la zone Euro a glissé peu à peu dans une dérive hallucinante :
D’abord, les dirigeants politiques de l’Eurogroupe ont laissé le FMI se glisser parmi les négociateurs, jusque-là uniquement venus de la Commission et de la Banque Centrale européenne, de l’ensemble de la dette grecque.
Ensuite, les mêmes dirigeants européens, au lieu d’assumer leurs responsabilités politiques, ont affirmé haut et fort qu’ils n’accepteraient aucun compromis qui ne serait négocié d’abord avec les trois institutions, formant ce qu’on nomma triomphalement « la troïka ». Au point même de refuser de parler avec les Grecs de sujets n’ayant pas l’aval de la troïka !
Ensuite encore, (même si le nouveau gouvernement grec a obtenu, dérisoire victoire, que la troïka change de nom pour devenir « les institutions ») , les dirigeants de celles-ci se sont eux-mêmes défaussés de leurs responsabilité politique au profit de leurs experts, que personne n’ose plus déjuger et qui s’en donne à cœur joie, jugeant à leur guise, une situation grecque qui ne ressemble à aucun des modèles qu’ils ont étudié, dans les bonnes universités américaines ou japonaises.
Enfin, quand les experts européens ont fini par comprendre que ce n’est pas en détruisant les ultimes moyens de la croissance grecque qu’on réduirait leur dette , les soi-disant experts du FMI, ivres de leur pouvoir, ont continué à prétendre imposer des économies suicidaires à ce pays, sans voir qu’il ne pourra jamais rembourser une dette qu’il est urgent d’annuler officiellement. Soutenus en cela très largement par la majorité des actionnaires, asiatiques, africains et américains, de cette noble institution, qui n’ont rien à gagner à la voir être indulgente avec un pays européens
La seule chose qu’on aurait pu espérer du FMI, dans cette débâcle, c’est que les Américains, dont il dépend plus que de personne, trouvent le moyen de leur expliquer l’importance géostratégique majeure de la stabilité grecque, et donc de son maintien dans la zone euro. Mais non, les Américains n’ont pas pu, ou pas voulu, faire plus que d’appeler les Grecs tous les jours pour leur demander de céder au diktat du FMI.
Au total, qu’elles soient les très grandes qualités de sa directrice générale, dont la réélection serait bienvenue du point de vue français, le FMI s’est trouvé mêlé, et s‘y trouve encore, dans une bataille où il n’a rien à faire. Et qui pourrait servir de détonateur à une nouvelle crise planétaire.
A un moment où les Asiatiques remettent en cause l’existence même des institutions de Bretton Woods, parce qu’on ne leur y fait pas leur juste place, il serait temps pour les Européens de s’interroger sur la pérennité d’une institution qui sera, si les circonstances tournent au pire, le vrai responsable du drame qui suivrait un défaut grec.
La solution, pourtant, est simple, et les Européens l’auraient sans doute appliqué depuis longtemps sans le terrorisme intellectuel des soit disant experts du FMI : un plan d’économies raisonnable, socialement juste, sans aide nouvelle, mais accompagnée d’une réduction de la dette grecque au-dessous de 100% du PIB, par annulation d’une part importante des dettes publiques, bilatérales et multilatérales, dont chacun sait qu’elles ne pourront pas être remboursées, mais qu’on continue à réclamer, pour sauver la face. Et pour cela, créer d’urgence un véritable Fonds Monétaire Européen, amorce d’un Trésor, et d’un ministère des Finances de l’eurozone.
Européens, réglez entre vous vos problèmes. Ne comptez que sur vos propres forces. Ne cédez à aucune pression ou mode de pensée venue de l’autre côté de l’Atlantique, ou du Pacifique. Donnez-vous un projet, et agissez.
Il n’est que trop temps de le faire.

source:http://www.attali.com/actualite/blog/finance/qu%E2%80%99est-ce-que-le-fmi-fait-dans-cette-galere-grecque

Extrait c’était François Mitterrand, son idée de la France par Jacques Attali

voici un extrait choisi par mes soins.

Nathalie Lacladère: « A un Soustonnais adoptif assez curieux, un voisin pas comme les autres,oui c’était François Mitterrand… « 

Les Soustonnais ne lui ont jamais rien demandé, nous l’avons accueilli et nous l’avons laissé en paix.

Son idée de la France Extrait de Monsieur Jacques Attali

Il parlait beaucoup de la France; plus que des Français, qu’il considérait avec ironie et tendresse, ainsi qu’avec une conscience aiguë ce qui pouvait les séparer les uns des autres socialement, culturellement, politiquement. Il les savait amoureux des révolutions et rétifs aux réformes. Aussi pensait-il qu’il fallait parfois les mettre face à la crise pour leur faire comprendre les limites du possible. Avec un sang-froid peu commun, dans des cas extrêmes dont on reparlera, il osa même provoquer une crise pour « purger », disait-il, une utopie.

De la France il aimait infiniment la langue, la littérature, les paysages, et l’histoire, dont il connaissait jusqu’aux plus infimes détails. Il pensait que son pays était une très grande puissance que rien ne pouvait atteindre, mais qu’elle s’était souvent fourvoyée, divisée. Marqué par l’entre-deux-guerres et par la défaite de 1940, il voyait dans cet effondrement le produit de la « destruction des valeurs morales collectives, d’une désagrégation de l’esprit pendant laquelle chacun vivait dans l’inconscience ». Il aimait la France avant tout comme une union de provinces dont il adorait les paysages, les forêts, les églises, les cimetières, les villages, les soirées passées à raconter des histoires, la soupe tenant lieu de dîner, la force des traditions, la longue trace des générations, la solidité des amitiés.

Internet et le capitalisme: le paradis selon Rifkin, l’enfer pour Attali

Source: challenges.

La salle était archi-comble. Le sujet était délibérément polémique: internet va-t-il tuer le capitalisme? Et les intervenants prestigieux. Côté américain, Jeremy Rifkin, dans le rôle du prospectiviste, auteur de « La troisième révolution industrielle », et de « La Nouvelle société du coût marginal zéro », tous les deux sortis cet automne en français. En face de lui, par caméras interposées, Jacques Attali. La visio-conférence, organisée par g9plus.

Jeremy Rifkin lit un texte préparé, édifiante synthèse de ses deux précédents ouvrages. En substance, cela donne: « Nous sommes au crépuscule du modèle de révolution industrielle du siècle dernier ». La première révolution, selon lui, s’est produite en Angleterre à la fin du XVIIIème siècle avec la machine à vapeur, la seconde aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle avec la généralisation de l’électricité. C’est elle qui arrive à son terme. La troisième arrive donc aujourd’hui.
Dans ces trois cas, estime-t-il, il y a eu l’arrivée d’une nouvelle technologie qui a entraîné une révolution industrielle, une révolution des transports et de l’énergie. Cette fois-ci, avec internet, nous allons faire face à une déferlante de services dont le coût marginal, c’est-à-dire le coût nécessaire à la production d’une unité supplémentaire, tend vers zéro. Un exemple ? Il y a déjà, affirme le polémiste, 6 millions d’étudiants aux Etats-Unis qui suivent des cours en ligne. L’arrivée d’un étudiant supplémentaire ne coûte rien à l’université qui organise les cours. Il pourrait y en avoir 1 million d’autres sans que cela change significativement le coût total de la formation pour l’université.
La mort annoncée du capitalisme
Pour Jeremy Rifkin, la bonne nouvelle ne s’arrête pas là. Le mur qui existe entre le virtuel et le réel va voler en éclats. « Le modèle brique et mortier va lui aussi s’effondrer ». En Allemagne, par exemple, le solaire et l’éolien produisent une énergie bien réelle. Le coût marginal du kWh solaire ou éolien est quasi nul. « Le vent et le soleil n’envoient pas de factures » plaisante-t-il. Les conséquences sont très vastes. Le modèle classique de la possession sera supplanté par celui du partage. « Nos enfants ne seront plus propriétaires de voitures, affirme-t-il, ils pratiqueront le car-sharing avec des voitures sans chauffeur. »
Jeremy Rifkin rêve de la future société, ou l’usage sera plus important que l’objet et ou le partage remplacera l’échange. Et comment se feront ces partages? Grâce à l’internet des objets. Les machines, les objets, les vêtements, échangeront des données pour un coût dérisoire.
Or le capitalisme est fondé sur le profit. Mais avec un coût marginal qui tend vers zéro, le profit tend lui aussi vers zéro si bien que le capitalisme est condamné. Une nouvelle classe d’humains est en train d’apparaître, celle des prosommateurs (consommateurs devenus en même temps producteurs). La nouvelle société sera celle d’une économie collaborative.
Une thèse battue en brèche par Attali
Jacques Attali arrive en scène comme un toréador. Il commence par planter quelques banderilles pour réveiller la salle. « La vision qui a été présentée, c’est l’avenir d’avant-hier. N’oublions pas que 95% des échanges de marchandises se font par bateau. » Et il enchaîne : « Nous sommes 7 milliards sur la terre. Nous serons bientôt 9 milliards. Ces deux milliards supplémentaires, il faudra bien les nourrir, les loger, les habiller. Rien à voir avec l’internet des objets. »
L’orateur, qui affirme qu’il n’a rien préparé et qui parle sans notes, poursuit, imperturbable sa démolition en règle de la thèse de Jeremy Rifkin. « La première révolution économique date du XIIème siècle en Italie avec la naissance du capitalisme. Et l’imprimerie est une révolution au moins aussi importante que les deux qui ont été présentées. »
Mais pour Jacques Attali, ce ne sont-là que des broutilles. Il veut s’attaquer au plat de résistance, la thèse selon laquelle nous sommes à la veille d’une nouvelle économie collaborative. Foutaises pour Jacques Attali qui, bien sûr, ne se départ pas de son ton poli. Selon lui, la musique qu’on s’échangeait en pier to pier il y a quelques années était déjà une forme d’économie collaborative. « Les gens dépensent moins pour acheter de la musique, rappelle-t-il, mais davantage pour aller au concert. »
Vient enfin le grand moment, celui où il donne sa définition du capitalisme : « le capitalisme, c’est la redistribution de la rareté. Or, l’information n’est pas rare, même si on peut la raréfier avec des brevets. La vraie rareté, c’est le temps. » Dans ce contexte, la voiture sans conducteur devient une voiture dans laquelle je récupère du temps pour éviter qu’il doit perdu. Rien à voir avec une économie collaborative.
Pour lui, internet, c’est le monopole !
Quant à l’internet des objets, cher à Jeremy Rifkin, Jacques Attali n’en pense pas grand bien: « il y a une tentative de prendre le contrôle de nos vies. Internet, c’est le monopole ! Le GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) c’est du monopole ! Le consommateur donne ses données et reçoit une aumône en échange. » Le problème ne se limite pas à la sphère économique. Jacques Attali dénonce les dérives qui vont se mettre en place : les capteurs de santé et l’internet des objets vont vérifier si vous êtes aux normes. On vous dira si vous mangez trop de calories, si vous avez fait assez de pas dans la journée.
La logique de cette machine définit ce qui est bon ou mauvais pour vous, elle définit les modèles de réussite, ce qui est bien et mal… Bref, cet internet-là va nous faire entrer dans une ère de normalisation à outrance. « On nous prend nos données, et on nous les revend sous forme de prime d’assurance. » Jacques Attali enfonce le clou: « Avant, c’était la dictature qui faisait l’agrégation des données. »
Comment s’en sortir ? Pour Jacques Attali, une seule solution, la régulation. Se voulant pédagogue, il prend un exemple simple. Imaginez que vous preniez une assurance pour vous prémunir d’un risque. S’il n’y a pas de loi, pas de régulateur, alors, le racket, qui évite un risque, est la forme illégale de l’assurance. De la même façon, si internet est dans droit, il sera un marché illégal et criminel. On est loin de la vision paradisiaque de Jeremy Rifkin.
Si les deux hommes sont d’accord sur le constat de la révolution numérique ils s’opposent totalement dans les conséquences de cette révolution technologique. L’avenir tranchera.

Construire ! par Monsieur Jacques Attali

Dans la plupart des économies du monde, aujourd’hui, le logement est l’un des principaux déterminants de la croissance. D’une part parce qu’il est un grand pourvoyeur d’emplois ; d’autre part parce que la valeur des patrimoines immobiliers détermine très largement la capacité d’emprunt et le désir de consommer des ménages. Et tous les pays cajolent ce secteur.

On pourrait penser que la France est un paradis pour ce secteur : une population en croissance démographique, avec des besoins de logement sans cesse renouvelés ; une décohabitation croissante, provoquée par la dissolution accélérée des couples ; une demande croissante de résidences secondaires, individuelles ou collectives, pour des Français ou des étrangers ; des besoins urgents de mise à niveau environnementale, qui appellent à la rénovation des logements existants ; des taux d’intérêt très bas, qui rendent le financement peu coûteux ; enfin, des aides publiques massives (ayant doublé en 20 ans et représentant plus de 2% du PIB) qui en font un des secteurs les plus aidés de l’économie.

Et pourtant, les logements sont rares en France ; de plus en plus rares : il manque au moins 1,5 millions de logements neufs. Plus de 4 millions de Français sont logés dans des lieux insalubres. En conséquence, le prix des logements, comme les loyers, ont doublé en France en 20 ans, alors qu’ils sont restés stables en Allemagne, pénalisant le pouvoir d’achat et augmentant le coût du travail.

Au total, l’industrie du logement ne representent que 5% du PIB français (ce qui en fait le pire ratio d’efficacité des dépenses publiques). D’autant plus, que plus de la moitié des aides sont consacrées à d’autres qu’aux bas revenus ; alors qu’y pullulent aberrations et privilèges : par exemple, les offices d’HLM, même les plus riches, ne paient pas l’impôt sur les sociétés, privant le budget de l’Etat de plus de 1 milliard de recettes.

Pour courronner le tout, une nouvelle loi, dit loi Duflot 2, ou loi ALUR, sous prétexte de renforcer le pouvoir des locataires face aux propriétaires, s’est traduite récemment en un délire bureaucratique, exigeant plus de 208 décrets d’application, dont seulement 50 ont été pris ; bloquant toute perspective de rentabilité pour le logement locatif.

Tout se ligue alors pour qu’on ne construise pas : les élus, qui ne veulent pas que de nouveaux venus viennent modifier l’équilibre social qui les a fait élire ; les propriétaires, qui ne veulent pas qu’une nouvelle offre de logement remette en cause la rareté du leur ; les constructeurs, plus à l’affût de subventions que de projets économiquement rentables.

En conséquence, la construction de logement est entrée en France, dans les derniers mois, dans une crise majeure : le nombre de mises en chantier est descendu en dessous de 270 000 logements par an, alors que le plan était d’en construire 500 000, et ce nombre baisse de 20 % par rapport à l’année précédente.

Cet effondrement pénalise de près de 1 point le taux de croissance de l’économie francaise, par le seul effet mécanique de la baisse de la production de logements, et plus encore si on tient compte de l’ensemble des effets indirects.

Il est urgent de mettre fin à ce desastre. Les Français n’ont rien à gagner à protéger les rentes. Ils ont tout à gagner à ce qu’on construise le plus vite possible des logements plus durables et moins coûteux.

Pour y parvenir, il faudrait avoir l’audace de décider d’urgence de mesures radicales. D’abord, abroger au plus vite, la loi ALUR. Puis, réduire massivement les aides au logement,en dehors du secteur du logement social et mettre les organismes de HLM en situation d’efficacité, en les considérant comme des entreprises comme les autres. Enfin, dégager des terrains à construire, en reprenant aux élus locaux le pouvoir sur le foncier, pour le rendre aux représentants de l’Etat, moins sensibles au conservatisme des propriétaires.

Il faudrait faire cela vite. Dans le mois qui vient. Cela dégagerait dès 2014 des perspectives réelles de croissance. C’est d’autant plus urgent que l’économie française stagne et qu’il n’y a pas d’autres moteurs d’une telle puissance.

De l’audace qu’auront, ou n’auront pas, le gouvernement et le Parlement, pour mener cette réforme, on jugera si la France est restée le pays des monopoles, de la rente et des privilèges, ou si elle peut enfin passer du côté de la concurrence, du profit et de l’équité.

source:www.attali.com

Jacques Attali mise sur une union économique francophone

source: Challenges.

Jacques Attali a remis son rapport au président de la république française consacré à la dimension économique francophone

La francophonie présente un potentiel économique énorme qu’il convient d’exploiter, notamment en réfléchissant à une union économique francophone, a conseillé l’économiste Jacques Attali dans un rapport consacré à « la dimension économique de la francophonie » remis mardi 26 août au président de la République.

« Il faudrait aller vers une union francophone potentiellement aussi forte et intégrée que l’Union européenne afin de renforcer la coopération sur des secteurs économiques essentiels », a expliqué Jacques Attali lors de la présentation de son rapport à la presse.

Recherche, santé, culture, enseignement, nouvelles technologies, les secteurs sur lesquels pourrait se concentrer cette union sont nombreux selon Jacques Attali, qui a annoncé la création d’un groupe de travail pour examiner les propositions de son rapport.

Car selon l’économiste, le potentiel est énorme, si le nombre de Francophones dans le monde, qui pourrait atteindre 770 millions de personnes en 2050, augmente bel et bien.

« Nous pouvons perdre beaucoup mais également beaucoup y gagner. L’impact de la francophonie peut représenter jusqu’à un million d’emplois et 50 milliards de dollars au niveau de la balance des paiements », a-t-il estimé.

Enseignement en français pour tous

Pour Jacques Attali, « l’enjeu est considérable mais trop souvent considéré comme anecdotique », en limitant la coopération dans le domaine de la francophonie aux seules questions culturelles.

Parmi les propositions, figure également la création d’un groupe privé de lycées français de l’étranger « aux côtés du réseau existant », afin de « répondre à la demande très importante d’enseignement en français » dans le monde entier.

Pour autant, cet enseignement ne doit pas uniquement s’adresser aux élites, a estimé Jacques Attali, pour qui « l’enseignement de base en langue française est l’une des clés de la réussite pour le développement de ce potentiel économique ».

« Si rien n’est fait, le Français peut disparaître mais avec des efforts, les francophones peuvent être jusqu’à 770 millions en 2050. C’est un potentiel de croissance économique considérable. Il faut considérer que c’est un moteur majeur de croissance, il y a une nécessité à en faire une priorité », a conclu Jacques Attali.

(Avec AFP)