Saint Thomas d’Aquin, extrait-La question du prêt à intérêt

Saint Thomas d’Aquin rédige à la demande du pape une Somme théologique mais elle est condamnée initialement par l’évêque Tempier, cette œuvre finit par s’imposer.

Recevoir un intérêt pour de l’argent prêté est de soi injuste car c’est faire payer ce qui n’existe pas ; ce qui constitue évidemment une inégalité contraire à la justice.

Pour s’en convaincre, il faut se rappeler que l’usage de certains objets se confond avec leur consommation ; ainsi nous consommons le vin pour notre boisson et le blé pour notre nourriture. Dans les échanges de cette nature on ne devra donc pas compter l’usage de l’objet à part de sa réalité même ; mais du fait même que l’on en concède l’usage à autrui, on lui concède l’objet. Voilà pourquoi, pour les objets de ce genre, le prêt transfère la propriété. Si donc quelqu’un voulait vendre d’une part du vin, et d’autre part son usage, il vendrait deux fois la même chose, ou même vendrait ce qui n’existe pas. Il commettrait donc évidemment une injustice. Pour la même raison, l’on pêcherait ce qui n’existe pas. Il commettrait donc évidemment une injustice. Pour la même raison, l’on pêcherait contre la justice si, prêtant du vin ou du blé, on exigeait deux compensations, l’une à titre de restitution équivalente à la chose elle-même, l’autre pour prix de son usage (usus) ; d’où le nom d’usure(usura).En revanche, il est des objets dont l’usage ne se confond pas avec leur consommation. Ainsi l’usure d’une maison consiste à l’habiter, non à la détruire ; on pourra donc faire une cession distincte de l’usage et de la propriété ; vendre une maison, par exemple, dont on se réserve la jouissance pour une certaine période ; ou au contraire céder l’usage de cette maison, mais en garder la nue-propriété. Voilà pourquoi on a le droit de faire payer l’usufruit d’une maison et de redemander ensuite la maison prêtée, comme cela se pratique dans les baux et les locations d’immeubles. Les lois humaines laissent certains péchés impunis à cause de l’imperfection des hommes ; car elles priveraient la société de nombreux avantages, si elles réprimaient rigoureusement tous les pêchés en y appliquant des peines. C’est pourquoi la loi humaine tolère le prêt à intérêt, non qu’elle l’estime conforme à la justice, mais pour ne pas nuire au plus grand nombre.

Saint Thomas d’aquin, Somme théologique, tome III, p491-492

« Les Rites et la conduite humaine » par Confucius

Je vous propose un extrait des pensées chinoises par Confusius

Le Maître dit : « Une politesse qui n’est pas tempérée par le rituel est fastidieuse ; une prudence qui n’est pas tempérée par le rituel est peureuse ; une bravoure qui n’est pas tempérée par le rituel est violente ; une franchise qui n’est pas tempérée par le rituel est blessante. »

Yan Hui interrogea Confusius sur la vertu suprême. Le Maître dit: «Pour pratiquer la vertu suprême, il faut se dominer et rétablir les rites.Qui pourrait un jour se dominer et rétablir les rites verrait le monde entier s’incliner devant sa vertu suprême. Pour pratiquer la vertu suprême, sur qui s’appuyer, sinon sur soi-même ? ». Yan Hui dit : « Pourriez-vous m’indiquer une méthode pratique ? » le Maître dit :« Ne regardez rien de contraire aux rites. » Yan Hui dit : « Bien que je ne sois pas doué, je vais tâcher de faire comme vous dites. » Le maître dit : « Peut-on vraiment gouverner un pays par les rites et la déférence ? Bien sûr ! Si on ne le pouvait, à quoi serviraient  les rites ? » Le Maître dit : « si un homme est dépourvu d’humanité, à quoi lui sert la musique ? » Lin Fan demanda en quoi consistait l’essence des rites. Le Maître dit : « Grande question ! Dans les cérémonies, préférez la simplicité à  l’opulence ; dans les funérailles, préférez les larmes à la pompe. » Le Maître dit : « Un honnête homme évite la compétition. Ou  sinon, qu’il en fasse seulement au tir à l’arc. Mais même là, à l’entrée en lice et aux libations finales, il s’incline et s’efface devant ses concurrents. Même en compétition, il reste un honnête homme. » Le Maître entra dans le Grand Temple du Fondateur de la Dynastie ; il se fit tout expliquer. Quelqu’un dit : « Et on prétend que ce bonhomme-là s’y connait en fait en rituel ? Il entre dans le temple, et il doit tout se faire expliquer. » Entendant cela, le Maître dit : « C’est précisément ça, le rituel. »