le hasard de nos rencontres serait-il déterminé?

bouts choisis d’extrait de Boris Cyrulnik

Aurait-on pu se rencontrer? cette question contient la pensée implicite que sans la rencontre, notre destin eût été tout autre.

Peut-on naître sans raison et mourir par hasard?

A l’époque, où les parents mariaient leurs enfants entre eux, ils ne savaient pas qu’en organisant cette rencontre, ils renforçaient les structures sociales.

Depuis que le mariage d’amour est devenu une valeur culturelle, ce n’est plus la structure sociale qui s’y exprime, c’est la structure personnelle.

Quand les parents provoquaient la rencontre de leurs enfants, ils renforçaient le groupe.

Quand l’amour préside au choix du partenaire, il facilite la névrose. Le stéréotype culturel consiste à décrire un coup de foudre,suivi d’un amour durable que parfois la vie altère. Les échecs sont attribués aux vicissitudes de l’existence. Toutes les études concluent que ce schéma est rare. Le coup de foudre n’est pas obligatoire. Le mariage d’amour lui-même n’est pas si fréquent. Les partenaires disent que « c’est un mariage d’amour », et, bien sûr, ils ont raison de le soutenir car le conjoint,dans notre culture, accepterait difficilement le contraire. La plupart des mariés se choisissent pour des motifs psychosociaux. Lorsque le mariage était arrangé par les parents, les mimiques, les gestes et les vêtements avaient pour fonction de signer l’appartenance à une catégorie sociale. Dans le mariage d’amour, c’est l’intimité de la personne qui s’exprime en priorité. Parfois la rencontre névrotique provoque des mariages entre structures opposées mais complémentaire : un homme désireux de donner à de fortes chances de rencontrer une femme qui désire recevoir. Le circuit de la rencontre a commencé par des balises sociales, puis comportementales, elle devient maintenant sexuelle et les signaux corporels échappent au social et se chargent d’émotion intime.

réflexion d’un jour

réflexion d’un jour par Nathalie Lacladère

A un instant t, une espèce α(t) naît lorsqu’une espèce β(t) meurt.

Puis d’après le philosophe des Lumières François-Marie Arouet  dit Voltaire :

« Dans le monde tel qu’il est, la générosité est la vertu des héros ; le reste des hommes se borne à l’admirer. La générosité est de tous les états : c’est la vertu dont la pratique satisfait le plus l’amour-propre. Il est un art d’être généreux : cet art n’est pas commun ; il consiste à dérober le sacrifice que l’on fait. La générosité ne peut guère avoir de plus beau motif que l’amour de la patrie et le pardon des injures. »

décadence d’un intello Emmanuel Todd

En ce jour solennel, où des familles pleurent leur proche perdu dans un combat pour sauver la destinée de leurs enfants et de leur pays,

Nous avons eu droit à un fiasco total d’un intello qui vient nous parler de ses états d’âmes perdues au plus profond de son inconscient, pris d’un délire et opprimant des opprimés les catholiques.

Quel lien de parenté peut-on signifier entre un uji et un iju?

Avez-vous la réponse monsieur Todd?

Alors monsieur Emmanuel Todd en ce 8 mai 2015, je me fiche bien pas mal de qui est Charlie ,

Charlie une caricature désuète de sens et d’intérêt pour le commun des mortels et le commun des vivants.

pleine-lune-ange

« système à maison »  créé par Lévi-Strauss 

La Maison, également appelée « système à maison » ou plus rarement « société à maison » (house society en anglais), est un concept utilisé en sciences sociales et principalement en anthropologie, pour désigner un type particulier de parenté et d’organisation de la vie en société où le lieu de résidence est considérée comme l’entité sociale fondamentale, une sorte de « personne morale » autour de laquelle se structurent les relations entre individus.

La notion de maison a été établie par Claude Lévi-Strauss au milieu des années 1970, sur la base comparative de travaux antérieurs en ethnologie (Franz BoasAlfred Kroeber) et en histoire médiévale européenne (Karl Schmid, Georges Duby). Dans cette formalisation initiale, la maison est opposé en tant que « principe de résidence » aux diverses formes déjà connues d’organisation sociale fondées sur l’alliance et/ou la filiation.

Après Lévi-Strauss, la notion de maison a été reprise selon un grand nombre de points de vue et de définitions différentes par des auteurs appartenant à des champs universitaires variés (anthropologie, ethnologie, sociologie, histoire, archéologie), ce qui rend aujourd’hui complexe sa compréhension générale. En particulier, la maison lévi-straussienne a progressivement été assimilée (non sans controverses) au concept de famille-souche, introduit par l’ingénieur Frédéric Le Play au milieu du XIXe siècle dans ses descriptions des sociétés rurales européennes et redécouvert dans les années 1960 par les historiens de la famille. Système à maison et famille souche apparaissent aujourd’hui comme deux formulations d’un même concept, le « principe de résidence », souvent opposé au « principe de parenté ».

Découvert et formulé par Lévi-Strauss assez tardivement dans sa carrière, au milieu des années 1970, le concept de maison occupe une place importante dans sa démarche intellectuelle, en rupture avec les grandes théories anthropologiques de la parenté : celle de l’alliance qu’il avait défendue pendant l’essentiel de sa carrière, et celle de la filiation et de la descendance privilégies par ses homologues anglo-saxonsIl s’agissait pour lui de répondre à un problème concernant les sociétés cognatiques qu’il avait jusque-là laissées de côté. 

Levi-Strauss était particulièrement attaché à la côte de Colombie-Britannique et particulièrement aux peuples de la région de Vancouver, dont il avait découvert les masques durant ses années d’enseignement à New-York autour de la seconde guerre mondiale, et dont il avait ensuite étudié les mythes dans le cadre de sa tétralogie des Mythologiques. Il avait à cette occasion pris connaissance des difficultés rencontrées par l’anthropologue américain Franz Boas pour interpréter la parenté de certaines de ces tribus indiennes, notamment les Kwakiutl. Boas avait identifié chez eux des unités sociales qu’ils appelaientnumaym, dirigées par une aristocratie et qui transmettaient de génération en génération des biens matériels et immatériels (titres, noms, fonctions religieuses) selon des modalités échappant à toutes les théories anthropologiques classiques comme l’alliance, la filiation matrilinéaire ou patrilinéaire. En publiant en 1975 la première version de son livre la Voie des Masques consacré à ces tribus, Lévi-Strauss mentionne ses interrogations sur leur système de parenté. Il va ensuite se pencher sur ses questions dans le cadre de ses cours au Collège de FranceC’est dans le cadre de son séminaire de 1976 qu’il donne sa première définition de la maison, s’appuyant sur la description des Yurok de Californie et du numaym des Kwakiutl.

« personne morale détentrice d’un domaine qui se perpétue par la transmission de son nom, de sa fortune et de ses titres en ligne réelle ou fictive, tenue pour légitime à la seule condition que cette continuité puisse s’exprimer dans le langage de la parenté ou de l’alliance, et, le plus souvent, des deux ensemble ».

Approche spatiale

Pierre Bourdieu avait en revanche commencé à aborder en sociologie la perception symbolique architecturale de la maison par ses occupants au début des années 1970 dans une étude pionnière sur la maison kabyle. Il y examinait la résidence en tant qu’entité physique sous l’angle de systèmes d’oppositions du point de vue des acteurs, dans une dimension sexuée en particulier.

C’est dans les années 1990 que des chercheurs, sous l’impulsion de Janet Carsten et Stephen Hugh-Jones, ont commencé à appréhender le concept de maison du point de vue des individus concernés et indépendamment de la classification unilinéaire ou non de leur groupe social, c’est-à-dire privilégiant le symbolisme architectural de l’édifice, au détriment de la généalogie considérée comme beaucoup plus éloignée des préoccupations conscientesL’anthropologue Klaus Hamberger s’est lui aussi intéressé à la construction de l’espace social à travers la maison dans des sociétés du Timor d’Amazonie occidentale et d’Amérique du Nord.

Maison créée par Lévi-Strauss 

La maison en perspective Un modèle spatial de l’alliance*

Klaus Hamberger, extrait.

Paru dans L’Homme 194 (2010), 7-40

7// Lorsque Lévi-Strauss (1979, 1984, 1991) introduisit la notion de « maison » dans les études de parenté, il s’agissait avant tout de répondre à un problème posé par la théorie des groupes de filiation. La notion était destinée à appréhender des groupes sociaux qui, tout en se présentant morphologiquement comme des clans ou des lignages, échappaient à la grille classificatoire habituelle, leur mode de recrutement n’étant ni unilinéaire, ni bilinéaire, ni strictement indifférencié, ni même contraint à la seule filiation, voire à la parenté généalogique en tant que telle. Reprenant une idée de Boas, qui, jugeant inadéquats tous les concepts classiques pour caractériser le groupe de parenté kwakiutl, avait fini par le comparer au majorat européen, Lévi-Strauss entendait généraliser le modèle de la « maison » aristocratique pour en faire un nouveau concept de groupe de filiation, voire la marque d’un nouveau type d’organisation sociale, la « société à maisons ». Rappelons sa définition de « maison » :

« personne morale détentrice d’un domaine composé à la fois de biens matériels et immatériels, qui se perpétue par la transmission de son nom, de sa fortune et de ses titres en ligne réelle ou fictive, tenue pour légitime à la seule condition que cette continuité puisse s’exprimer dans le langage de la parenté ou de l’alliance, et, le plus souvent, des deux ensemble » (Lévi-Strauss 1979 : 177) //8//

On en retiendra deux traits caractéristiques centraux : d’une part, l’importance cruciale d’un substrat matériel ou immatériel de biens transmissibles (dont la maison au sens physique), et d’autre part, l’ambiguïté profonde quant à la règle de transmission – due au fait que les principes de celle-ci, tout en restant formulés dans le langage de la parenté, relèvent en réalité de stratégies politiques et économiques. Cette idée d’un symbolisme de la parenté parasité par un contenu nouveau s’applique non seulement aux règles de filiation ou de transmission de biens, mais également aux règles de mariage et de résidence, bref à tous les domaines  classiques de la parenté.

Caractérisée, voire définie par sa capacité à fusionner des principes antagonistes, la «maison» a son mode opératoire propre dans la production d’ambiguïtés et de contradictions. Définition problématique, en ce qu’elle risque d’aboutir à une notion fourre– tout capable de s’appliquer à tout et son contraire. Pourtant, la notion de « maison » n’est pas seulement un asile à l’ignorance. Si elle a été définie par un ensemble de contradictions et d’ambiguïtés, c’est qu’elle devait servir à les expliquer comme résultats d’un conflit entre les partenaires d’alliance, donneurs et preneurs de femmes, parents paternels et maternels des enfants. Né d’un antagonisme au sujet de celle des deux familles que le nouveau couple, selon son affiliation viri- ou uxorilocale, aura la charge de perpétuer, le schéma de la maison permettrait, de par son ambiguïté fondamentale, à chacune des deux de s’affilier le couple et sa progéniture. C’est sous cet angle que Lévi-Strauss (1984: 198) propose une autre conception de la maison, assez différente de la définition canonique citée ci-dessus. Plutôt que de la définir par un quelconque substrat matériel ou immatériel, il faudrait, dit-il, la considérer comme l’hypostase d’une relation entre les alliés, dont elle réconcilie les vues opposées sous l’apparence de l’unité retrouvée. La maison se constitue ainsi « à l’intersection des perspectives antithétiques » (Lévi-Strauss 1979 : 190). Si, toutefois, cette conception de la maison à partir de l’alliance (plutôt que de la filiation) est restée lettre morte, sans application empirique tangible, c’est que la notion de « perspective » n’y figure qu’au sens métaphorique, tout comme la notion de « maison » elle-même : jamais Lévi-Strauss ne l’a considérée comme une véritable structure spatiale.

Cette absence flagrante de l’architecture dans le modèle lévi-straussien a été le point de départ de son renouvellement par un groupe de chercheurs réunis autour de Janet Carsten et Stephen Hugh-Jones (1995), dont le programme consistait en un sens à remettre sur ses pieds la notion de «maison». Tenant compte du fait que les modèles «émiques» de la morphologie sociale adoptent bien plus le symbolisme de la maison que //9// celui de la généalogie, le groupe se mit, à travers une étude approfondie des maisons empiriques, à s’approprier ces modèles concrets en tant qu’outils d’analyse, quelle que fût par ailleurs la classification (unilinéaire ou non) de la société en question. Au lieu de distinguer une certaine catégorie de société, la « maison » caractérise ici une certaine méthodologie anthropologique, empruntée aux sociétés étudiées, et dont les concepts de base, matérialisés dans des structures spatiales, s’articulent par les mouvements du corps et les directions du regard aussi bien que par le discours. Rendant ainsi une réalité empirique à la maison en tant que structure relationnelle (et pas seulement en tant que substrat d’une personne morale), ces recherches ont  posé les fondements permettant de dépasser Lévi-Strauss et considérer la maison non seulement comme résultat d’une fusion de principes opposés, mais comme lieu de leur articulation (McKinnon 1995: 188). Or, cette articulation s’opère essentiellement par l’alternance entre les différentes perspectives que permet la maison.

Cette conception de la maison remonte à la célèbre étude de Bourdieu (1969) sur la maison kabyle. Celle-ci fut en effet la première à être analysée comme articulation de plusieurs systèmes d’oppositions, transformables l’un en l’autre en fonction du changement de point de vue. Selon que l’on se place à l’extérieur ou à l’intérieur, toutes les valences symboliques s’inversent : est devient ouest, clair devient sombre, vie devient mort, etc. Ces perspectives sont sexuées : des deux systèmes de coordonnées opposés, l’un ou l’autre se trouve porté au premier plan selon qu’on la considère du point de vue masculin (de l’extérieur) ou du point de vue féminin (de l’intérieur). Or, ces transformations sont loin de constituer un trait spécifique propre à la maison kabyle. Elles représentent une caractéristique universelle de la maison en tant que schéma génératif d’un espace socia– la notion d’« espace » étant essentiellement celle d’un groupe de transformations de perspectives1.

Bien plus qu’une simple projection d’oppositions sociales (hommes / femmes, consanguins / affins, aînés / cadets, etc.) en oppositions spatiales (extérieur / extérieur, gauche / droite, devant / derrière, etc.), l’importance de la maison consiste précisément en sa capacité de représenter une même structure sociale simultanément ou successivement de plusieurs points de vue. Grâce à cette structure transformationnelle, le schéma de la maison inscrit le point de vue de l’autre dans la constitution du groupe même ; et c’est ainsi qu’elle peut servir, ainsi que l’a proposé LéviStrauss, comme objectification d’une relation. L’alliance matrimoniale constitue le cas paradigmatique de cette intégration de la perspective étrangère au sein du groupe, //10// le conjoint « donné » ne pouvant médiatiser un lien entre son groupe marital et son groupe natal que dans la mesure où, tout en résidant dans l’un, il reste affilié à l’autre. Si l’axe fondamental de la transformation de perspectives oppose donc le point de vue masculin au point de vue féminin, ce n’est pas en tant qu’opposition abstraite entre les genres, mais sous la forme concrète de la relation conjugale, relation qui constitue la maison à l’intérieur, en même temps qu’elle la lie à l’extérieur. Toutefois, Bourdieu n’a jamais considéré cette relation sous l’aspect de l’alliance (dont la conception structuraliste de l’époque correspondait en effet mal au régime matrimonial kabyle), de sorte que le système de transformations qu’il a décrit si magistralement est finalement resté sans interprétation2. De l’autre côté, Lévi-Strauss  n’a jamais concrétisé sa conception de la maison comme objectivation de la relation d’alliance, bien que le modèle bourdieusien eût pu lui donner un sens empirique, d’autant que Bourdieu lui-même a caractérisé les mouvements entraînant l’inversion des perspectives comme la concrétisation corporelle du concept de transformation. Ainsi, la théorie de l’alliance et celle de la maison sont restées des domaines séparés, alors que leur intégration aurait permis de rendre les études de la parenté accessibles à une analyse proprement structurale, c’est à dire transformationnelle. Or nous pensons – et nous voulons le montrer dans cet article – qu’une analyse de la « maison » à travers ses transformations, non seulement verra l’alliance au cœur de sa structure, mais ouvrira aussi une nouvelle perspective pour la conceptualiser en tant que telle.

La théorie classique de l’alliance repose sur l’idée que des groupes de filiation communiquent entre eux en échangeant certains de leurs membres. Au fondement de ce modèle se situe la conception maussienne du don : qu’il s’agisse de choses ou de personnes échangées, celles-ci ne parviennent à représenter une relation entre les groupes échangistes que parce qu’elles conservent, après leur passage de l’un à l’autre, un certain statut de double appartenance. Ce statut se clarifie si l’on reformule la situation en termes spatiaux, de sorte que les groupes échangistes apparaissent comme des lieux, l’échange comme un déplacement, et la double appartenance comme une double perspective, permettant aux personnes « échangées » de se considérer, selon l’angle ou selon le contexte, comme résidant aussi bien « chez eux » que « chez les autres »3. Cette transformation //11// de perspective répond non seulement à un problème « subjectif » devant lequel l’échange matrimonial met les personnes déplacées. Elle peut être considérée comme l’opération constitutive de l’échange matrimonial, qui ne se réduit en effet pas à un simple changement de position, mais entraîne une véritable transformation de l’espace. La maison fournit le schème de cet espace. Selon cette conception, le régime matrimonial prévalant dans une société donnée devrait alors être lié à la forme spécifique que prend cette transformation, et, partant, à la topologie de la maison. Si cette hypothèse se confirme, la « maison », loin de n’être qu’un substitut aux groupes dfiliation, s’érigerait au centre d’une théorie spatiale de l’alliance, qui dépasse l’ancienne théorie de l’échange sans pour autant sacrifier son idée centrale : la conception de l’alliance comme une façon de se mettre à la place de l’autre. 

Les voix intérieures de Virginia Woolf

Comment fonctionne la pensée ? Avant les scanners et les IRM, Virginia Woolf coucha sur le papier la forme de notre discours intérieur. Cette première romancière de l’introspection inspire aujourd’hui les scientifiques.

«À quoi penses-tu ? » D’apparence innocente, cette question est assortie de riches et parfois lourdes connotations. Elle nous enjoint à sortir de notre silence, à partager notre monde privé, notre intériorité et notre intimité. Y répondre : «Rien » n’a jamais satisfait personne ; forcément, à tout moment nous devons bien penser à quelque chose, et si on nous a posé la question, c’est bien que nous avions l’air pensifs… Alors, « À quoi penses-tu ? »

Une fois la question posée s’ouvre un abîme bien incertain. Pouvons-nous, à la demande, identifier le contenu de nos pensées, l’isoler, le transmettre tel quel à autrui ? L’exercice n’a rien d’anodin et a été le sujet d’innombrables spéculations de la part de philosophes et psychologues. Et bien évidemment, les romanciers ne s’en sont pas davantage privés.

Une technique novatrice

L’écrivaine britannique Virginia Woolf (1882-1941) a fait de l’exploration de la pensée humaine sa signature artistique. Là où un narrateur omniscient et surplombant raconte les péripéties d’une intrigue, rapportant ça et là les impressions et paroles des protagonistes, Woolf a pris le parti d’installer le lecteur dans la tête même des personnages, mettant la narration et l’empreinte de l’auteur en retrait. C’est le cas dans la plupart de ses romans, mais c’est dans Mrs Dalloway, son premier succès, publié en 1925, que sa technique si particulière et originale, longuement réfléchie et théorisée depuis plusieurs années, aboutit pleinement pour la première fois. Sa très fine psychologie, son talent inouï pour l’observation et l’auto-observation des mouvements les plus subtils de la psyché, loin de fournir des réponses naïves et définitives, rendent pleinement justice aux complexités soulevées par cette question si anodine, « À quoi penses-tu ? », qui n’ont pas fini d’embarrasser les chercheurs, même aujourd’hui qu’ils disposent des techniques avancées de neuro-imagerie.

Le scanner littéraire

Il aura fallu attendre le début du XXe siècle pour que l’exploration littéraire des processus de pensée devienne un genre à part entière, sous l’impulsion notamment de James Joyce et Virginia Woolf. Ces auteurs poussèrent à ses dernières limites la technique dite du « courant (ou flux) de conscience », selon le terme du psychologue William James, qui en 1890 expliquait dans ses Principes de psychologie que la conscience, la vie subjective, n’était ni disjointe, ni unifiée, mais semblait plutôt « couler » comme une rivière. Pourquoi ne pas tenter de rendre, par l’écrit, ce flux continu de manière aussi réaliste que possible ?

Les précurseurs furent nombreux : Sterne, Dickens, Dostoïevski, Poe et bien d’autres. Mais il revient sans doute à Édouard Dujardin, auteur français méconnu, d’avoir le premier conçu une œuvre entièrement dans cette veine. Les lauriers sont coupés, publiés en 1887 et redécouverts tardivement, relatent quelques heures de la vie d’un personnage entièrement de son point de vue et à mesure que se déroule une de ses journées. En 1931, voyant son procédé enfin devenir populaire, Dujardin théorisa sa technique du « monologue intérieur » : « Le monologue intérieur est […] le discours sans auditeur et non prononcé, par lequel un personnage exprime sa pensée la…

source:http://www.cerveauetpsycho.fr/ewb_pages/a/article-les-voix-interieures-de-virginia-woolf-33997.php

une mémoire sur mesure

« Ô temps ! suspends ton vol…  »

Lamartine espérait figer l’instant pour mieux goûter le bonheur. Proust, plus tard, s’évertuera à ressusciter les heures les plus douces par les reviviscences de l’imaginaire et le pouvoir des mots. Comment retenir nos souvenirs, les graver dans un marbre impérissable, les enfermer dans un flacon pour les respirer à loisir ?

Avec les progrès des neurosciences, la nature même du souvenir évolue. Comment Proust accueillerait-il l’idée qu’un souvenir est l’activation d’un groupe de neurones dans notre cerveau ? Peut-être avec intérêt. Mais l’idée que ce souvenir puisse être réactivé par des impulsions laser provoquant le rallumage desdits neurones ?

Car c’est de cela qu’il s’agit. Les expérimentations en laboratoire montrent qu’un souvenir peut être réactivé sur commande chez des souris par une technique appelée « optogénétique », en ciblant les neurones concernés. Qu’ils peuvent être aussi effacés, voire que des souvenirs totalement fictifs peuvent être créés de toutes pièces. Alors, si le souvenir est matière, ne pourrait-on pas le consolider, voire le modeler ?

Le futur est parmi nous : déjà des dormeurs voient leur mémoire augmenter après des séances d’impulsions électriques (ou de simples sons) qui renforcent ces processus de plasticité neuronale. Des pilules gomment les souvenirs désagréables de patients traumatisés, et d’autres « sauvegardent » des saveurs passées, étrange écho chimique à la madeleine de Proust. Une mémoire sur mesure, voilà l’horizon qui se profile.

Est-ce souhaitable ? Le dilemme n’est pas nouveau ! Platon considérait comme un crime d’oublier quoi que ce fût. Nietzsche érigea, quant à lui, l’oubli en vertu suprême sans laquelle aucune action n’était possible. En fait, nous avons simplement de nouveaux instruments entre les mains. Ce ne sont pas les premiers.

L’écrit est passé par là bien avant, autre support de mémorisation que les Grecs réprouvaient parfois en glorifiant la pureté de la mémoire sans support (Platon, encore…) Pour élaborer les réponses ensemble, une étape est nécessaire : s’informer au sujet de ces avancées. Nous espérons y contribuer à notre manière.

source:http://www.cerveauetpsycho.fr/ewb_pages/a/article-une-memoire-sur-mesure-33690.php