Night by William Blake

Au soleil couchant,
Brille l’étoile du soir ;
Les oiseaux sont silencieux dans leur nid,

Et je dois rejoindre le mien.

La lune, comme une fleur,

Dans son écrin au sommet du ciel,

Avec ce plaisir silencieux,

Repose et sourit dans la nuit.
Night by William Blake

The sun descending in the west,  

The evening star does shine;  

The birds are silent in their nest,

And I must seek for mine. The moon, like a flower
In heaven’s high bower,

With silent delight,

Sits and smiles on the night.

Dernier Espoir, Verlaine

Il est un arbre au cimetière Poussant en pleine liberté, 
Non planté par un deuil dicté, – 

Qui flotte au long d’une humble pierre.

Sur cet arbre, été comme hiver, 

Un oiseau vient qui chante clair 

Sa chanson tristement fidèle. 

Cet arbre et cet oiseau c’est nous :

Toi le souvenir, moi l’absence 

Que le temps – qui passe – recense… 

Ah, vivre encore à tes genoux !

Ah, vivre encor ! Mais quoi, ma belle, 

Le néant est mon froid vainqueur… 

Du moins, dis, je vis dans ton coeur ?

Soleil couchant

Soleil couchant, Théophile Gautier
Notre-Dame

Que c’est beau !

Victor HUGO

En passant sur le pont de la Tournelle, un soir,

Je me suis arrêté quelques instants pour voir

Le soleil se coucher derrière Notre-Dame.

Un nuage splendide à l’horizon de flamme,

Tel qu’un oiseau géant qui va prendre l’essor,

D’un bout du ciel à l’autre ouvrait ses ailes d’or,

– Et c’était des clartés à baisser la paupière.

Les tours au front orné de dentelles de pierre,

Le drapeau que le vent fouette, les minarets

Qui s’élèvent pareils aux sapins des forêts,

Les pignons tailladés que surmontent des anges

Aux corps roides et longs, aux figures étranges,

D’un fond clair ressortaient en noir ; l’Archevêché,

Comme au pied de sa mère un jeune enfant couché,

Se dessinait au pied de l’église, dont l’ombre

S’allongeait à l’entour mystérieuse et sombre.

– Plus loin, un rayon rouge allumait les carreaux

D’une maison du quai ;

 – l’air était doux ; les eaux

Se plaignaient contre l’arche à doux bruit, et la vague

De la vieille cité berçait l’image vague ;

Et moi, je regardais toujours, ne songeant pas

Que la nuit étoilée arrivait à grands pas.

Forêt par Chateaubriand

Forêt silencieuse, aimable solitude,Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré !

Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,

J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude !

Prestiges de mon cœur ! je crois voir s’exhaler

Des arbres, des gazons une douce tristesse :

Cette onde que j’entends murmure avec mollesse,

Et dans le fond des bois semble encor m’appeler.

Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière

Ici, loin des humains !… Au bruit de ces ruisseaux,

Sur un tapis de fleurs, sur l’herbe printanière,

Qu’ignoré je sommeille à l’ombre des ormeaux !

Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles ;

Ces genêts, ornements d’un sauvage réduit,

Ce chèvrefeuille atteint d’un vent léger qui fuit,

Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.

Forêts, dans vos abris gardez mes vœux offerts !

A quel amant jamais serez-vous aussi chères ?

D’autres vous rediront des amours étrangères ;

Moi de vos charmes seuls j’entretiens les déserts.

François-René de Chateaubriand, Tableaux de la nature

La Mer, par Chateaubriand

Des vastes mers tableau philosophique,
Tu plais au cœur de chagrins agité :
Quand de ton sein par les vents tourmenté,
Quand des écueils et des grèves antiques
Sortent des bruits, des voix mélancoliques,
L’âme attendrie en ses rêves se perd,
Et, s’égarant de penser en penser,
Comme les flots de murmure en murmure,
Elle se mêle à toute la nature :
Avec les vents, dans le fond des déserts,
Elle gémit le long des bois sauvages,
Sur l’Océan vole avec les orages,
Gronde en la foudre, et tonne dans les mers.

Mais quand le jour sur les vagues tremblantes
S’en va mourir ; quand, souriant encor,
Le vieux soleil glace de pourpre et d’or
Le vert changeant des mers étincelantes,
Dans des lointains fuyants et veloutés,
En enfonçant ma pensée et ma vue,
J’aime à créer des mondes enchantés
Baignés des eaux d’une mer inconnue.
L’ardent désir, des obstacles vainqueur,
Trouve, embellit des rives bocagères,
Des lieux de paix, des îles de bonheur,
Où, transporté par les douces chimères,
Je m’abandonne aux songes de mon cœur.

L’enfant, Victor Hugo

Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil, 

Chio, qu’ombrageaient les charmilles,

Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,

Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois 

Un chœur dansant de jeunes filles.
Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,

Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis, 

Courbait sa tête humiliée ;

Il avait pour asile, il avait pour appui

Une blanche aubépine, une fleur, comme lui 

Dans le grand ravage oubliée.
Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !

Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus 

Comme le ciel et comme l’onde,

Pour que dans leur azur, de larmes orageux,

Passe le vif éclair de la joie et des jeux, 

Pour relever ta tête blonde,
Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner

Pour rattacher gaîment et gaîment ramener 

En boucles sur ta blanche épaule

Ces cheveux, qui du fer n’ont pas subi l’affront,

Et qui pleurent épars autour de ton beau front, 

Comme les feuilles sur le saule ?
Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?

Est-ce d’avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus, 

Qui d’Iran borde le puits sombre ?

Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,

Qu’un cheval au galop met, toujours en courant, 

Cent ans à sortir de son ombre ?
Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,

Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois, 

Plus éclatant que les cymbales ?

Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ?

– Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus, 

Je veux de la poudre et des balles.

Le Tigre, William Blake

William Blake poète britannique semble dire que la connaissance ne fournit pas de réponse à tout ce qui est essentiel.

Ainsi le poète s’étonne, admire et s’interroge, par exemple sur l’origine de la cruauté.

Tigre! Tigre! feu et flamme
Dans les forêts de la nuit,
Quelle main ou quel œil immortel,
Put façonner ta formidable symétrie?

Dans quels abîmes, quels cieux lointains
Brûla le feu de tes prunelles?
Quelle aile osa y aspirer?
Quelle main osa saisir ce feu?

Quelle épaule, quel savoir-faire tordirent les fibres de ton cœur?
Et quand ce cœur se mit à battre, quelle terrible main?
Quels terribles pieds ?
Quel fut le marteau ?Quelle la chaîne ?

Dans quel brasier fut ton cerveau ?
Sur quelle enclume ?
Et quelle terrible étreinte
Osa enclore ses mortelles terreurs ?

Quand les étoiles jetèrent leurs lances
Et baignèrent le ciel de leurs larmes,
A-t-il souri à la vue de son œuvre ?
Celui qui fit l’Agneau, est-ce lui qui te fit ?

Tigre ! Tigre ! feu et flamme
Dans les forêts de la nuit,
Quelle main, quel œil immortel
Osèrent façonner ta formidable symétrie ?

William Blake

Au bord de la mer, Theophile Gautier

La lune de ses mains distraites A laissé choir, du haut de l’air, 

Son grand éventail à paillettes 

Sur le bleu tapis de la mer.
Pour le ravoir elle se penche 

Et tend son beau bras argenté ; 

Mais l’éventail fuit sa main blanche, 

Par le flot qui passe emporté.
Au gouffre amer pour te le rendre, 

Lune, j’irais bien me jeter, 

Si tu voulais du ciel descendre, 

Au ciel si je pouvais monter !

Se voir le plus possible par Alfred de Musset

Se voir le plus possible et s’aimer seulement, Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge, 

Sans qu’un désir nous trompe, ou qu’un remords nous ronge, 

Vivre à deux et donner son coeur à tout moment ;
Respecter sa pensée aussi loin qu’on y plonge, 

Faire de son amour un jour au lieu d’un songe, 

Et dans cette clarté respirer librement 

Ainsi respirait Laure et chantait son amant.
Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême, 

Cest vous, la tête en fleurs, qu’on croirait sans souci, 

C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi.
Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème, 

Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci : 

Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.