Apple and the Self-Surveillance State by Paul Krugman

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Like lots of people, I’m paying attention to the Apple Watch buzz, and doing some of my own speculation. Needless to say, I have no special expertise here. But what the heck; I might as well put my own thoughts out there.

So, here’s my pathetic version of a grand insight: wearables like the Apple watch actually serve a very different function — indeed, almost the opposite function — from that served by previous mobile devices. A smartphone is useful mainly because it lets you keep track of things; wearables will be useful mainly because they let things keep track of you.

As I’ve written before, these days I wear a Fitbit, not because I want precise metrics on my fitness regime — which I’m probably not getting — but precisely because the thing spies on me all the time, and therefore doesn’t let me lie to myself about my efforts. And to get that benefit, I don’t need to be able to read information off the device — the basic version is just a blank band, communicating its information by Bluetooth. All I need is to be able to check up on myself once or twice a day.

Now, in this case the only intended recipient of this information is myself, although for all I know the NSA, the Machine, and Samaritan are tracking me too. (If you’re not watching Person of Interest, you should be.) But it’s easy to imagine how a wristband that provides information to others could be very useful — easy to imagine because it already happens at Disney World, where the Magic Band tracks you, letting rides know that you have bought a ticket, restaurants know that you’ve arrived and what table you’re sitting at, and more.

And yes, I know that your phone can do some of this; but a wearable can gather more information while being, you know, wearable.

But will people want a Disney-like experience out in the alleged real world? Almost surely the answer is yes.

Consider the Varian rule, which says that you can forecast the future by looking at what the rich have today — that is, that what affluent people will want in the future is, in general, something like what only the truly rich can afford right now. Well, one thing that’s very clear if you spend any time around the rich — and one of the very few things that I, who by and large never worry about money, sometimes envy — is thatrich people don’t wait in line. They have minions who ensure that there’s a car waiting at the curb, that the maitre-d escorts them straight to their table, that there’s a staff member to hand them their keys and their bags are already in the room.

And it’s fairly obvious how smart wristbands could replicate some of that for the merely affluent. Your reservation app provides the restaurant with the data it needs to recognize your wristband, and maybe causes your table to flash up on your watch, so you don’t mill around at the entrance, you just walk in and sit down (which already happens in Disney World.) You walk straight into the concert or movie you’ve bought tickets for, no need even to have your phone scanned. And I’m sure there’s much more — all kinds of context-specific services that you won’t even have to ask for, because systems that track you know what you’re up to and what you’re about to need.

Yes, it can sound kind of creepy. Even if there are protocols that supposedly set limits, revealing only what and to whom you want, there will tend to be an expansion of your public profile and contraction of your private space — not to mention the likelihood that the NSA, the Machine, and Samaritan are watching regardless. But two points here. First, most people probably don’t have that much to be private about; most of us don’t actually have double lives and deep secrets — at most we have minor vices, and the truth is that nobody cares. Second, lack of privacy is actually part of the experience of being rich — the chauffeur, the maids, and the doorman know all, but are paid not to tell, and the same will be be true of their upper-middle-class digital versions. The rich already live in a kind of privatized surveillance state; now the opportunity to live in a gilded fishbowl is being (somewhat) democratized.

So that’s my two cents (which purchase as much in digital terms as several hundred dollars back when). I think wearables will become pervasive very soon, but not so that people can look at their wrists and learn something. Instead, they’ll be there so the ubiquitous surveillance net can see them, and give them stuff.

Source:http://krugman.blogs.nytimes.com/2015/04/10/apple-and-the-self-surveillance-state/?_r=0

Weimar et les Grecs

par Paul Krugman

Tentez de parler des mesures nécessaires dans une économie mondiale déprimée et il est certain que quelqu’un va mettre sur la table le spectre de la République de Weimar en Allemagne, une soi-disant leçon à étudier en ce qui concerne les dangers des déficits budgétaires et de l’expansion monétaire. Mais l’histoire de l’Allemagne après la Première Guerre Mondiale est presque toujours citée de manière étrangement sélective. L’on entend sans cesse parler de l’hyperinflation de 1923, lorsque les gens déplaçaient des brouettes entières d’argent liquide, mais l’on n’entend jamais parler de la déflation bien plus pertinente du début des années 1930, alors que le gouvernement du Chancelier Brüning – ayant retenu les mauvaises leçons – tenta de défendre l’ancrage vers l’or de l’Allemagne avec un resserrement budgétaire et une austérité sévère.

Et que s’est-il passé avant l’hyperinflation, lorsque les forces alliées victorieuses tentèrent de forcer l’Allemagne à payer de gigantesques réparations ? Voilà également une histoire hautement pertinente actuellement, parce qu’elle a une influence directe sur la crise qui couve en Grèce.

Ce qui compte c’est qu’aujourd’hui, plus que jamais, il est crucial que les dirigeants européens se souviennent des bonnes parties de l’histoire. S’ils ne le font pas, le projet européen fait de paix et de démocratie grâce à la prospérité ne survivra pas.

À propos de ces réparations : à la base, les britanniques et les français, au lieu de considérer la démocratie allemande nouvellement établie comme un partenaire potentiel, la traitèrent comme un ennemi défait, exigeant qu’elle compense leurs propres pertes de guerre. Cela fut terriblement imprudent – et les exigences envers l’Allemagne étaient impossibles à tenir, pour deux raisons. Tout d’abord, l’économie de l’Allemagne avait déjà été dévastée par la guerre. Ensuite, le véritable fardeau pesant sur cette économie très réduite fut – ainsi que l’écrivit John Maynard Keynes dans son ouvrage puissant et plein de colère « Les Conséquences économiques de la Paix » – bien plus important que les paiements directs aux alliés désirant vengeance.

Finalement, et inévitablement, les montants réellement collectés de l’Allemagne furent très loin des exigences des Alliés. Mais la tentative d’imposer un tribut sur une nation en ruine – il est incroyable de penser que la France envahit et occupa la Ruhr, le cœur industriel de l’Allemagne, afin de se faire payer de force – handicapa la démocratie allemande et empoisonna ses relations avec ses voisins. Ce qui nous amène à la confrontation entre la Grèce et ses créditeurs.

L’on pourrait arguer que la Grèce s’est mise elle-même dans le pétrin, bien qu’elle ait été bien aidée par des prêteurs irresponsables. Pourtant, aujourd’hui, la vérité simple c’est que la Grèce ne peut pas payer l’intégralité de ses dettes. L’austérité a dévasté son économie aussi efficacement que la défaite militaire avait dévasté l’Allemagne – le produit intérieur brut réel grec par habitant chuta de 26 pourcent entre 2007 et 2013, comparé à un déclin allemand de 29 pourcent entre 1913 et 1919.

En dépit de cette catastrophe, la Grèce paie ses créditeurs, avec un excédent primaire – un excès de revenus par rapport aux dépenses autres que les intérêts – d’environ 1,5 pourcent du PIB. Et le nouveau gouvernement grec est prêt à continuer avec cet excédent. Ce qu’il n’est pas prêt à faire, c’est de répondre aux exigences des créditeurs selon lesquelles elle doit tripler son excédent, et continuer à avoir de gigantesques excédents pendant encore de nombreuses années.

Que se passerait-il si la Grèce tentait de générer ces gigantesques excédents ? Elle devrait sabrer encore dans ses dépenses de l’état – mais ça ne serait pas la fin de l’histoire. Les coupes dans les dépenses ont déjà conduit la Grèce dans une forte dépression, et davantage de coupes ne feraient qu’aggraver cette dépression. Pourtant, des revenus en baisse signifieraient des revenus fiscaux en baisse, et le déficit baisserait de beaucoup moins que la réduction initiale dans les dépenses – probablement moins que deux fois moins.

Pour atteindre sa cible, la Grèce devrait donc se relancer dans une série de coupes, et encore une autre.
De plus, une économie ratatinée conduirait également à des chutes dans les dépenses privées – une nouvelle cause indirecte de l’austérité.

Si l’on met tout cela bout à bout, tenter d’arriver aux 3 pourcents supplémentaires du PIB que les créditeurs exigent équivaudraient non à 3 pourcent pour la Grèce, mais quelque chose comme 8 pourcent du PIB. Et souvenez-vous que cela viendrait couronner l’une des pires crises économiques de l’histoire.

Que se passerait-il si la Grèce refusait simplement de payer ? Eh bien les pays européens du 21ème siècle ne se servent pas de leurs forces militaires comme collecteurs de dettes. Mais il existe d’autres formes de coercition. L’on sait aujourd’hui qu’en 2010 la Banque Centrale Européenne a menacé, dans les faits, de faire s’écrouler le système bancaire irlandais à moins que Dublin n’accepte un programme du Fonds Monétaire International.

La menace de quelque chose de similaire pèse sur la Grèce de manière implicite, bien que j’aie bon espoir que la banque centrale, qui est gérée de façon différente et plus ouverte ces temps-ci, n’irait pas dans ce sens. En tous les cas, les créditeurs européens devraient se rendre compte que la flexibilité – donner une chance à la Grèce de se relancer – est dans leur propre intérêt. Ils peuvent ne pas aimer le nouveau gouvernement de gauche, mais il s’agit d’un gouvernement légitimement élu, dont les dirigeants sont, d’après tout ce que j’ai entendu, sincèrement dévoués à des idéaux démocratiques. L’Europe pourrait s’en sortir beaucoup moins bien – et si les créditeurs veulent se venger, ce sera le cas.

Weimar and Greece, Continued by Paul Krugman

Try to talk about macroeconomics, and you’re sure to encounter accusations that your policies would turn us into Weimar Germany; those wheelbarrows full of cash remain the ultimate bogeymen for many, despite years of being wrong about everything. As some of us have noted, however, there’s a peculiar selectivity in the use of Weimar as cautionary tale: it’s always about the hyperinflation of 1923, never about the deflationary effects of the gold standard and austerity in 1930-32, which is, you know, what brought you-know-who to power.

But that’s not the only piece of Weimar history that has gone missing; there was also the reparations issue, which as I noted yesterday has considerable bearing on the issue of how large a primary surplus Greece must run.

Thinking about this led me to an interesting question. We know that part of the reason large postwar reparations were such an unreasonable and irresponsible demand was the dire, shrunken state of the German economy after World War I. So how does Greece compare? The answer startled me:
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Austerity, it turns out, has devastated Greece just about as much as defeat in total war devastated imperial Germany. The idea of demanding that this economy triple the size of its primary surplus is … disturbing.

Source:http://krugman.blogs.nytimes.com/2015/02/15/weimar-and-greece-continued/?module=BlogPost-Title&version=Blog%20Main&contentCollection=Opinion&action=Click&pgtype=Blogs&region=Body

Tarifs et évaluations par Paul Krugman traduction française par Nathalie Lacladère

écrit le 6 février 2015 par Paul Krugman,

traduction française par Nathalie Lacladère

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La grande histoire dans les marchés obligataires de ces jours est l’émergence de taux d’intérêt négatifs pour un certain nombre de souverains, ce qui est assez étonnant. Mais  il existe une autre histoire qui ne doit pas être négligée : les coûts d’emprunt pour les débiteurs prétendument risqués ne sont pas cités, ils ont fait plonger la Grèce en dessous de ceux des emprunteurs supposés sûrs.

Voici la vue ce matin :

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Il existe un mythe persistant à l’effet que les faibles coûts d’emprunt sont une récompense pour l’austérité ; vous l’entendez constamment de l’actuel gouvernement du Royaume-Uni.

Mais l’Espagne, avec sa notation BBB, a maintenant un taux à 10 ans inférieur à celui du Royaume-Uni, avec sa note AAA. Même l’Italie, avec son BBB, est maintenant sur un pied d’égalité avec la Grande-Bretagne.

Oh, et est-ce incroyable de voir comment les gens continuent à parler d’une crise de la dette française avec un taux à 10 ans de 0,58%, est-ce vrai, 0,58% ?

Paul Krugman, traduction française Nathalie Lacladère.

source:http://krugman.blogs.nytimes.com/2015/02/06/rates-and-ratings/

FlimFlam does London by Paul Krugman

George Osborne’s Autumn Statement laying out the Cameron government’s alleged fiscal plans has provoked a fair bit of incredulity among British commentators; never mind the macroeconomics, it envisages sharp cuts in public spending that would presumably be devastating in their impact on public services, but with no specifics. “What the hell is he playing at?” asks Chris Dillow.

The answer is obvious if you’ve been paying attention on this side of the Atlantic: he’s playing at being Paul Ryan. It’s exactly the same playbook; claim, often and loudly, that you’re deeply concerned about the deficit, while offering budget proposals whose concrete elements involve savaging aid to the poor while cutting taxes on the rich, doing little to reduce the deficit (or, in Ryan’s case, actually increasing the deficit.) Yet you continue to claim that you’re bringing deficits down, because you pencil in huge spending cuts without any explanation of what they will involve or how they can take place.

And what’s the goal? It’s basically a war on the welfare state, but the implausible spending cuts are there to snooker the Very Serious People (or what Simon Wren-Lewis, who has the same analysis, calls mediamacro.) And it works! Even now, Ryan gets treated with kid gloves by reporters who won’t let go of the story line about the Serious, Honest Conservative. Osborne produces a ludicrous budget, and even commentators who acknowledge that it’s ludicrous give him credit for showing

a keen understanding of the constraints facing the country

Think about that: someone says that 2+2=5, and gets credit, because it shows that he recognizes how hard it is to live within the constraint of 2+2 just equalling 4. Give this man a Fiscy!

So, to UK commentators puzzled by the combination of hardheartedness, intellectual dishonesty, and self-righteousness on display: Welcome to my world.

Source:krugman.blogs.nytimes.com

La méthode temporaire-équilibre par Paul Krugman traduction française par Nathalie Lacladère

le 22 septembre 2014 par Paul Krugman, traduction française par Nathalie Lacladère

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David Glasner a quelques réflexions sur la méthodologie macroéconomique , en réaction à mon propre article précédent et  je suis d’accord avec lui la plupart du temps, mais pas entièrement. Toutefois, un peu plus.

Glasner a raison de dire que l’analyse IS-LM de Hicks vient plus directement non pas de Keynes, mais aussi non pas de ses propres Hicks Valeur et Capital , qui a introduit le concept d’équilibre temporaire. Cela implique l’utilisation de méthodes quasi-statique pour analyser une économie dynamique, non pas parce que vous ne réalisez pas que c’est dynamique, mais simplement comme un outil. En particulier, V & C a été discuté assez longuement, un équilibre temporaire dans une économie de trois secteurs, avec des marchandises, des obligations et de l’argent; c’est essentiellement le plein emploi IS-LM, qui devient la version de 1937 avec une certaine rigidité des prix. J’ai écrit sur ce sujet un article il y a longtemps .

Alors est-ce que IS-LM est vraiment keynésienne? Je pense que oui – il y a beaucoup d’équilibre temporaire dans la Théorie générale, même si il existe d’autres choses également. Comme je l’écrivais dans le dernier article, un élément clé qui distingue TGT plus tôt de la théorie du cycle économique était précisément qu’il arrêta d’essayer de raconter une histoire dynamique – plus de périodes, épargne forcée, expansion et récession, au lieu d’un accent sur ​​la façon dont les économies peuvent rester déprimées. Quoi qu’il en soit, est-ce important? La vraie question est de savoir si la méthode de l’équilibre temporaire est utile.

Quelles sont les alternatives? Un – ce qui a repris beaucoup de macro – est de faire un équilibre inter temporel tout le chemin, avec les consommateurs, faire des plans de consommation de durée de vie, des prix fixés à l’avenir devraient être rationnel, et ainsi de suite. C’est DSGE – et je pense comme Glasner et je suis d’accord avec lui que cela n’a pas fonctionné trés bien. En fait, les économistes qui n’ont jamais appris la modélisation équiibrium au style temporaire ont eu une forte tendance à réinventer les erreurs pré-keynésienne (droit-toux de toux-Say), parce qu’ils ne savent pas comment penser le carcan toujours à l’équilibre.

Qu’en est-il du dynamique de déséquilibre tout long du chemin? Fondamentalement, je n’ai jamais vu quelqu’un tirer cette off. Comme les types toujours à l’équilibre, les théoriciens constants en déséquilibre ont une tendance remarquable à faire des erreurs conceptuelles élémentaires .

En bref, Hicks était un gars très intelligent – sa méthode semble souvent de frapper un « sweet spot » entre pertinence, rigoureux et les futurs réalismes qui finit par juste être  confus.

Quel est le problème avec la France? par Paul Krugman traduction française par Nathalie Lacladère

27 AOÛT 2014 Paul Krugman, traduction française par Nathalie Lacladère

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Je voulais ajouter un graphique montrant la croissance du PIB réel depuis le début de 2008:

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La France a fait mieux que la moyenne de la zone euro, bien évidemment pas autant que l’Allemagne mais beaucoup mieux que les Pays-Bas, un pays pourtant profondément attaché à l’austérité créancière.

Comme je l’ai dit ce matin, le président français Hollande, après des années de passivité, a finalement pris des mesures énergiques – fusille quiconque remet en question sa soumission aux exigences allemandes et communautaires pour toujours plus d’austérité. Mais qu’est-ce qui se passe réellement dans l’économie française? C’est bien sûr une catastrophe – extrêmement compétitive, à défaut de créer des emplois, etc.- c’est ce que tout le monde exprime, donc cela doit être vrai, non?

En fait, en observant les données, elles révèlent un certain nombre de surprises.

Commençons par l’emploi. La France a un faible taux de participation au marché du travail relativement ancien, grâce à des programmes généreux de retraite, et aussi par les jeunes, en partie parce que l’aide généreuse signifie que peu ont besoin de travailler pendant leurs études, en partie à cause peut-être d’un salaire minimum élevé et d’autres facteurs décourageant comme l’emploi des jeunes. Qu’en est-il des travailleurs en fonction de l’âge? La figure 1 compare la France et les Etats-Unis. C’est une bonne chose que nous savons que la France est un pays en crise, n’est-ce pas? Parce que sinon, vous pourriez être gêné par la performance de l’emploi qui est beaucoup mieux que la nôtre.

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Pourtant, nous savons que la France est très compétitive sur les marchés mondiaux. La figure 2 montre le solde du compte courant français en pourcentage du PIB, ce qui est, euh, un déficit doux, rien à voir avec les déficits que les États-Unis ont vécu pendant le «boom Bush ».

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Il est intéressant de noter, par ailleurs, que dans la grande fracture européenne au cours de l’inclinaison des années de l’euro, lorsque les coûts en Europe du Sud ont fait un bond par rapport à l’Allemagne, un énorme problème d’ajustement s’est créé, la France était – comme vous pouvez le voir sur la figure 3 – au milieu, sans aucun signe particulier. Ce qui la met dans une situation quelque peu inconfortable, maintenant que l’Europe du Sud est dégonflée tandis que l’Allemagne refuse de gonfler, provoquant une tendance déflationniste globale en Europe. Mais ce n’est pas un problème français comme un problème de l’euro.

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Parlant de la déflation, la France – comme vous pouvez le voir dans la figure 4 – est bien en deçà de la cible de 2% classique (ce qui est trop faible) et la chute est rapide M. Hollande peut vous dire que le problème français est l’offre , mais il semble que comme la demande par ce critère.

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Pourtant, la France doit se préoccuper de justiciers obligataires. Après tout, les investisseurs internationaux sont si préoccupés par les perspectives françaises qu’ils ne se prêtent pas à la campagne sans être payé … Eh bien, on a les taux les plus bas de l’histoire française (figure 5).

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OK, vous obtenez l’image. Les données économiques de la France ne ressemblent en rien à l’histoire comme tout le monde l’exprime. Oui, vous pouvez narrer des histoires de règlementation excessive, mais elles ne dominent pas le tableau macro. Pourtant, M. Hollande, docilement, avec les exigences va devoir de plus en plus se serrer la ceinture. Et le résultat est une sorte de processus de multiplicateur dans lequel l’austérité entraîne une croissance à faiblir, ce qui aggrave la perspective du budget, ce qui conduit à encore plus d’austérité.

Qu’est-ce qui se passe ici sur le plan politique? Simon Wren Lewis un très bon point. En Amérique, la plupart des gens qui façonnent le discours économique sont toujours en train de vivre dans les années 1970, quand la stagflation était à l’ordre du jour; en France, le cauchemar correspondant est au début de l’ère François Mitterrand, lorsque la France souffrait d’euro sclérose et une tentative de poursuivre l’expansion budgétaire unilatéral (avec un taux de change fixe) a échoué. Mais ce n’est pas là. Dans une large mesure, les maux dont souffre la France en 2014 est l’hypocondrie, la croyance qu’elle a une maladie- et cette hypocondrie va l’amener à accepter les remèdes de charlatans qui sont la véritable cause de sa détresse.

« Guerre des monnaies» et la Trinité Impossible par Paul Krugman, Traduction française par Nathalie Lacladère

« Guerre des monnaies» et la Trinité Impossible

par Paul Krugman Traduction française par Nathalie Lacladère

9 mai 2011

Paul Krugman

Poutine affirme que nous sommes des voyous; le Brésil nous accuse de « guerre des monnaies »; et les Chinois sont, bien, être leur moi de charme habituels. Mais que se passe-t-il  sur la scène internationale de la monnaie?
Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas pensé à l’exposer de cette façon avant – et je ne sais pas si quelqu’un d’autre affirme cela – mais ce que nous avons ici est un exemple classique de la Mundellian trinité impossible , alias le tri lemme, qui dit que vous ne pouvez pas avoir en même temps la libre circulation des capitaux, un taux de change stable et une politique monétaire indépendante. Voici une illustration:
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Alors, comment nous pouvons l’appliquer à des questions d’actualité? Les pays développés, la majorité, États-Unis compris, sont alourdis par les conséquences de la crise financière de 2008; ce qui entraîne de faible rendement des placements. Pendant ce temps, les marchés émergents sont en bien meilleure forme, alors la capitale veut y aller.
Et cela crée un problème pour le SME. Ils ne veulent pas que leurs monnaies connaissent  une forte hausse; Le Brésil est mécontent à ce sujet:
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Mais ne pas laisser la hausse de la monnaie serait inflationniste – c’est-à-dire le Brésil ne veut pas renoncer à sa politique monétaire indépendante. Alors, quelle est la réponse?
Toute accusation de hooliganisme et  la guerre des monnaies,  sont des demandes d’effet que le tri lemme s’est résolu en ayant abandonné à avoir une politique monétaire indépendante – en gros, que la Fed renonce à essayer de stabiliser l’économie américaine ainsi que les marchés émergents n ‘est pas en face à l’aise, un compromis entre l’appréciation massive et l’inflation importée. Mais cela ne devrait pas et ne se fera pas.
L’alternative, l’analyse du tri lemme l’indique, est le contrôle des capitaux. La Chine a déjà ceux-ci, mais ils cherchent un peu poreux.Le Brésil a fait quelques efforts en ce sens, mais ils ont de toute évidence pas été suffisant.
Mais pour en revenir à la question de la politique monétaire, ce que cette analyse nous dit, c’est que les choix difficiles auxquels sont confrontés les marchés émergents ne reflètent pas toute sorte de mauvaise conduite spectaculaire de la part des États-Unis. Tout ce que nous voyons est l’ensemble classique de compromis que tout régime de change – et ce n’est pas l’activité de la Fed qui pourra sauver d’autres pays de la nécessité de faire des choix.
Paul Krugman, The New York Times
Traduction française Nathalie Lacladère.

« Les Marais de la fièvre Monétaire », par Paul Krugman Traduction française par Nathalie Lacladère

                        « Les Marais de la fièvre Monétaire »,
par Paul Krugman Traduction française par Nathalie Lacladère
Krugman_New-articleInline-v2le 9 JUILLET 2014, 19h43
Urg. Glou. MmpH. Ma tête se sent comme remplie de flocons d’avoine.
Non, je n’ai pas bu (bien que j’aie l’intention de commencer dans quelques minutes.)
J’ai au contraire passé beaucoup de temps dans les marais de la fièvre monétaires.
Je savais qu’un bon nombre de gens avaient le droit d’attaquer la Fed, pas pour courir le risque d’inflation ou d’instabilité financière, mais pour l’expropriation de la propriété des bien-pensants, les gens de « nettoyage vivant » qui méritent des gains plus élevés d’intérêt. Mais il existe davantage et également plus explicite que ce que j’ai réalisé. Voici un exemple.
Le point de départ semble être l’idée que la Fed doit garder les taux d’intérêt en dessous de leur niveau de «libre marché». Je ne pense pas que les gens expriment que c’est un concept problématique, et encore moins que les opérations d’open market ne sont pas la même chose que le contrôle des prix. Hey, même John Taylor a réussi à tomber dans ce piège absurde, qui montre la rapidité avec une loyauté tribale pouvant manger votre cerveau.
Et puis il y a l’affirmation selon laquelle il existe beaucoup de sel de la terre, les Américains ordinaires ont leurs revenus légitimes volés par cette politique anti-libre-marché. En fait, le revenu d’intérêt pour les retraités est à la fois assez faible dans l’ensemble et très concentré dans un petit nombre de personnes. L’AARP nous dit que le principal moyen avait plus de 3000$ en revenu d’intérêt en 2012, mais que la médiane était de seulement 255$. C’est dire que le revenu d’intérêt est mineur pour la grande majorité.
Mais ce genre de choses est là, et a plus d’influence que la plupart des économistes peuvent soupçonner.
9 JUILLET 2014 19H43 Paul Krugman, The New York Times.
Traduction française Nathalie Lacladère.

Uber et les guerres Macro par Paul Krugman,Traduction française par Nathalie Lacladère

Le 21 décembre 2013

Uber et les guerres Macro par Paul Krugman, Traduction française par Nathalie Lacladère.

Paul Krugman

Hier, j’ai offert une brève histoire de la guerre civile en microéconomie, j’ai expliqué qu’elle a vraiment commencé sur la question du salaire apparente et de la rigidité des prix. C’était un fait empirique évident que les salaires ne tombent généralement pas en période de récession, et que par conséquent les changements dans les dépenses nominales se reflètent dans la production réelle. (Pour rappel – cela ne signifie pas que la flexibilité des salaires permettrait d’améliorer notre situation actuelle – au contraire, grâce à l’excédent de la dette des ménages, cela aggraverait les choses).

L’attitude keynésienne – anciens et nouveaux – a été que nous devons essayer de comprendre cette observation empirique, mais que si nous essayons d’y arriver, c’est OK pour assumer simplement la rigidité des salaires comme une stratégie de modélisation. Le point de vue de l’eau douce a commencé avec une solution intellectuelle séduisante en termes de comportement rationnel et l’information imparfaite qui, malheureusement, s’est avéré être tout faux; plutôt que de déposer leur stratégie de modélisation et le calcul astucieux qui va avec, les économistes d’eau douce ont décidé de nier les faits à la place.

Ce qui m’amène à Uber, le service de location de base Smartphone. Il s’avère qu’Uber ne fait pas payer les prix fixes, il pratique des prix de pointe, dont les prix dépendent de l’état de la demande. Alors, quand il y a une tempête de neige ou quelque chose qui amène tout le monde à vouloir une voiture en même temps, les prix montent jusqu’à – parfois sept fois plus.

Cela fait beaucoup de sens d’un point de vue économique rationnelle – et cela rend les gens complètement furieux. Il s’avère que les gens sont OK avec la fluctuation des prix quand c’est vraiment un marché impersonnel – mais ils deviennent vraiment en colère contre tout soupçon  avec qui ils ont une sorte de relation continue exploitant leur détresse. En fait, le prix de surtension d’Uber est vraiment de « mauvaises relations publiques », et je ne serai pas surpris de voir l’entreprise  modifier sa stratégie si ce n’est à des fins de marketing.

Qu’est-ce que cela a à voir avec les guerres macro? Eh bien, dans les années 1990 l’économiste Truman Bewley – un économiste connu jusqu’à présent pour une grande théorie de la microéconomie – a fait quelque chose de nouveau sur le sujet des salaires, et pourquoi ils ne tombent pas en récession: il est sorti et a demandé aux gens. Et ce qu’il a trouvé c’était que les questions d’équité et de morale ont été la clé. Les employeurs n’ont pas réduit les salaires, même si le chômage était élevé et ils savaient que les employés n’avaient pas où aller, parce qu’ils croyaient que la coopération au moral et au travail s’effondrerait si leurs employés estimeraient que la société exploite une mauvaise économie pour son propre gain.

La parallèle devrait être évidente – et bien sûr, il est beaucoup plus important de sentir que votre employeur ne vous trahira pas que se sentir bien dans son service de location de voiture.

Y a-t-il une manière rigoureuse pour modéliser ce genre de comportement? Pas encore. Un jour, on peut supposer que nous serons en mesure de mettre tout cela dans des équations – après tout, tout est mécanique quantique à la fin. Mais deux choses sont certaines à l’heure actuelle. La première est que ce genre de chose se passe réellement, l’autre est que cela ne peut pas être déduit de la notion étroite de maximisation qui sous-tend ce qui se passe pour les modèles macro-économiques « microéconomiques » au début du XXIè  siècle.

Pouvez-vous vivre avec cette réalité, et accepter l’idée que tout ce que vous mettez dans votre modèle est microéconomique? Si vous le pouvez, vous êtes un économiste d’eau de mer, dans un certain sens keynésien. Si vous ne pouvez pas, vous faites partie de ceux qui ont mal tourné avec le champ.

Paul Krugman, The New York Times.

Traduction française Nathalie Lacladère.