Dernier Espoir, Verlaine

Il est un arbre au cimetière Poussant en pleine liberté, 
Non planté par un deuil dicté, – 

Qui flotte au long d’une humble pierre.

Sur cet arbre, été comme hiver, 

Un oiseau vient qui chante clair 

Sa chanson tristement fidèle. 

Cet arbre et cet oiseau c’est nous :

Toi le souvenir, moi l’absence 

Que le temps – qui passe – recense… 

Ah, vivre encore à tes genoux !

Ah, vivre encor ! Mais quoi, ma belle, 

Le néant est mon froid vainqueur… 

Du moins, dis, je vis dans ton coeur ?

Il y a 80 ans éclatait la guerre d’Espagne

Source:l’humanité 

Il y a 80 ans, le 18 juillet 1936, un coup d’État militaire se répercute dans l’Espagne. S’en suit une guerre civile de trois ans. A cette occasion nous republions notre entretien avec Rémi Skoutelsky, historien spécialiste de la guerre d’Espagne, qui revient sur cet événement et sa postérité dans le siècle passé.

Comment éclate la guerre civile espagnole ?

Rémi Skoutelsky. Au début du XXe siècle, l’Espagne est encore quasiment au XVIIIe. La Catalogne et le Pays basque sont développés, mais le reste du pays est totalement féodal. Après les élections municipales de 1931, le roi, grand-père de l’actuel Juan Carlos, s’enfuit, et la République est proclamée. Elle ne sera pourtant jamais légitime. La petite bourgeoisie patriote est numériquement faible, et du côté ouvrier, la force dominante anarchiste reste hostile à toute  » démocratie bourgeoise « . Les deux piliers de la monarchie, l’Église et l’armée ne songent nullement à un compromis.

C’est un gouvernement de front populaire – alliance des socialistes, des communistes, et des républicains de gauche – qui est au pouvoir depuis le mois de février en Espagne. S’il y a déjà eu de nombreux putschs dans le pays, celui de 1936 s’inscrit dans un contexte international particulier. En Europe, la lutte fait rage entre l’alliance fascisme-nazisme et le mouvement ouvrier, surtout depuis que le Komintern a abandonné sa ligne gauchiste qui mettait dans le même sac démocratie et fascisme.

La conjuration militaire déclenche le putsch à l’issue de plusieurs semaines de guerre civile larvée : grèves dures d’un côté, assassinat de militants et de républicains de l’autre. Avant même l’intervention de Mussolini et Franco au côté des factieux, le monde entier lit les événements à travers la grille fascisme-antifascisme. L’échec du coup d’État entraîne une révolution dans la zone restée fidèle à la République et, inévitablement, la guerre civile, qui plonge immédiatement l’Espagne au coeur des affrontements internationaux.

Pour quelles raisons l’Angleterre et la France refusent-elles d’intervenir ?

Rémi Skoutelsky. Les intérêts de ces deux États ne sont pas identiques. La bourgeoisie anglaise est d’emblée favorable aux putschistes, même si elle voit d’un mauvais oeil l’ingérence de Hitler et Mussolini. La France, elle, est gouvernée par un Front populaire. La première réaction de Blum est d’ailleurs d’envoyer des avions en Espagne, qui permettront de constituer l’escadrille Malraux. Au bout d’une dizaine de jours cependant, il estime que la meilleure tactique consiste à installer un cordon sanitaire autour de l’Espagne afin que ni l’Italie ni l’Allemagne ne puissent aider les nationalistes. Compte tenu du rapport de forces initial, cela aurait peut-être assuré la victoire républicaine.

Mais malgré l’accord de non-intervention, Allemands et Italiens continuent à ravitailler Franco sans discontinuer. En France, le gouvernement doit affronter une violente campagne de droite . Les radicaux, par crainte que l’Allemagne ne se saisisse de ce prétexte pour déclarer la guerre à la France, menacent de faire exploser la coalition de Front populaire si Blum aide l’Espagne. En outre, la Grande-Bretagne a prévenu la France de la caducité de leur alliance si la guerre éclatait pour ce motif-là. Mais la peur la plus déterminante, chez Blum, est vraisemblablement celle d’une réaction de l’armée en France. Il maintient donc la politique de  » non-intervention « , même si les armes soviétiques passeront par la frontière des Pyrénées.

La guerre d’Espagne génère un formidable mouvement de solidarité qui conduit pour la première fois des milliers de volontaires à combattre pour une nation qui n’est pas la leur. Comment s’explique cet élan ? Qui s’engage, et pourquoi ? Quel rôle jouent les Brigades Internationales sur le terrain ?

Rémi Skoutelsky. Toute l’Europe vit au rythme de ce premier conflit de l’ère des médias. Les opinions publiques sont exacerbées. En France par exemple, les tensions restent vives après la fin de la grève générale de l’été 1936. On y vit en fait une véritable guerre civile par procuration, à travers l’Espagne. Entre 1936 et 1939, être de gauche, antifasciste, ou humaniste, c’est d’abord soutenir la République espagnole. Le corollaire de l’existence de régimes fascistes est l’arrivée massive dans les pays voisins de l’Espagne, à commencer par le nôtre, d’une importante immigration antifasciste. Des centaines de communistes allemands, d’anarchistes italiens ou de réfugiés des pogroms juifs polonais rejoignent dès l’été 1936 les milices ouvrières espagnoles. Lorsque l’URSS se décide enfin à aider la République, par des livraisons d’armes d’une qualité au demeurant douteuse, il ne saurait être question d’envoyer en masse des soldats. Elle cherche en effet à se rapprocher de la France et de la Grande-Bretagne et ne veut surtout pas prendre le risque de s’attirer leur hostilité. Étant donné le potentiel de volontaires antifascistes, le Komintern décide donc de créer les Brigades internationales. Elles draineront 35 000 combattants : des ouvriers, dans leur écrasante majorité, de tous pays mais d’abord de France, plus tout jeunes, et loin d’être tous communistes. Ils joueront un rôle fondamental dans la bataille de Madrid et dans l’organisation de l’armée républicaine.

Quel est l’élément décisif de la défaite du camp républicain ?

Rémi Skoutelsky. Quoi qu’en disent certains historiens, le déséquilibre en armement est flagrant, quantitativement et qualitativement, entre les républicains qui ne disposent que du matériel soviétique pas toujours de première main, et Franco qui bénéficie d’une aide à guichet ouvert des nazis. C’est d’abord cela qui a pesé. L’affrontement inégal entre une armée professionnelle côté factieux, renforcée de surcroît par des dizaines de milliers de soldats italiens (heureusement pas très motivés), et des militants prêts au sacrifice suprême mais inexpérimentés côté républicain constitue, à mon avis, avec le déséquilibre des armes,la première cause. Les divisions du camp républicain lui ont aussi porté préjudice et il est trop simple de les attribuer uniquement au Parti communiste espagnol. Mais son rôle de parti de « l’ordre » et l’interventionnisme de moins en moins discret des Soviétiques pour remettre en cause les conquêtes révolutionnaires de l’été 1936 pèsent.

L’attaché militaire de l’ambassade de France – pas à proprement parler un gauchiste – note alors : « Si le gouvernement d’ici devait perdre la guerre, ce ne serait pas pour des fautes tactiques et techniques, mais pour avoir porté atteinte à sa seule force, l’élan révolutionnaire de l’armée. »

Pourquoi les divisions républicaines ne se sont-elles pas effacées derrière une sorte d’union sacrée ?

Rémi Skoutelsky. On a peine à imaginer la violence de la société espagnole de l’époque, y compris au sein du mouvement ouvrier. Les luttes entre socialistes et communistes français, dans les années vingt-trente, par exemple, ne sont rien à côté des affrontement entre la centrale syndicale socialiste, l’UGT (Union générale des travailleurs), et les libertaires de la CNT-FAI (Confédération nationale du travail – Fédération anarchiste ibérique). Les méfiances réciproques ne s’effacent guère pendant la guerre civile. Si des militants anarchistes sont  » liquidés « , des communistes sont également assassinés par des libertaires. L’important est de comprendre que cette méfiance, exacerbée par le rôle des Soviétiques, se traduit à tous les niveaux : du gouvernement aux unités sur le front. La tentative d’éradication du POUM, parti communiste antistalinien (après les journées insurrectionnelles de Barcelone en mai 1937) n’est pas faite non plus pour apaiser les inquiétudes des démocrates.

Quel lien peut-on établir entre cette guerre d’Espagne et la Seconde Guerre mondiale ?

Rémi Skoutelsky. Il s’agit d’un prélude, de la première bataille. Le gouvernement républicain ne s’y était d’ailleurs pas trompé. Son objectif, à partir de l’été 1938, était de tenir jusqu’à la guerre pour bénéficier de l’aide de la Grande-Bretagne et de la France.

Par ailleurs, elle a joué le rôle fondamental de laboratoire de l’armée nazie : la  » guerre éclair  » qui écrasera la France en quelques semaines est, par exemple, testée en Aragon. Enfin, les vétérans de la guerre civile joueront un rôle déterminant du côté des Alliés. On retrouvera ainsi des Espagnols dans la Résistance française et des anciens des Brigades internationales, dans les FTP (Francs-tireurs et partisans), les FFI (Forces françaises de l’intérieur), les commandos américains ou encore les maquis de Tito.

La dictature de Franco peut-elle être imputée à l’indifférence des puissances occidentales ?

Rémi Skoutelsky. Après-guerre, c’est certain. À partir de 1943, Franco se rapproche des Américains. La tentative des maquisards espagnols de reprendre l’offensive, à partir du Val d’Aran en 1944, est un désastre. La guerre froide arrivant, Franco est dans le  » bon  » camp. Mais, au-delà, on peut retenir un aspect positif de cette guerre. À mon avis, l’Europe est née en Espagne, car les peuples européens se sentent directement concernés par ce qui s’y passe. L’internationalisme n’est pas qu’un humanisme. Il repose sur la solidarité, donc sur un sentiment de proximité : ce qui se passe là-bas peut se passer chez nous. Mais le phénomène des Brigades internationales est aussi étroitement lié aux conditions historiques : il reste unique dans l’histoire. Il serait toutefois faux de prétendre que la conscience internationaliste est morte avec la République espagnole. Il n’est qu’à voir l’élan de solidarité en France au moment des attentats de Madrid, ou les mouvements altermondialistes. Le rapport à la violence, à l’engagement physique, lui, est différent.

 Hugo Lloris, ce héros si discret.Euro2016

Il ne reste que deux minutes à jouer, et les Bleus subissent la marée. Shkodran Mustafi enroule un centre désespéré dans la surface que Joshua Kimmich reprend de la tête. Le ballon file à grande vitesse vers le petit filet droit du but de l’équipe de France. Sauf que sur la trajectoire de balle il y a la main gauche d’Hugo Lloris.
Dans un plongeon d’une souplesse et d’une efficacité de félin affamé, le portier s’offre même le luxe de voir son arrêt ne pas filer en corner. Pendant ce temps, le « meilleur gardien du monde », Manuel Neuer, est dans la moitié de terrain française et voit son homologue réussir là où lui a échoué : être décisif pour son équipe.
Ce plongeon, qui restera certainement comme l’un des plus beaux du tournoi, est à l’image du match et de l’Euro que réalise le gardien des Bleus. Décisif, efficace, rassurant. Sobre, aussi. Si les photographes se sont régalés de son horizontale, le Niçois, lui, n’en a cure. Le spectacle, il s’en moque. Il se remet aussitôt sur ses appuis et prend même le temps de rabrouer sa défense, dont il aura été l’infranchissable dernier rempart les rares fois où elle a été battue.
Auteur de cinq parades, toutes décisives, il s’offre même le luxe de réaliser des claquettes sur des frappes non cadrées, comme pour mieux affirmer sa présence sur tous les ballons. Et gagner son duel à distance avec Manuel Neuer, pas exempt de tout reproche sur le deuxième but d’Antoine Griezmann.
Il prend sa revanche sur le gardien du Bayern Munich qui avait su garder sa main ferme pour détourner une frappe de Benzema, lors du quart de finale de la Coupe du monde 2014, au Brésil, lorsque Lloris passait à une phalange de détourner la tête victorieuse de Mats Hummels.

PAS DE VICTOIRE SANS GRAND GARDIEN 

Le football nous gratifie parfois de ces adages hasardeux. Mais qui finissent souvent par révéler leur part de vérité. Car les faits sont tenaces. Depuis le début de l’Euro, Lloris s’impose comme l’un des meilleurs à son poste. Il est décisif à chaque rencontre et l’équipe de France est en finale.
Déjà, lors du match d’ouverture contre la Roumanie, il s’impose sur sa ligne dès la quatrième minute. Là encore, aucun signe de triomphe, malgré l’arrêt miraculeux qu’il vient d’effectuer. Debout, il harangue sa défense et la replace immédiatement pour le corner qui suit.
Les oppositions contre l’Albanie, la Suisse, l’Irlande et l’Islande ne feront que confirmer ce que les observateurs pouvaient pressentir : Hugo Lloris est dans la forme de sa vie, à 28 ans. De Nice à Tottenham en passant par Lyon, l’homme aux joues creuses n’a cessé de progresser, en travaillant ses points faibles et en s’appuyant sur ses points forts.
La demi-finale contre l’Allemagne ne fait que parachever ce qu’il réalise depuis 2008 et sa première titularisation en équipe de France. Depuis, il a obtenu le brassard de capitaine et entre dans l’histoire du football français en battant le record de Didier Deschamps avec 57 capitanats.

Certainement pas pour sa gouaille et son charisme, mais en récompense de son exemplarité sur le terrain. « Cela reste anecdotique. C’est toujours plaisant. Mais je suis concentré sur la compétition. Aller le plus loin possible, c’est ce qui me préoccupe », avait-il habilement botté en touche juste avant la rencontre contre la République d’Irlande.

Toutes les faiblesses que les spécialistes pouvaient pointer du doigt n’ont plus lieu d’être aujourd’hui. Un jeu au pied imprécis ? Effacé. Avec 67 % de passes réussies, il est certes encore loin de Manuel Neuer (80 % de relances réussies), mais il a surtout cherché Olivier Giroud, en difficulté face à la charnière centrale de la Mannschaft, et a touché beaucoup de ballons, alternant jeu court et jeu long selon les situations de jeu. Calmer si besoin ou accélérer pour initier une situation d’attaque rapide.

Une difficulté à s’imposer dans les sorties aériennes ? Sa détente sur un corner venu de la gauche rassure toute la défense. Un manque de réussite ? La frappe de Kimmich (74e minute) repoussée par son équerre est la plus salvatrice des réponses.

Source:http://mobile.lemonde.fr/euro-2016/article/2016/07/08/euro-2016-hugo-lloris-ce-heros-si-discret_4966324_4524739.html