Ces technologies qui dopent le cerveau

En battant de 4 dixièmes de seconde le record du monde du 200 m aux JO d’Atlanta, Michael Johnson et ses chaussures dorées sont entrés dans la légende. C’est cependant pour une tout autre raison que l’histoire des technologies pourrait retenir le nom du quadruple médaillé d’or: la neurostimulation. 
En 2007, l’athlète a fondé Michael Johnson Performance. Basée à Dallas, cette entreprise est leader dans l’entraînement d’athlètes de haut niveau comme les footballeurs de Manchester United ou le quaterback Eli Manning. Depuis l’an dernier, MJP est aussi le banc d’essai d’une technologie de neurostimulation destinée à accroître les performances des sportifs en améliorant celles du cerveau. 
A première vue, l’appareil développé pour ce faire par l’entreprise californienne Halo Neuroscience ne se distingue guère d’un banal casque audio. Sauf que la face intérieure de son bandeau est parsemée de petites pointes en plastique destinées à transmettre des ondes électriques au travers du crâne dans le cortex moteur. Ces stimuli augmentent la capacité des neurones à se connecter en jouant sur le principal mécanisme d’apprentissage du cerveau: la plasticité cérébrale.

Les footballeurs américains entraînés par MJP qui ont testé ce dispositif enregistrent une augmentation de 12% de leur capacité explosive (sauts sans élan). Et les sauteurs à skis de l’équipe olympique américaine qui l’ont testé cet hiver rapportent une augmentation de 31% de leur force de propulsion. 

Dans une interview récente au magazine Sports Illustrated, Daniel Chao, le neuroscientifique de Stanford qui a fondé Halo, explique: «S’il peut paraître contre-intuitif d’associer le cerveau à la force musculaire, la réalité est que celle-ci est gouvernée autant par nos neurones que par la force intrinsèque de nos fibres musculaires.»

En l’espèce, le casque d’Halo réorganise et améliore la transmission des signaux nerveux en recrutant plus de neurones pour les transmettre à plus de fibres musculaires. Une technologie qui, comme toutes celles qui envahissent le champ de l’amélioration des performances du cerveau, vient de la médecine. 

L’entreprise précédente de David Chao, NeuroPace, utilisait ainsi la neurostimulation pour prévenir les crises chez les épileptiques. Elle n’est pas la seule à faire ce voyage du marché médical vers celui de la performance. Car la demande est là. Les Américains dépensent plus d’un milliard de dollars par an en compléments alimentaires supposés booster la mémoire. La Ritaline, un médicament pour les enfants souffrant de troubles de l’attention, est largement consommée par des étudiants…

Parce qu’elles ne demandent pas d’absorber de produits, les technologies de neurostimulation sont moins controversées et rencontrent cette demande. Qui aurait cru que MyBrain, un spin-off du très sérieux Institut du cerveau et de la moelle épinière de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris puisse faire un carton sur la plateforme Kickstarter?

Son casque Melomind vient de doubler son objectif de précommandes en quarante-huit heures. Il associe un électrocardiogramme mesurant le niveau de stress du cerveau pour adapter la diffusion de musique apaisante. MyBrain espère ainsi élargir le marché ouvert par des start-up comme Emotiv et Foc.us avec des casques associant mesure de l’activité cérébrale et performance dans des jeux vidéo. 

Financés par les militaires

Parce qu’ils n’ont pas à recevoir d’autorisation de mise sur le marché d’agences comme la FDA, ces dispositifs échappent à toute association avec une forme illicite de dopage. Cette absence de régulation est cependant une limite. Les consommateurs n’ont que les revues d’autres clients pour se faire une idée de leur efficacité. 

Reste que la brèche pour des applications des neurosciences au-delà du médical est ouverte. En février dernier, une entreprise contractante de la Défense américaine, HRL Laboratories, a publié les résultats d’une étude étonnante dans le magazine scientifique suisse Frontiers in Human Neuroscience.

Le chercheur Matthew Phillips et ses collaborateurs y décrivent une technologie de neurostimulation destinée à améliorer l’apprentissage du pilotage. En l’espèce, ils ont développé un bonnet truffé d’électrodes qui communiquent des impulsions électriques à travers le crâne. Des novices travaillant en simulateur se font ainsi transférer les schémas d’activités cérébrales associées à certaines manœuvres recueillies sur six pilotes pros.

L’intérêt des militaires pour ce genre de technologies est manifeste. Halo Neuroscience indique que ses technologies dérivent de techniques destinées «à accélérer de 50% l’entraînement des pilotes et des snipers des forces armées». Et, lors du dernier congrès annuel de la Société des neurosciences, deux groupes de recherches financées par DARPA – l’agence de recherche du Pentagone à l’origine d’internet – ont présenté leurs travaux sur des implants destinés à stimuler la mémoire. 

A l’Université de Californie du Sud, Theodore Berger mène un essai clinique sur de tels dispositifs, qui enregistrent les signaux du cerveau et stimulent en retour certains groupes de neurones dans l’hippocampe afin d’aider cette région du cerveau qui stocke la mémoire à court terme à la solidifier à long terme.

Une autre équipe de l’Université de Pennsylvanie associe implants et algorithmes pour prédire ce qui ne sera pas retenu par la mémoire et stimuler le lobe temporal médian afin d’augmenter la performance de la mémoire.

 A cause des risques associés à l’implantation dans le cerveau, ces essais se font sur des patients atteints d’épilepsie et déjà équipés d’implants. Toutefois, quand on constate la vitesse à laquelle les neurosciences sortent du champ médical, on peut se demander combien de temps il reste avant que ne se réalisent les prophéties d’interface cerveau-machine imaginées par la science-fiction. 

Source:http://www.bilan.ch/techno-plus-de-redaction/technologies-dopent-cerveau

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