Le Génie du christianisme par Chateaubriand

Publié en 1802, le Génie du christianisme traduit un profond renouveau de la foi chrétienne

  • Renouveau idéologique tout d’abord : après les bouleversements, toute une génération est consciente comme Chateaubriand de se trouver à la jonction d’une société définitivement perdue et d’une autre à venir et encore inconnue. La religion chrétienne apparaît à beaucoup comme le lien unique entre le passé et le futur
  • Renouveau politique : pour Bonaparte, la restauration de l’ordre passe également par la restauration des valeurs, spécialement religieuses et spirituelles, garantes de cet ordre(Chateaubriand dédie la deuxième édition à Bonaparte qui le nomme secrétaire d’ambassade de Rome)
  • Renouveau propre à Chateaubriand enfin : extrêmement marqué par la mort de sa mère, il retrouve la foi, non par un cheminement intellectuel mais par l’émotion. Chateaubriand entreprend de réhabiliter le christianisme en démontrant la valeur civilisatrice de cette religion.

genie-du-christianisme-1622402

Le Tigre, William Blake

William Blake poète britannique semble dire que la connaissance ne fournit pas de réponse à tout ce qui est essentiel.

Ainsi le poète s’étonne, admire et s’interroge, par exemple sur l’origine de la cruauté.

Tigre! Tigre! feu et flamme
Dans les forêts de la nuit,
Quelle main ou quel œil immortel,
Put façonner ta formidable symétrie?

Dans quels abîmes, quels cieux lointains
Brûla le feu de tes prunelles?
Quelle aile osa y aspirer?
Quelle main osa saisir ce feu?

Quelle épaule, quel savoir-faire tordirent les fibres de ton cœur?
Et quand ce cœur se mit à battre, quelle terrible main?
Quels terribles pieds ?
Quel fut le marteau ?Quelle la chaîne ?

Dans quel brasier fut ton cerveau ?
Sur quelle enclume ?
Et quelle terrible étreinte
Osa enclore ses mortelles terreurs ?

Quand les étoiles jetèrent leurs lances
Et baignèrent le ciel de leurs larmes,
A-t-il souri à la vue de son œuvre ?
Celui qui fit l’Agneau, est-ce lui qui te fit ?

Tigre ! Tigre ! feu et flamme
Dans les forêts de la nuit,
Quelle main, quel œil immortel
Osèrent façonner ta formidable symétrie ?

William Blake

L’ombrelle et le bâton,lettre d’Ethiopie

lettre d’Ethiopie

L’ombrelle pour tout le monde, mais le bâton réservé aux hommes : ces deux accessoires répartis de façon inégale, partout présents dans l’Éthiopie chrétienne, semblent régler le mouvement des astres et la marche le long des routes, le gardiennage des troupeaux, la prière et la lecture, peut-être même la naissance des enfants. Sans ombrelle ni bâton les Éthiopiens se retrouvent les bras ballants, et les bras ballants il ne reste plus qu’à attendre la nuit qui tombe, ou la mort qui doit venir. La mort qui fera de nous des êtres parfaits, comme les insectes après leur dernière métamorphose, mais des êtres parfaitement désœuvrés, donc parfaitement inutiles.

Sans supprimer la pesanteur ni les corvées, l’ombrelle et le bâton jouent le même rôle que le balancier pour le funambule, et donnent à chaque silhouette une allure princière, malgré le dénuement et la précarité. L’ombrelle surtout, l’ombrelle qui a besoin du bâton pour arrondir sa corolle, et pour faire la roue comme un paon, semble donner de l’équilibre sur une route mal empierrée, rude chemin de la vie où l’on peut trébucher à chaque pas. Parapluie rincé par deux mois d’averses, qui sert ensuite à se protéger du soleil, c’est une voûte céleste un peu trouée, un dôme et un toit portatif, dont l’ombre vacille comme celle d’une toupie. L’ombrelle des femmes est le plus souvent colorée, ravaudée par endroits quand elle n’est pas faite de pièces et de morceaux ; celle des hommes plutôt noire comme une éclipse ou un astre mort, mais ce n’est pas une règle absolue : les Éthiopiens ne vivent pas pour illustrer un manuel d’ethnographie, d’autant qu’ ici c’est la nécessité qui fait loi.

Avec le fouet de labour qui tourne au-dessus des têtes, et qu’un roi comparait à sa couronne, l’ombrelle est la seule roue en usage dans certaines régions d’Éthiopie, où l’on porte un fardeau dès qu’on est capable de marcher, selon un mode de portage et une répartition qui doivent encore quelque chose à l’ombrelle et au bâton : sur le dos des femmes on attache ce qui est rond et plein, en particulier la jarre qui contient l’eau, sur l’épaule des hommes ce qui est long et pointu, comme les branchages ou l’araire qu’il faut porter jusqu’au champ. Posé en travers de l’épaule droite, le bâton allège un peu la charge, qu’il soutient en arrière de l’épaule gauche ; les rares fois où l’on marche à vide, on le pose à l’horizontale derrière la nuque, et les mains s’y reposent comme des singes paresseux à la branche d’un arbre. Terminé par une crosse qui s’ajuste sous l’aisselle, le même bâton permet de s’appuyer sur une seule jambe en gardant les troupeaux, ce qui fait du pâtre un grand échassier ; mais si la crosse est en métal ouvragé le bâton est celui du diacre : l’attribut viril devient alors l’axe du monde, dont un homme de foi imagine plus ou moins qu’il passe à travers lui, et qu’il tourne sur lui-même grâce à sa présence, à son énergie spirituelle autant qu’à la gravitation.

Homme et femme en même temps, descendant du fils de Dieu, pur esprit qui n’oublie pas de demander l’aumône, le prêtre éthiopien porte l’ombrelle et le bâton, mais une ombrelle ornée de fils d’or, qui protège une chasuble elle-même rutilante : un paradis ambulant qui disparaît parfois dans la poussière soulevée par un camion. Quand le nuage est dissipé le pur esprit réapparaît, brillant comme un soleil au milieu de ses disciples, des franges et de la dorure : on dirait un défilé de haute couture, une procession de comédiens qui précède un spectacle itinérant, une parade annonçant des miracles…

Pour nous qui ne sommes déjà plus un peuple du livre, et qui ne lisons plus debout que les guides de voyage, ces miracles sont de vieilles légendes qui n’ont pas beaucoup d’avenir, qu’on nous a racontés cent fois dans des versions différentes, et qu’on a même vus au cinéma. Celle du saint homme qui marchait sur les eaux du lac Tana, ou de cet autre qui vit s’ouvrir devant lui les eaux du même lac, celle du roi qui construisit une nouvelle Jérusalem (Lalibela au nom de miel, qui gouvernait les abeilles dans son berceau), ne nous troublent un peu que par le changement de décor, et parce qu’elles donnent l’impression que l’ancien et le nouveau Testament seraient arrivés jusqu’ici à l’état de feuilles volantes, avant de se mêler dans un seul grand récit, comme les sources du Nil dans un seul grand fleuve. Mais nous sommes encore émus par ces hommes attifés comme des dignitaires qui se rendraient à la cour d’un roi, le roi du monde pour lequel ils prient en espérant quelques sous, au détour d’une route où ils vénèrent des images : le visage de la Vierge ou saint Georges armé de sa lance, combattant depuis toujours un dragon toujours renaissant, un vieux serpent ailé qui s’enroule autour d’un bâton.

Car le christianisme a permis la multiplication des images, plus sûrement que celle des pains et des poissons qu’il promettait aussi. Cette promesse non tenue pourrait être un sujet d’amertume, dans ce pays au bord de la famine depuis près d’un demi-siècle, au cours duquel il est passé de l’ombrelle trouée de la monarchie, qui se réclamait de la Trinité, au gros bâton de la dictature qui réclamait le silence.

Histoire Bordeaux: L’ancien quartier Mériadeck

Les allées du Monastère des Chartreux

Le quartier Mériadeck prend ses origines dans les terrains marécageux entourant la ville de Bordeaux. Les croyant responsables des nombreuses épidémies dont Bordeaux est victime depuis le milieu du XVe siècle, la ville décide leur assainissement à partir du XVIe siècle.

L’archevêque François de Sourdis en accélère les travaux, voyant en effet dans le projet d’assainissement de ces marais la possibilité de reloger les Chartreux, alors sans monastère. Le 13 janvier 1608, l’archevêque achète donc un terrain dans les terrains marécageux pour y édifier le nouveau monastère. Des allées plantées sont créées pour relier l’archevêché au monastère, on y adjoint des prairies qui deviendront alors les lieux privilégiés de promenade des bordelais, qui jugeaient alors l’ensemble plus beau que les jardins des Tuileries de Paris. Ces lieux restent en dehors du rempart.

Mais ces allées n’auront qu’une courte vie : elles sont dévastées en 1640 lors de la Fronde. Les dégâts non réparés, les marais reprennent leur territoire.

En 1673 ces terrains, toujours marécageux sont directement liés à la ville par la destruction du mur du rempart au droit de l’archevêché.

Ces marécages souffrent d’une réputation «d’anciens marais aux herbes à sorcières».

« L’ancien » quartier Mériadeck

Monseigneur Ferdinand Maximilien de Mériadec de Rohan (1738-1813), prince de Guéméné, nommé archevêque de Bordeaux en 1769, achète ces terrains afin de les lotir dans l’espoir de financer ainsi la construction d’un archevêché, le palais Rohan, actuel hôtel de ville de Bordeaux, jugeant indigne de sa personne l’ancienne bâtisse.

Les architectes du nouveau palais, Etienne, puis Bonfin, dresseront également les plans du nouveau quartier.

Mais ces terrains, prisonniers de leur mauvaise réputation, seront mal assainis, mal bâtis, et donc difficiles à vendre. Les travaux d’assainissement et de lotissement, s’ils commencent dès 1772, n’aboutiront pas avant la première moitié du XIXe siècle.

La construction du nouvel archevêché dépendant directement de la vente de ces terrains, l’archevêque n’habitera jamais son palais, achevé seulement après son départ de Bordeaux.

Le lotissement respecte le tracé de la ville-mère, créant une continuité au-delà des anciens remparts sans rupture de l’Est à l’Ouest, de part et d’autre du cours d’Albret. Il suit en fait le tracé des allées faites par de Sourdis, dont les fossés drainent encore correctement l’ancien marais. Deux places organisent le quartier: l’une ronde, la place Rodesse, nom du lotisseur, et au centre, une place carrée, adoptant le nom de l’archevêque. Ultérieurement, le nom de la place, Mériadeck, désignera tout le quartier. Un nouveau cimetière est établi en 1791 sur l’enclos sécularisé des Chartreux.

Si les premiers occupants représentent essentiellement une population d’artisans, avec la baisse des prix des lots, une nouvelle population plus humble arrive, constituée en grande partie de travailleurs. Les constructions du quartier deviennent alors plus basses. Des échoppes ne tardent pas à couvrir le quartier.

La place Mériadeck accueille un marché de proximité. Il s’ouvre rapidement à la brocante et à la ferraille. Tout le monde peut y vendre sans payer des droits. La place ne tarde pas à devenir le symbole de tout le quartier. En 1860, une fontaine est créée sur la place, alors seul point d’eau courant et potable du quartier.

En 1802, un jardin botanique est créé le long de l’actuelle rue Georges Bonnac. Mériadeck étant un quartier populaire, plusieurs parcs proposant des activités de détente s’installent dans le quartier au XIXe, que ce soient Vincennes, Plaisance ou les Champs-Élysées. Ces parcs proposent des salles de danse, des bosquets, des labyrinthes, des stands de tir à l’arc et de nombreux autres jeux variés. Aux Champs-Élysées, situés entre le cimetière et la Chartreuse, on installe même en 1825 des montagnes-russes, rebaptisées pour l’occasion «Montagnes Françaises», puis en 1838, un plateau de glace pour patineurs. Le public, friand de ce genre d’activités, afflue tous les dimanches. Tous ces parcs disparaîtront avant la fin du siècle au profit des lotisseurs.

La mairie se désintéresse totalement du quartier et ne l’entretient pas : les voies sont mal pavées, les logements se délabrent rapidement.

La ville lui exprime sa considération par un arrêté en 1838, faisant de Mériadeck le quartier réservé des «femmes du monde», c’est-à-dire des prostituées.

Mis à l’écart, le quartier acquiert une certaine autonomie vis-à-vis du reste de la ville, possédant son cimetière, des écoles primaires, des industries, ainsi qu’une population homogène, constituée d’individus aux faibles revenus. Connaissant tous les mêmes difficultés, une forte entraide unis l’ensemble du quartier, qui devient alors une sorte de «village». Ses nombreux cabarets et ses maisons de tolérance en font une attraction pour le reste de la ville fin XIXe. Son marché aux puces devient également un lieu référence : tout s’y trouve, objets rares ou disparus.

Mais l’insalubrité du quartier va en s’empirant : les propriétaires de moins en moins fortunés n’ont pas les moyens d’entretenir le bâti, les inondations dues aux crues des ruisseaux qui le traversent aggravent son délabrement.

De l’extérieur, le quartier reste toutefois apprécié pour son pittoresque, ses bistrots, son marché aux puces.

Avec l’après-guerre, le problème des logements devient un point crucial auquel les villes doivent faire face. Devant l’insalubrité de Mériadeck, la ville décide une rénovation. Une intervention dispersée semble impossible, la ville opte alors pour une opération radicale en 1955. «Mériadeck, c’était des bordels» (Jacques Chaban-Delmas). La zone d’intervention s’étend de la rue François de Sourdis au cours d’Albret, et du cours du Maréchal-Juin à la rue Georges Bonnac.

En 1971, l’ancien quartier Mériadeck n’existe plus. Plus de trente hectares sont détruits, sa population est relogée dans des cités dortoirs de transit, mais ne reviendra jamais dans le quartier, le projet ayant évolué vers d’autres horizons plus prestigieux.

source: http://meriadeck.free.fr/Meriadeck/Histoire_du_quartier.html