Mendès France : le politique moderniste en échec

« Pierre Mendès France. Pour une République moderne », d’Alain Chatriot. Armand Colin, 320 pages, 22 euros.

« L’action et la pensée politique de Pierre Mendès France (PMF) permettent de s’interroger sur le rapport de la gauche française à l’exercice du pouvoir tout au long du XXe siècle », explique Alain Chatriot dans Pierre Mendès France. Pour une République moderne – un titre qui fait référence à La République moderne, livre de PMF publié en 1962 -, sans chercher à « gloser sur une figure de l’échec en politique »…
L’ouvrage très vivant, qu’accompagne un important appareil de notes qui renvoient à de nombreuses sources imprimées, s’articule autour de quatre parties qui s’inscrivent dans la chronologie : Un républicain (1907-1939) ; Le patriote, le ministre et l’économiste (1940-1952) ; Gouverner c’est choisir (1953-1955) – un tiers du livre – et L’homme de la « gauche moderne » (1956-1982). Il lui permet d’étudier « le rapport de la gauche aux institutions républicaines et à la modernisation du pays », non sans s’interroger « sur les rapports de la gauche à la morale en politique ».
Une dizaine d’années séparent l’aîné, Pierre Mendès France (1907-1982), du cadet, François Mitterrand (1916-1996). Le parallèle entre les deux « est incontournable pour analyser l’histoire de la gauche française au XXe siècle », avant de constater qu’à l’arrière-plan des oppositions réelles entre les deux personnages – d’attitude pendant la dernière guerre, d’engagement politique -, « se profile dans l’imaginaire politique français une divergence plus importante encore pour la gauche : celle qui opposerait une figure exerçant longuement le pouvoir au prix de compromissions à celle d’une figure morale (…) ». Caricature que tout cela, l’évolution des institutions et du jeu politiques expliquant l’impossible retour aux affaires de Mendès France, ministre en 1944-1945 et à la tête d’un gouvernement durant seulement 7 mois et 17 jours dix ans plus tard, selon l’auteur, professeur des universités en histoire contemporaine de l’Etat, des institutions et des politiques publiques à Sciences Po.
OBSESSION
Autre parallèle, avec le général de Gaulle, Mendès France ministre de l’économie de ce dernier à la Libération, démissionnant le 6 avril 1945 pour marquer son opposition à la politique monétaire qu’il juge trop laxiste du ministre des finances René Pleven qui a succédé à Aimé Lepercq. Une obsession chez Mendès qui, dès 1928 dans sa thèse de doctorat sur la politique financière menée par Poincaré à partir de l’été 1926, exprime « son credo » : « il faut stabiliser le franc, il faut le stabiliser tout de suite ».
La rupture avec de Gaulle est consommée en 1958 et avec la Ve République dans laquelle Mendès France « voyait la négations des principes républicains ». La comparaison est plus aisée, selon M. Chatriot, avec les figures de Raymond Poincaré, Edouard Herriot et Léon Blum, qu’il associe à divers de ses débuts.
L’auteur fait sienne une interrogation de Pierre Rosanvallon intrigué par la proximité de PMF avec les « républicains classiques », les « milieux de la technocratie modernisatrice » et les « milieux catholiques, et notamment catholiques sociaux », termes d’une « équation politique originale ». Et bien avant l’adversaire désigné par François Hollande (« c’est le monde de la finance », Le Bourget, 2012), PMF dont « la compétence économique et financière » est reconnue, dénonce en 1936 la « puissance politique des banques et de la Banque de France ».
Après une brève expérience gouvernementale en 1938, la guerre. Le procès intenté par Vichy. La prison. L’évasion. Londres. Et le commissariat aux finances au sein du Comité français de libération nationale (CFLN) puis le ministère de l’économie nationale adepte de la rigueur et des sacrifices, où Mendès explique que « l’inflation, c’est le triomphe de l’immoralité et de l’iniquité sociale » (31 mars 1945 à la radio). Le tout ponctué de menaces régulières de démission de l’intransigeant. Il fallait que cela arrive, en avril 1945.
ANTISEMITISME
Il est temps pour lui de se mobiliser sur les questions coloniales, « au nom d’une lucidité politique et sur des critères économiques » avant de retrouver le pouvoir et de s’occuper de moderniser la France après l’outre-mer. L’expérience tourne court faute de soutien en 1955, d’habileté « politicienne » retorse, symbolisée par son combat – qui paraîtrait presque anecdotique – perdu contre l’alcoolisme (le monde rural et les cafetiers!), dans un contexte d’antisémitisme. « La chute du gouvernement fut le véritable début du mendésisme », croit l’historien, d’autant que PMF échoue dans sa volonté de rénover le parti radical puis de se faire élire aux législatives de 1958. Le temps est arrivé de s’opposer au général de Gaulle, à la Ve République… et au traité européen en 1957. Mendès à contre-courant (de l’histoire), mais incontestablement sur des positions qui aujourd’hui font écho aux opposants au traité de Maastricht.
Son bref retour dans l’hémicycle en 1967 lui permet de se faire entendre sur l’injustice des choix économiques fait par Georges Pompidou, accusé de favoriser les milieux financiers. L’activité de ses dernières années idéalise en « sage » celui qui « a ébranlé les habitudes de la vie politique française sans parvenir à les changer » (Guy Carcassonne, Pouvoirs, 1983), récompensé par la victoire de François Mitterrand en 1981. Un «sage» dont cet essai biographique restitue les facettes du Mendès économiste, parlementaire, homme d’Etat, rénovateur, visionnaire, au-delà des «jeux de mémoire» qui « fait trop souvent l’économie d’une réflexion sur ses engagements politiques».
L’historien Vincent Duclert écrivait (« Mendès, l’oublié de la gauche », Le Monde du 16 janvier 2007) que « Pierre Mendès France n’existe plus dans la mémoire de la gauche ». Finalement pas si étonnant lorsque l’on voit le sort réservé en général aux partisans de la rigueur, de l’intransigeance, de la constance, d’une politique du registre de « l’anti » (Olivier Duhamel) : « anti-quatrième, anti-Guy Mollet, etc. »… Mais nul doute qu’avec son livre, Alain Chatriot contribue à réveiller les mémoires.

Source: http://lemonde-emploi.blog.lemonde.fr/2015/10/17/mendes-france-le-politique-moderniste-en-echec/

En Aquitaine a lieu le « plus grand chantier de reboisement de tous les temps »

Les sylviculteurs du Sud-Ouest croient à nouveau en leur avenir. Ils l’ont chaleureusement confirmé à Stéphane Le Foll, qui est aussi leur ministre.Malmené cet été par les agriculteurs, Stéphane Le Foll, qui est aussi ministre de la Forêt, a pu goûter aux joies du succès auprès des sylviculteurs lors de la 98e assemblée générale du Syndicat des sylviculteurs du sud-ouest (SSSO), à Morcenx (Landes), dont il était l’invité vedette à la mi -septembre et où se sont pressés près de 500 professionnels.

« C’est la première fois que nous avons un ministre de la Forêt et depuis qu’il est en fonction il en fait plus pour la forêt que les trois ou quatre ministres de l’Agriculture précédents », se réjouit Christian Pinaudeau, secrétaire général du SSSO, présidé par Bruno Lafon, à l’unisson d’une filière dont les représentants n’ont pas hésité à applaudir le ministre lors de son arrivée à l’AG, en compagnie d’Alain Rousset, président de la région Aquitaine, et d’Henri Emmanuelli, président du Conseil départemental des Landes. 

Atteindre 150 millions de mètres cubes

Après celle de 1999, la tempête Klaus de 2009 a très sévèrement frappé le massif des Landes de Gascogne, qui s’étend sur 987.950 hectares (Centre régional de la propriété forestière d’Aquitaine) répartis sur Gironde, Landes et Lot-et-Garonne, et en particulier le département des Landes, où se trouve le cœur de la forêt (664.722 hectares). A noter que la forêt des Landes de Gascogne ne se superpose pas exactement avec la région des Landes de Gascogne, qui est un peu plus grande.

« Avant la première des deux tempêtes, la production annuelle de bois était de l’ordre de 160 millions de mètres cubes (Mm3). Actuellement nous sommes autour de 70 Mm3 et notre objectif est de remonter entre 140 et 150 Mm3 par an dans les plus brefs délais. Aujourd’hui nous exploitons 100 % du stock », explique Christian Pinaudeau.
Une situation qui pourrait être le signe de la poursuite de la crise enclenchée par la tempête de 2009. Mais cet étranglement sur les volumes de bois disponibles, qui découle de la destruction massive du cheptel forestier, a désormais un horizon. Après le nettoyage, réalisé à près de 98 %, le rythme des plantations a permis d’atteindre les objectifs fixés.

« C’est le plus gros chantier de reboisement d’Europe et de tous les temps. Nous en sommes déjà à 130 -140.000 hectares d’engagement et le massif sera reboisé à 90 % en 2017, nous allons atteindre les 200.000 hectares », pronostique Christian Pinaudeau.
Le pin à 30 ans contre 40
Cet effort historique a mobilisé la profession mais aussi l’Etat, dont l’aide sur la période 2009-2017 s’élève à 470 M€, auquel Stéphane Le Foll a promis d’ajouter 60 M€ d’aide supplémentaire. Une des clés majeures de cette sortie de crise vient des progrès réalisés par l’Inra (Institut national de la recherche agronomique).

Plus grande forêt cultivée d’Europe, le massif des Landes de Gascogne va bénéficier d’une innovation de l’institut, qui a réussi à réduire la durée de rotation des pins maritimes en jouant sur la sélection, « pas sur la génétique », souligne Christian Pinaudeau. Grâce à cette innovation, les pins maritimes arriveront à maturité à l’âge de 30 ans au lieu de 40. Un gain de 10 ans qui va permettre de booster la production. Cette bonne nouvelle arrive alors que la filière a dévoilé à l’occasion de cette AG le lancement son Plan de développement forestier 2015 -2030.

Retour des centimes forestiers ?

Structuré en concertation avec l’Etat, ce programme à 15 ans porte sur quatre axes principaux : protection de la forêt-changement climatique, techniques sylvicoles-productivité-rentabilité de la forêt cultivée, qualification de la ressource pour une meilleure valorisation, formation-information des sylviculteurs. Stéphane Le Foll s’est par ailleurs engagé à appuyer les sylviculteurs dans la constitution d’un Fonds phyto forêt, se félicitant de l’excellence de leur organisation professionnelle.
Il a également jugé légitime la demande de récupération par la filière des centimes forestiers versés aux chambres d’agriculture. Les forestiers estiment en effet que leur contribution au fonctionnement des chambres d’agriculture ne correspond pas aux bénéfices qu’ils en retirent. « Avant tout allait financièrement bien, ça ne posait pas de problème. Aujourd’hui c’est très différent. Et comme l’a dit Margaret Thatcher en son temps, « I want my money back » (je veux récupérer mon argent) », expose Christian Pinaudeau. Des centimes forestiers qui représentent une contribution de 1,2 M€ en Aquitaine. 

Source:http://objectifaquitaine.latribune.fr/business/2015-10-12/en-aquitaine-a-lieu-le-plus-grand-chantier-de-reboisement-de-tous-les-temps.html