Pourquoi les satellites militaires sont une priorité pour la France

source:http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/pourquoi-les-satellites-militaires-sont-une-priorite-pour-la-france-491176.html

Des yeux et des grandes oreilles dans l’espace. Les satellites qu’ils soient d’observation, de renseignement électromagnétique  ou de télécoms, sont devenus indispensables pour la conduite des opérations militaires. Et en dépit des contraintes budgétaires qui pèsent sur la défense, le ministre Jean-Yves Le Drian a fait le choix de maintenir « un niveau d’ambition élevé pour notre pays dans les systèmes spatiaux », a-t-il expliqué la semaine dernière lors de sa visite à Toulouse sur le site d’Airbus Space Systems. Un discours important pour les armées mais quasiment passé inaperçu.

« Leur contribution est essentielle à l’efficacité de nos forces engagées sur les théâtres d’opérations, a-t-il expliqué. Au Mali, par exemple, j’ai vu des images satellites qui arrivaient directement sur le terminal tactique des fantassins ».

Hélios, le choix de la souveraineté

C’est surtout une question de souveraineté qui a été tranchée en 1986 quand la France a décidé de lancer le programme d’observation spatiale militaire, Hélios. « Ce choix était celui de l’indépendance, de notre autonomie stratégique, dans un domaine devenu essentiel à la conduite des opérations, a souligné Jean-Yves Le Drian. Nous étions alors les premiers à faire un tel choix en Europe et les troisièmes dans le monde ». Une prise de conscience qui s’est faite lors de la première guerre en Irak en 1991 qui avait montré les carences de la France dans le domaine du renseignement spatial militaire.« Notre dépendance en matière de renseignement était alors excessive puisque 98% du renseignement image dont nous disposions était d’origine américaine, avec toutes les contraintes et les restrictions que cela supposait ».

Une dépendance qui s’est atténuée dès 1995 avec le lancement d’Hélios IA, le premier satellite militaire opérationnel français. Dès le début, Hélios a été un programme européen, qui a structuré, pour une bonne part, l’Europe de l’espace. Ainsi, au travers des accords de Turin en 2001 avec l’Italie, puis de Schwerin en 2002 avec l’Allemagne, un système d’échange de capacité de renseignement spatial a vu le jour au niveau européen. « Ce système a permis à chaque pays de se spécialiser et d’éviter de dupliquer les moyens, la France fournissant les images optiques, l’Allemagne et l’Italie les images radars », a précisé Jean-Yves Le Drian.

Des programmes de remplacement

C’est pourquoi la France va poursuivre son effort financier dans le domaine spatial. Il se traduira notamment, pour la durée de la loi de programmation militaire (LPM), par un total de 2,4 milliards d’euros au profit des programmes spatiaux. Ainsi, le contrat du programme de télécoms militaires COMSAT-NG« sera notifié à la fin de cette année » aux industriels Airbus Space Systems et Thales Alenia Space (TAS), a assuré Jean-Yves Le Drian. Ce qui était loin d’être gagné à la fin de l’année dernière…

Le ministre a également indiqué qu’une étude conjointe entre les deux industriels « va être lancée pour définir un nouveau satellite de très haute résolution, destiné à prendre la suite de Pléiades ». Jean-Yves Le Drian a par ailleurs indiqué que le parlement allemand avait récemment donné un avis favorable à une coopération sur la Composante spatiale optique (CSO), destinés à succéder aux actuels satellites d’observation militaires Hélios 2. Un feu vert qui va permettre à la France de commander un troisième satellite CSO. Enfin, il a expliqué en marge de son discours qu’il souhaitait avancer la mise en service du système CERES (capacité de renseignement électromagnétique d’origine spatiale-ROEM), composé de trois satellites espions.

COMSAT-NG, le partage improbable

Le partenariat TAS/Airbus sur COMSAT-NG a été long à se dessiner. Très long même. Car Thales qui était jusqu’ici le fournisseur exclusif du ministère de la Défense français dans le domaine des satellites de télécoms, ne voulait pas d’Airbus Space Systems. Mais il a dû finalement laisser entrer son rival à hauteur de 40% environ dans le programme de remplacement portant sur le développement et la fabrication de deux satellites, selon nos informations. Un partage industriel qui n’est d’ailleurs pas très optimisé pour le client, le ministère de la Défense. Car les deux industriels développeront chacun de leur côté une plateforme, et, parallèlement, Thales fournira les deux charges utiles des satellites. Enfin, alors que Thales fournira les répéteurs en bande x, soit une capacité spatiale antibrouillée, Airbus livrera les répéteurs en bande ka.

Il y avait certainement mieux à faire pour une première coopération dans les télécoms entre les deux industriels. « Il n’y a pas de rationalisation des approvisionnements des équipements entre les deux satellites », confirme une source industrielle. « C’est déjà un premier pas entre les deux industriels », estime plus nuancé une source étatique. Mais il resterait encore, selon nos informations, à décider qui sera le fournisseur de l’équipement clé des satellites, les processeurs numériques, qui sont le cerveau du système. Airbus Space Systems pourrait vouloir développer un tel équipement et chasser sur les plates-bandes de TAS.

Si le partage industriel est quasi-bouclé, tout reste à faire en matière de commercialisation  des capacités, qui ne seront pas utilisées par l’armée, à des clients tiers, notamment les bandes ka. L’opérateur de satellites Eutelsat, qui attendait la définition des spécifications des satellites, reste toujours intéressé pour entrer dans le programme COMSAT-NG. Son PDG Michel de Rosen a même relancé le Délégué général pour l’armement, Laurent Collet-Billon, pour lui confirmer l’intérêt d’Eutelsat pour ce programme. Bref, entre Airbus Defence and Space, Telespazio (filiale de Finmeccanica et de Thales) et Eutelsat, cela va frotter dans les prochains mois, comme on dit au rugby. Ce qui ne sera pas pour déplaire à Laurent Collet-Billon. Une des hypothèse de travail serait de créer un GIE dans lequel le ministère de la Défense serait majoritaire, le solde étant partagé par les industriels conviés.

CSO, le successeur d’Hélios

Lors de sa visite à Toulouse la semaine dernière et à Cannes chez TAS en février, Jean-Yves Le Drian a pu constater « le bon avancement des travaux sur la plateforme » et de « l’instrument »des satellites CSO, qui devrait rejoindre prochainement les salles blanches d’Airbus pour être intégré au satellite. A partir de 2018, les deux satellites commandés en 2010 vont prendre progressivement la relève des satellites Hélios II. Par ailleurs, les discussions autour d’une contribution de l’Allemagne sont très avancées et devraient permettre à la France de commander un troisième satellite, pour un lancement prévu au plus tard en 2021. L’Allemagne devrait acheter une partie d’un satellite d’observation CSO (210 millions sur 300 millions d’euros au total).

Dans le cadre de cet accord, il est prévu, au-delà de la contribution allemande à CSO, un échange capacitaire permettant l’accès de la France à SARah, le futur système de satellites radar allemand. Mais il n’est plus question que Paris offre en contrepartie à Berlin la part industrielle principale du futur drone MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) européen comme cela avait évoqué fin mars, début avril. Par ailleurs, la Belgique a également signé un accord de participation industrielle et des discussions sont en cours avec l’Italie et la Suède. « Je suis heureux de ces coopérations qui prolongent l’esprit d’HELIOS, et je tiens à remercier ces pays pour la confiance qu’ils nous manifestent », s’est réjoui Jean-Yves Le Drian.

Une étude sur le successeur de CSO

Enfin, l’étude conjointe lancée pour le successeur du programme Pléiades a pour objectif  notamment de faire diminuer les risques pour les technologies. « Je le dis aujourd’hui, je le redirai au besoin, je veillerai personnellement au succès de ce partenariat » entre Airbus Space Systems et Thales Alenia Space, a insisté le ministre de la Défense. Il l’avait déjà dit en février à Cannes. Car, selon Jean-Yves Le Drian, « au regard de la compétition mondiale qui fait de l’accompagnement apporté par les États un élément clef de la compétitivité, les guerres fratricides entre maîtres d’oeuvre français paraissent bien dépassées. Elles ont trop affaibli le tissu industriel des fournisseurs d’équipements et de composants pour avoir encore droit de cité ».

« Grâce aux investissements de l’État, nous avons la chance de disposer en France de deux grands industriels dans le domaine spatial, a-t-il rappelé. Leurs compétences, mondialement reconnues, sont parfois similaires mais largement complémentaires tant dans le domaine des télécommunications que dans celui de l’observation ».

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