Yanis Varoufakis, un scientifique

Christian Arnsperger, chercheur FNRS à la Chaire Hoover et professeur à l’Université de Lausanne (depuis septembre 2014) est un proche de Yanis Varoufakis dont il dresse ici un portrait.
Yanis Varoufakis, une autre science économique au pouvoir 

L’homme qui occupe depuis le 27 janvier 2015 le poste de Ministre des finances de la République grecque est aussi, accessoirement, un ami de la Chaire Hoover d’éthique économique et sociale.

Yanis Varoufakis, docteur en économie de l’Université d’Essex (Royaume-Uni), spécialiste en théorie de la négociation et en économie politique « hétérodoxe », a passé plusieurs mois à l’UCL en 1996. À l’époque professeur à l’Université de Sydney, il avait mis à profit son séjour louvaniste pour développer des recherches sur la théorie de la solidarité en collaboration avec Christian Arnsperger, chercheur FNRS à la Chaire Hoover et, depuis septembre 2014, professeur à l’Université de Lausanne (Suisse). Les deux hommes nouèrent à cette époque une profonde amitié aussi bien intellectuelle que personnelle, qui perdure jusqu’aujourd’hui. Entre 1999 et 2006, ils publièrent conjointement plusieurs articles scientifiques sur l’analyse axiomatique de la notion de solidarité et sur la critique épistémologique de l’économie néoclassique.

Aux yeux de Christian Arnsperger, qui est loin d’être seul à être de cet avis, Yanis Varoufakis, bientôt âgé de 54 ans, est l’un des économistes « anti-néoclassiques » les plus brillants de sa génération. Grand connaisseur des méthodes mainstream qu’il maîtrise parfaitement et qu’il a enseignées des décennies durant en Angleterre, en Australie et à l’Université d’Athènes, il occupe depuis 2000 un poste de professeur en Grèce et y a mis sur pied l’un des diplômes de Doctorat les plus originaux d’Europe (nommé UADPhilEcon), combinant formation technique « standard » et ouverture à la critique épistémologique et politique de l’économie comme science sociale. Poussé à s’expatrier, comme tant d’autres de ses compatriotes, par la crise de 2008 et les ravages des politiques d’austérité, il est depuis 2013 professeur invité à l’Université d’Austin au Texas, où il collabore avec l’économiste James Galbraith, fils du grand John Kenneth Galbraith et critique farouche d’une « austérité néolibérale » qui, sur la base d’hypothèses économiques fallacieuses, engendre la pauvreté collective au prétexte illusoire de relancer des économies exsangues.

Penseur profond des rouages inégalitaires du capitalisme, inspiré depuis sa prime jeunesse par les grandes figures de l’économie radicale américaine que furent Paul Baran, Paul Sweezy et Harry Magdoff, le théoricien Varoufakis est – au nom même de convictions ancrées dans un patient travail de réflexion et de critique – un scientifique engagé. Impossible pour lui de dissocier l’engagement méthodologique en faveur d’une analyse « marxienne » des rapports de pouvoir au sein du capitalisme monopolistique et financier actuel, et l’engagement politique envers une Europe et un monde qui ne soient pas l’aire de jeu de logiques d’« empire ». Avant de devenir ministre des finances, il fut un temps conseiller économique du parti socialiste grec (PASOK), dont il s’éloigna par suite de désaccords sur la posture du gouvernement Papandreou concernant les mesures d’austérité imposées par la « Troïka », pour rejoindre (comme Euclides Tsakalotos et Costas Lapavitsas, deux autres éminents économistes grecs de la même génération) la formation de gauche radicale SYRIZA.

Auteur en 2011 d’un ouvrage remarqué et remarquable, The Global Minotaur (qui explique la Grande Récession de 2008 comme l’aboutissement de longues décennies de « financiarisation » du capitalisme à la faveur d’une économie américaine surdimensionnée), Yanis Varoufakis a également, dès 2009, fait circuler avec son collègue Stuart Holland une « proposition modeste » (qui en est aujourd’hui à sa version 4.0) pour la réforme des institutions et du mode de fonctionnement de la zone Euro – proposition scientifiquement fondée qu’il tente actuellement de mettre en pratique politiquement dans les négociations sur le rééchelonnement de la dette de son pays.

Source:https://www.uclouvain.be/507940.html

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