« système à maison »  créé par Lévi-Strauss 

La Maison, également appelée « système à maison » ou plus rarement « société à maison » (house society en anglais), est un concept utilisé en sciences sociales et principalement en anthropologie, pour désigner un type particulier de parenté et d’organisation de la vie en société où le lieu de résidence est considérée comme l’entité sociale fondamentale, une sorte de « personne morale » autour de laquelle se structurent les relations entre individus.

La notion de maison a été établie par Claude Lévi-Strauss au milieu des années 1970, sur la base comparative de travaux antérieurs en ethnologie (Franz BoasAlfred Kroeber) et en histoire médiévale européenne (Karl Schmid, Georges Duby). Dans cette formalisation initiale, la maison est opposé en tant que « principe de résidence » aux diverses formes déjà connues d’organisation sociale fondées sur l’alliance et/ou la filiation.

Après Lévi-Strauss, la notion de maison a été reprise selon un grand nombre de points de vue et de définitions différentes par des auteurs appartenant à des champs universitaires variés (anthropologie, ethnologie, sociologie, histoire, archéologie), ce qui rend aujourd’hui complexe sa compréhension générale. En particulier, la maison lévi-straussienne a progressivement été assimilée (non sans controverses) au concept de famille-souche, introduit par l’ingénieur Frédéric Le Play au milieu du XIXe siècle dans ses descriptions des sociétés rurales européennes et redécouvert dans les années 1960 par les historiens de la famille. Système à maison et famille souche apparaissent aujourd’hui comme deux formulations d’un même concept, le « principe de résidence », souvent opposé au « principe de parenté ».

Découvert et formulé par Lévi-Strauss assez tardivement dans sa carrière, au milieu des années 1970, le concept de maison occupe une place importante dans sa démarche intellectuelle, en rupture avec les grandes théories anthropologiques de la parenté : celle de l’alliance qu’il avait défendue pendant l’essentiel de sa carrière, et celle de la filiation et de la descendance privilégies par ses homologues anglo-saxonsIl s’agissait pour lui de répondre à un problème concernant les sociétés cognatiques qu’il avait jusque-là laissées de côté. 

Levi-Strauss était particulièrement attaché à la côte de Colombie-Britannique et particulièrement aux peuples de la région de Vancouver, dont il avait découvert les masques durant ses années d’enseignement à New-York autour de la seconde guerre mondiale, et dont il avait ensuite étudié les mythes dans le cadre de sa tétralogie des Mythologiques. Il avait à cette occasion pris connaissance des difficultés rencontrées par l’anthropologue américain Franz Boas pour interpréter la parenté de certaines de ces tribus indiennes, notamment les Kwakiutl. Boas avait identifié chez eux des unités sociales qu’ils appelaientnumaym, dirigées par une aristocratie et qui transmettaient de génération en génération des biens matériels et immatériels (titres, noms, fonctions religieuses) selon des modalités échappant à toutes les théories anthropologiques classiques comme l’alliance, la filiation matrilinéaire ou patrilinéaire. En publiant en 1975 la première version de son livre la Voie des Masques consacré à ces tribus, Lévi-Strauss mentionne ses interrogations sur leur système de parenté. Il va ensuite se pencher sur ses questions dans le cadre de ses cours au Collège de FranceC’est dans le cadre de son séminaire de 1976 qu’il donne sa première définition de la maison, s’appuyant sur la description des Yurok de Californie et du numaym des Kwakiutl.

« personne morale détentrice d’un domaine qui se perpétue par la transmission de son nom, de sa fortune et de ses titres en ligne réelle ou fictive, tenue pour légitime à la seule condition que cette continuité puisse s’exprimer dans le langage de la parenté ou de l’alliance, et, le plus souvent, des deux ensemble ».

Approche spatiale

Pierre Bourdieu avait en revanche commencé à aborder en sociologie la perception symbolique architecturale de la maison par ses occupants au début des années 1970 dans une étude pionnière sur la maison kabyle. Il y examinait la résidence en tant qu’entité physique sous l’angle de systèmes d’oppositions du point de vue des acteurs, dans une dimension sexuée en particulier.

C’est dans les années 1990 que des chercheurs, sous l’impulsion de Janet Carsten et Stephen Hugh-Jones, ont commencé à appréhender le concept de maison du point de vue des individus concernés et indépendamment de la classification unilinéaire ou non de leur groupe social, c’est-à-dire privilégiant le symbolisme architectural de l’édifice, au détriment de la généalogie considérée comme beaucoup plus éloignée des préoccupations conscientesL’anthropologue Klaus Hamberger s’est lui aussi intéressé à la construction de l’espace social à travers la maison dans des sociétés du Timor d’Amazonie occidentale et d’Amérique du Nord.

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