Mon instinct de survie, tu m’as sauvé la vie, Merci beaucoup !

histoire vraie écrit par Nathalie Lacladère

Je viens d’être sauvée aujourd’hui par mon instinct de survie.

J’étais à pied très tôt ce matin à Nogent-sur-Marne,

Je m’apprêtais à traverser la rue, le feu sur ma droite était rouge, personne arrivant sur la droite.

Un bus sur la gauche était à l’arrêt du bus et caché la visibilité,

Je me suis engagée à pied et une voiture blanche coccinelle derrière le bus roulait à fond pour doubler le bus sur la voie de gauche malgré la ligne continue blanche et malgré le feu rouge à quelques mètres,

Elle aurait dû ralentir, le chauffeur de la coccinelle blanche a manqué me percuter de plein fouet,

Je l’ai vu en deux secondes, mon instinct de survie m’a fait réagir, je me suis repliée sur la gauche,

Je suis tombée sur le dos et le coude gauche m’a amorti la chute sur la route.

Un énorme bleu sur mon petit coude est apparu, je mettrais du synthol ce soir en supportant la douleur toute la journée.

Le chauffeur de la coccinelle ne m’a même pas demandé si j’allais bien pourtant, il s’est arrêté au feu rouge.

Le chauffeur de bus arrêté à la station de bus a ouvert sa vitre et au lieu de me demander si j’allais bien et me porter assistance, à noter aussi qu’il n’a fait aucune remarque au « Fangio » de la coccinelle blanche qui roulait à fond,

Il m’a invectivé de tous les mots les plus ignobles et pour finir il m’a dit : « C’est comme cela que les accidents arrivent ».

Tout va bien dans le meilleur des mondes (humour).

Et merci beaucoup à mon instinct de survie qui m’a sauvé la vie.

Extrait c’était François Mitterrand, son idée de la France par Jacques Attali

voici un extrait choisi par mes soins.

Nathalie Lacladère: « A un Soustonnais adoptif assez curieux, un voisin pas comme les autres,oui c’était François Mitterrand… « 

Les Soustonnais ne lui ont jamais rien demandé, nous l’avons accueilli et nous l’avons laissé en paix.

Son idée de la France Extrait de Monsieur Jacques Attali

Il parlait beaucoup de la France; plus que des Français, qu’il considérait avec ironie et tendresse, ainsi qu’avec une conscience aiguë ce qui pouvait les séparer les uns des autres socialement, culturellement, politiquement. Il les savait amoureux des révolutions et rétifs aux réformes. Aussi pensait-il qu’il fallait parfois les mettre face à la crise pour leur faire comprendre les limites du possible. Avec un sang-froid peu commun, dans des cas extrêmes dont on reparlera, il osa même provoquer une crise pour « purger », disait-il, une utopie.

De la France il aimait infiniment la langue, la littérature, les paysages, et l’histoire, dont il connaissait jusqu’aux plus infimes détails. Il pensait que son pays était une très grande puissance que rien ne pouvait atteindre, mais qu’elle s’était souvent fourvoyée, divisée. Marqué par l’entre-deux-guerres et par la défaite de 1940, il voyait dans cet effondrement le produit de la « destruction des valeurs morales collectives, d’une désagrégation de l’esprit pendant laquelle chacun vivait dans l’inconscience ». Il aimait la France avant tout comme une union de provinces dont il adorait les paysages, les forêts, les églises, les cimetières, les villages, les soirées passées à raconter des histoires, la soupe tenant lieu de dîner, la force des traditions, la longue trace des générations, la solidité des amitiés.

Pensée 47, Blaise Pascal(1623-1662)

Nous ne nous tenons jamais au présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours; ou nous rappelons le passé,

pour l’arrêter comme trop prompt:si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C’est que le présent, d’ordinaire, nous blesse. Nous le cachons à notre vue, parce qu’il nous afflige; et s’il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver.

Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l’avenir. Nous ne pensons presque point au présent; et, si nous y pensons, ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin: le passé et le présent sont nos moyens; le seul avenir est notre fin.

Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais.

La mathématique Pythagoricienne

Si, pour le grand public, l’héritage mathématique de Pythagore est associé au théorème de l’hypoténuse qui a emprunté son nom, bien qu’il ait été connu longtemps avant Pythagore, pour les pythagoriciens, cet héritage consiste, principalement, en quatre notions mathématiques, notions qui ne sont pas seulement des théories, mais des idées mathématiques au sens le plus fort, incluant chacune une variété indéfinie de théories. Ces notions fondamentales sont : la tétractysles médiétésle gnomon et les solides réguliers.

Parmi ces quatre notions, la première, la tétractys, a en outre la propriété de contenir les trois qui la suivent. C’est à relier ces notions par le chemin mathématique le plus court que sera consacré cet exposé.

La mathématique pythagoricienne est une mathématique élémentaire, dans les deux sens que revêt ce mot. D’une part, elle ne comporte rien de très difficile, rien qui soit hors d’atteinte d’un lecteur cultivé ; – et, pour ce qui concerne notre exposé, ceux qui seraient rebutés par les démonstrations pourront, sans inconvénient pour la suite, laisser de côté les articles 6 et 7 de la première section, où se trouve concentrée la seule partie démonstrative de ce texte. D’autre part, la mathématique pythagoricienne est élémentaire en ce qu’elle porte sur les principes, les éléments premiers de la mathématique, qu’elle se propose de définir et de fonder à partir d’une seule pensée originaire.

Cette mathématique est donc une réflexion sur le concept général de la science, qui s’attache à définir ce qui est premier dans chacun des domaines où celle-ci peut s’exercer. Par ce côté, son propos aura peut-être plus de chance d’intéresser le philosophe ou l’épistémologue, que le mathématicien spécialisé, installé dans ses habitudes modernes.

Il ne sera presque jamais question, ici, des débats contemporains relatifs à l’histoire du pythagorisme. En l’absence de tout document sur le savoir de Pythagore, les historiens se trouvent réduits à des suppositions purement conjecturales. De plus, la plupart sont dominés, voire possédés, par le préjugé moderne que la science a toujours évolué par une progression graduée. Le plus ancien traité de mathématique connu étant les Eléments d’Euclide, ils sont conduits à supposer toute une série de « progrès » de Pythagore à Platon, à Aristote ou à Euclide ; alors même que ce qui s’est produit durant cette période est exactement le contraire, savoir, une série de régressions sans équivalent dans l’histoire de la pensée, véritables catastrophes intellectuelles qui ont abouti à ce que la science, dont les principes s’étaient dévoilés dans toute leur pureté dans la pensée d’un homme, s’est retrouvé enfouie et emprisonnée pendant deux millénaires.

Abandon de la doctrine du nombre naturel au profit du nombre « idéal » (Platon) ; abandon de la logique mathématique au profit de la logique langagière, abandon de la physique mathématique au profit d’une physique purement empirique, abandon de la cosmologie héliocentrique au profit du géocentrisme (Aristote) ; enfin, abandon de la primauté du nombre sur la figure (Euclide) : tels sont les principaux « progrès » survenus entre l’époque de Pythagore et celle qu’on a coutume de considérer comme l’âge d’or de la pensée grecque.

A la fin du XIXe siècle, certains historiens ont cru reconnaître dans la mathématique pythagoricienne des conceptions ressemblantes à celles de la mathématique moderne; et ils ont forgé l’expression d’ « algèbre géométrique » pour caractériser cet ensemble de spéculations, situées à l’interface entre la théorie du nombre et la géométrie, sans s’apercevoir que le domaine défini par ces spéculations était celui de la logique mathématique, dont l’objet est de traiter, précisément, des structures communes à ces deux sciences : arithmétique et géométrie.

Alors, plutôt que d’entrer dans les vues de ces historiens autoproclamés, qui ne sont en réalité que de modernes mythographes, et qui, à force d’enfermement dans la méthode critique, de refus de la tradition pythagoricienne, ont tendu de plus en plus à déposséder Pythagore de toute pensée originale, on se fiera plutôt au sentiment de ceux qui furent les restaurateurs de la science, les Copernic, Kepler, Newton, tous pythagoriciens fervents*, et qui étaient pleinement conscients de renouer avec ce fil ancien de la pensée.

*Avec son mépris ou son indifférence pour les « mathématiques pures » (autres qu’appliquées aux problèmes physiques),  et sa robuste philosophie de marchand de lunettes, l’anti-pythagoricien Galilée demeure, il est vrai, le père de la science « positive » et technicienne; cette science qui a libéré l’homme du souci de la connaissance absolue, en acceptant de limiter son intelligence à la seule distinction de « ce qui marche » et « ce qui ne marche pas ».

Le Grand Empire par Jean Tulard

Extrait dont j’ai choisi des passages du dictionnaire amoureux de Napoléon de Jean Tulard

En 1811, l’Europe était faite et elle était française. Le Grand Empire succédait à la Grande Nation mais avec plus d’étendue.

La France proprement dite est alors passée de 83 départements en 1790 à 130 en 1811. Aux départements initiaux se sont ajoutés, sous la Révolution, le Vaucluse(Avignon), le Mont-Blanc(Chambéry) et Les Hautes-Alpes(Nice). De son côté le Luxembourg forme le département des Forêts. Dès 1798, la rive gauche du Rhin se présente sous la forme de quatre départements dont les préfectures sont établies à Trêves, Coblence, Mayence et Aix-la-Chapelle.

Enfin, le 26 janvier 1812, la Catalogne est détachée de l’Espagne pour former quatre départements.

En Espagne règne depuis 1808 Joseph, frère aîné de Napoléon. En Espagne, disparaissent le pouvoir de l’inquisition et celui des prêtres. C’est surtout sur le plan juridique que doit s’opérer la fusion grâce au Code civil.

Napoléon veut l’imposer dans toute l’Europe.

L’Europe est faite en 1811. Mais après le désastre de Russie, le Grand Empire va s’écrouler en moins d’un an, en 1813. Comment expliquer cet effondrement ?

En réalité, cette construction européenne ne reposait que sur la force.

Une autre Europe va naître au Congrès de Vienne.

El paso de la siguiriya, Federico García Lorca

Entre mariposas negras,
va una muchacha morena
junto a una blanca serpiente
de niebla.
Tierra de luz,
cielo de tierra.
Va encadenada al temblor
de un ritmo que nunca llega;
tiene el corazón de plata
y un puñal en la diestra
¿Adónde vas siguiriya,
con un ritmo sin cabeza?
¿Qué luna recogerá
Tu dolor de cal y adelfa?
Tierra de luz
cielo de tierra.

Tilda Swinton on Virginia Woolf’s Orlando

One morning, Virginia Woolf sat down to work on a critical piece of fiction and, having first dropped her head in her hands in despair: “dipped my pen in the ink, and wrote these words as if automatically, on a clean sheet: Orlando: a Biography. “No sooner had I done this than my body was flooded with rapture and my brain with ideas. I wrote rapidly till 12.”

A year and two days later, she laid down her pen, having written the date – 11 October 1928 – as the book’s final words.

Virginia Woolf was the loyal daughter, not only of an erudite and distinguished biographer, but also of his library, her early dependence on which formed the foundation of her entire intellectual life. Her later biography of Roger Fry must have satisfied this debt in a quite particular way. But at this point she wanted to write freely – “wildly” – as an imaginative novelist, and Orlando gave her the chance to split the atom: a fantastical biography – inspired by a very real human being – but essentially a whim of imagination, a wild-goose chase. She called it her “writer’s holiday”.

Vita Sackville-West was the intended recipient of “the longest love letter in the world”, as Sackville-West’s own son Nigel Nicholson described it. She was certainly its primary inspiration. Writing to her on the day of Orlando’s inception, Woolf asks: “Suppose Orlando turns out to be Vita… there’s a kind of shimmer of reality which sometimes attaches itself to my people, as the lustre on an oyster shell… shall you mind? Say yes or no.

Your excellence as a subject arises largely from your noble birth (but what’s 400 years of nobility, all the same?) and the opportunity this gives for florid descriptive passages in great abundance. Also, I admit I should like to untwine and twist again some very odd, incongruous strands in you… and also it sprung upon me how I could revolutionise biography in a night: and so if agreeable to you I would like to toss this up into the air and see what happens.”

Sackville-West was an object of true fascination for Woolf. She offered, beyond the specifics of a sincerely personal and sympathetic relationship, a kind of experiential harmony of so much that was dear to Woolf at second hand: the maternal abundance of her own – beloved and sorely missed – mother; the liberated sensual life Woolf looked for in herself and found inhibited; the kind of uncomplicated noble confidence she craved. “I want coronets; but they must be old coronets; coronets that carry land with them and country houses; coronets that breed simplicity, eccentricity, ease,” she wrote in 1936.

Twisting copious incongruous strands, then, this elegant fictional portrait gives us the Lord Orlando: proto Emopoet prince; the beautiful, sensitive, brave, lonely, saucy, questing, spaniel-loving toff, with a house the size of a town and a family with exotic as well as indigenous branches to its tree; the romantic who carries in his/her breast through four centuries the life-stained manuscript of his/her one great poem, “The Oak Tree”.

Sackville-West had famously won the prestigious Hawthornden Prize for her long poem “The Land” the year Orlando was begun. During the suffocating Victorian period, feeling herself under pressure to find a mate, Orlando flings herself down in the wild moor’s heather, declaring herself – definitively – nature’s bride, none other’s.

Woolf tells us her fantastic prince/ss is Vita but she leaves herself out of the mix and that feels shy of the whole picture. Orlando’s ancestors, their courtyards and acres, treasures and traditions, cramped their descendant’s style no less than Woolf’s was pinched by the honour she owed to her father’s Dictionary of National Biography. “Forefathers and How to Survive Them” is as good a subtitle for this book as any other.

The subject of inheritance had long intrigued Woolf. She writes of herself as “descended from a great many people, some famous, some obscure”, and grew up in a house inhabited by a domestic group made up of three families converged (her parents brought four children between them to their marriage and proceeded to have four more). She constantly played with the various atmospheres of her childhood as one might with marbles in a pocket.

Between the “communicative, letter-writing, visiting, articulate, late 19th-century world” that surrounded her parents in their house in Kensington and the rapturous remove of their family idyll in St Ives in Cornwall, which formed the hallowed mine for so much of her most tender writing, Woolf describes an origin of ingrained, almost synthetic, watchfulness: “the feeling of lying in a grape and seeing through a film of semi-transparent yellow”. Orlando shares this sensitivity; his existential connection to the changing seasons of each century is remarkable. He suffers from glooms that last seven days following deep crises.

By the time she was in her mid-twenties, Woolf had experienced the trauma of serial bereavement and had been institutionalised following the onset of what was to become a pattern of nervous collapses throughout her life. It is poignant to view this fantasy through the prism of the consciousness of someone for whom immortality might seem particularly elusive.

Woolf wrote of the limitations of memoir – “they leave out the person to whom things happened” – and so with Orlando she fuses memoir and biography, that discipline so revered in her father’s study and which she so eagerly wished to revolutionise in a night. We could say that Orlando is Woolf’s avatar dressed up in Sackville-West’s clothing.

In their letters to each other, we can trace the inspiration for Orlando’s fellow poet Nick Greene’s hilarious hypochondria, his obsession with money and with the backbiting criticism of his contemporaries, as Sackville-West teases Woolf with the charge of similar tendencies. By the same token, we can read Woolf parodying Lady Sybil Colefax’s attempts to “lion-hunt” from the perspective of the artist harassed by the great hostess (“she would exclaim, ‘Oh how I long to be a writer!’ and I would reply ‘Oh Sybil! If only I could be a great hostess like you!’”).

“It is necessary to write, if the days are not to slip emptily by. How else, indeed, to clap the net over the butterfly of the moment? For the moment passes, it is forgotten; the mood is gone; life itself is gone. That is where the writer scores over his fellows: he catches the changes of his mind on the hop.”

So wrote Vita Sackville-West, celebrated writer, celebrated hostess. I love this quote. It reminds me of Woolf catching moths as a child with her father. There is something so practical, so physical a gesture informing the attitude of both these writers: so typically muscular, so bodily and lived. The catching of wayward things with nets and then pinning them down.

Woolf often talked about the passing of time, but denying the power of time to pass seems so integral an aspect of her work as a writer. All her pasts are rekindled, all her memories refreshed by the magical vivacity of her writing. Some butterflies survive the bottle and prove immortal.

By the time she came to write Orlando, she had written three novels, all concerned with the project of revisiting – reanimating – intimately lived experience. This reanimation, together with an acceptance of the inevitability of transformation, multiplicity, inclusion and evolution, marks Woolf as a profoundly spiritual writer, as well as the formally modern one she is esteemed to be.

This book, this slender plaything of an excursion, is, perhaps, the most transgressive experiment she ever made: the merging of a double-exposure portrait, in the vernacular of her paternal inheritance, as a kind of talisman of hopefulness and carefree abandon toward something better than a brightening future – rather a glorious, trustworthy present.

I must declare now, at this border, that my own relationship with Orlando is complex and entwined, a kinship’s entanglement.

I was at school near Sevenoaks, within a short walk of Knole, and one of my school chums was a Sackville-West. Like Orlando – like Vita – I had grown up in an old house and looked like the people in the paintings on the stairs, mainly ruffed, mustachioed, velvet-covered men. We all posed formally in front of bits of furniture, strung together on a high family tree like so many forgotten party balloons caught in the branches. Like Orlando, I wrote poetry. In my adolescent fantasy I read this book and believed it was a hallucinogenic, interactive biography of my own life and future.

For me, this trifle of phantasmagoria has always been a practical manual. A tourist guide to human experience, the best of wise companions. At least, it was my first: a message in a bottle from an imaginary friend.

I reread it now, 35 years later, and I am struck by its capacity to change like a magic mirror. Where I had originally seen it as a book about writing, about becoming a writer, I now see it as a book about reading, about taking one’s place in the chain. Where I once assumed it was a book about eternal youth, I now see it as a book about growing up, about learning to live.

For five years I was privileged to work alongside Sally Potter’s development of her feature-film adaptation of this book. I played the part of Orlando. Twenty years later, Orlando is still the name by which I am best known in Russia, to which I readily answer on streets throughout the world. In my attic is a box containing two of the costumes Orlando wore in the film. One day, I know my son will find them and try them on. One day – soon, I expect – my poetry-writing daughter, his twin, will pick up Woolf’s book and try it on for size.

There was a period, stretched out as it was over many years – time’s bloomers, after all, having strong elastic – when Orlando felt far from trifling, like maybe the most solid thing any writer could offer a teenage reader. It gave reliable faith in everything being true all at once: boy and girl, bloodline and blood pulse, England and everywhere else, solitude and society, literature and living, the quick and the slow, the quick and the dead, now and then, a trick of the light.

I see now that at any point in a life of any length, when our relentless distractions lapse for a moment and there is that sudden flash of inspired clarity in which we see that all that life is about is nature, breathing in and out and keeping your head high until you drop, Orlando is the book to put under your pillow and rest upon.

source:http://www.telegraph.co.uk/culture/books/8995801/Tilda-Swinton-on-Virginia-Woolfs-Orlando.html

Ce que c’est que l’amour de la république dans la démocratie par Montesquieu

L’amour de la république, dans une démocratie, est celui de la démocratie; l’amour de la démocratie est celui de l’égalité. L’amour de la démocratie est encore l’amour de la frugalité. Chacun devant y avoir le même bonheur et les mêmes avantages, y doit goûter les mêmes plaisirs, et former les mêmes espérances; chose qu’on ne peut attendre que de la frugalité générale. L’amour de l’égalité, dans une démocratie, borne l’ambition au seul désir, au seul bonheur de rendre à sa patrie de plus grands services que les autres citoyens. Ils ne peuvent pas lui rendre tous des services égaux; mais ils doivent tous également lui en rendre. En naissant, on contracte envers elle une dette immense dont on ne peut jamais s’acquitter. Ainsi les distinctions y naissent du principe de l’égalité, lors même qu’elle paraît ôtée par des services heureux, ou par des talents supérieurs.

L’amour de la frugalité borne le désir d’avoir à l’attention que demande le nécessaire pour sa famille et même le superflu pour sa patrie. Les richesses donnent une puissance dont un citoyen ne peut pas user pour lui; car il ne serait pas égal. Elles procurent des délices dont il ne doit pas jouir non plus parce qu’elles choqueraient l’égalité tout de même. Aussi les bonnes démocraties, en établissant la frugalité domestique, ont-elles ouvert la poile aux dépenses publiques, comme on fit à Athènes et à Rome. Pour lors la magnificence et la profusion naissaient du fond de la frugalité même: et, comme la religion demande qu’on ait les mains pures pour faire des offrandes aux dieux, les lois voulaient des mœurs frugales pour que l’on pût donner à sa patrie. Le bon sens et le bonheur des particuliers consistent beaucoup dans la médiocrité de leurs talents et de leurs fortunes. Une république où les lois auront formé beaucoup de gens médiocres, composée de gens sages, se gouvernera sagement; composée de gens heureux, elle sera très heureuse.

Des lois en général par Montesquieu

Les lois, dans la signification la plus étendue, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses; et, dans ce sens, tous les êtres ont leurs lois, la divinité 4 a ses lois, le monde matériel a ses lois, les intelligences supérieures à l’homme ont leurs lois, les bêtes ont leurs lois, l’homme a ses lois.

Ceux qui ont dit qu’une fatalité aveugle a produit tous les effets que nous voyons dans le monde, ont dit une grande absurdité: car quelle plus grande absurdité qu’une fatalité aveugle qui aurait produit des êtres intelligents ?

Il y a donc une raison primitive ; et les lois sont les rapports qui se trouvent entre elle et les différents êtres, et les rapports de ces divers êtres entre eux.
Dieu a du rapport avec l’univers, comme créateur et comme conservateur: les lois selon lesquelles il a créé sont celles selon lesquelles il conserve. Il agit selon ces règles, parce qu’il les connaît; il les connaît parce qu’il les a faites; il les a faites, parce qu’elles ont du rapport avec sa sagesse et sa puissance.

Comme nous voyons que le monde, formé par le mouvement de la matière, et privé d’intelligence, subsiste toujours, il faut que ses mouvements aient des lois invariables; et, si l’on pouvait imaginer un autre monde que celui-ci, il aurait des règles constantes, ou il serait détruit.
Ainsi la création, qui paraît être un acte arbitraire, suppose des règles aussi invariables que la fatalité des athées. Il serait absurde de dire que le créateur, sans ces règles, pour-rait gouverner le monde, puisque le monde ne subsisterait pas sans elles.

Ces règles sont un rapport constamment établi. Entre un corps mû et un autre corps mû, c’est suivant les rapports de la masse et de la vitesse que tous les mouvements sont reçus, augmentés, diminués, perdus; chaque diversité est uniformité, chaque changement est constance.
Les êtres particuliers intelligents peuvent avoir des lois qu’ils ont faites; mais ils en ont aussi qu’ils n’ont pas faites. Avant qu’il y eût des êtres intelligents, ils étaient possibles; ils avaient donc des rapports possibles, et par conséquent des lois possibles. Avant qu’il y eût des lois faites, il y avait des rapports de justice possibles. Dire qu’il n’y a rien de juste ni d’injuste que ce qu’ordonnent ou défendent les lois positives, c’est dire qu’avant qu’on eût tracé de cercle, tous les rayons n’étaient pas égaux.

Il faut donc avouer des rapports d’équité antérieurs à la loi positive qui les établit: comme, par exemple, que, supposé qu’il y eût des sociétés d’hommes, il serait juste de se conformer à leurs lois; que, s’il y avait des êtres intelligents qui eussent reçu quelque bienfait d’un autre être, ils devraient en avoir de la reconnaissance; que, si un être intelligent avait créé un être intelligent, le créé devrait rester dans la dépendance qu’il a eue dès son origine; qu’un être intelligent, qui a fait du mal à un être intelligent,
mérite de recevoir le même mal; et ainsi du reste.

Mais il s’en faut bien que le monde intelligent soit aussi bien gouverné que le monde physique. Car, quoique celui-là ait aussi des lois qui par leur nature sont invariables, il ne les suit pas constamment comme le monde physique suit les siennes. La raison en est que les êtres particuliers intelligents sont bornés par leur nature, et par conséquent sujets à l’erreur; et, d’un autre côté, il est de leur nature qu’ils agissent par eux-mêmes. Ils ne suivent donc pas constamment leurs lois primitives;
et celles même qu’ils se donnent, ils ne les suivent pas toujours. On ne sait si les bêtes sont gouvernées par les lois générales du mouvement, ou par une motion
particulière. Quoi qu’il en soit, elles n’ont point avec Dieu de rapport plus intime que le reste du monde matériel; et le sentiment ne leur sert que dans le rapport qu’elles ont entre elles, ou avec d’autres êtres particuliers, ou avec elles-mêmes.
Par l’attrait du plaisir, elles conservent leur être particulier; et, par le même attrait, elles conservent leur espèce. Elles ont des lois naturelles, parce qu’elles sont unies par le sentiment; elles n’ont point de lois positives, parce qu’elles ne sont point unies par la connaissance. Elles ne suivent pourtant pas invariablement leurs lois naturelles: les plantes, en qui nous ne remarquons ni connaissance ni sentiment, les suivent mieux.
Les bêtes n’ont point les suprêmes avantages que nous avons; elles en ont que nous n’avons pas.Elles n’ont point nos espérances, mais elles n’ont pas nos craintes; elles subissent comme nous la mort, mais c’est sans la connaître; la plupart même se conservent mieux que nous, et ne font pas un aussi mauvais usage de leurs passions.

L’homme, comme être physique, est, ainsi que les autres corps, gouverné par des lois invariables.Comme être intelligent, il viole sans cesse les lois que Dieu a établies, et change celles qu’il établit lui-même.Il faut qu’il se conduise; et cependant il est un être borné: il est sujet à l’ignorance et à l’erreur,comme toutes les intelligences finies; les faibles connaissances qu’il a, il les perd encore. Comme créature sensible, il devient sujet à mille passions. Un tel être pouvait à tous les instants oublier son créateur; Dieu l’a rappelé à lui par les lois de la religion. Un tel être pouvait à tous les instants s’oublier lui-même; les philosophes l’ont averti par les lois de la morale. Fait pour vivre dans la société, il y pouvait oublier les autres; les législateurs l’ont rendu à ses devoirs par les lois politiques et civiles.

« Les vagues » de Virginia Woolf-extrait n°1 Incipit

Le soleil n’était pas encore levé. La mer ne se distinguait pas du ciel mais elle était un peu froissée, telle une nappe marquée de plis. À mesure que la lumière blanchissait, une ligne sombre s’étirait à l’horizon, séparant la mer du ciel et la nappe grise se striait sous sa surface de larges bandes mouvantes qui se suivaient, se poursuivaient perpétuellement. Approchant du rivage chaque barre levait, gonflait, se brisait, étendait un voile d’écume fine sur le sable. […] Peu à peu, la barre sombre de l’horizon s’éclaircit comme si les sédiments d’une vieille bouteille de vin s’étaient déposés au fond, laissant le verre limpide. Le ciel aussi s’éclaircissait, les sédiments blancs s’y étaient déposés, ou une femme couchée sous l’horizon avait levé une lampe, et des barres blanches, vertes et jaunes se déployaient en éventail. La femme hissa le bras plus haut, l’air paraissait fibreux, se déchirer à la surface verte où des fibres jaunes et rouges tremblaient comme des flammes. Peu à peu, les fibres du feu se fondirent en une brume, incandescence qui souleva le poids de laine grise, transformant le ciel en millions d’atomes bleu pâle. […] Doucement, le bras qui tenait la lampe s’éleva encore, et l’on vit une large flamme ; un arc de feu brûlait au bord de l’horizon et, tout autour, la mer s’embrasait de feu. La lumière frappa les arbres du jardin, donnant transparence à une feuille, à une autre… Pointe d’éventail posée sur le store blanc de la maison, le soleil aiguisait les arêtes des murs, laissant une empreinte d’ombre bleue sous le feuillage, près de la fenêtre de la chambre. Le store frémit à peine, à l’intérieur tout était sombre et sans substance.

Virginia Woolf