L’animisme enfantin, Jean Piaget.

Jean Piaget était un psychologue, logicien, épistémologue Suisse, connu pour ses importants travaux en épistémologie. C’est lui qui a créé les plus énormes travaux en épistémologie et développement de l’Enfant jusqu’à ce jour.

extrait de Jean Piaget sur la représentation du monde chez l’enfant

Si l’enfant ne distingue pas le monde psychique du monde physique, si même aux débuts de son évolution, il n’observe pas de limites précises entre son moi et le monde extérieur, il faut s’attendre à ce qu’il considère comme vivants et conscients un grand nombre de corps qui, pour nous, sont inertes. C’est ce phénomène que nous allons chercher à étudier chez l’enfant et que nous désignerons par le terme courant d' »animisme ». Nous n’ignorons pas les objections que l’on peut faire à l’emploi de ce mot, mais nous croyons qu’on peut répondre à deux principales.

Voici la première. Les anthropologistes anglais ont employé le terme d’animisme pour désigner les croyances suivant lesquelles les primitifs rempliraient la nature d’âmes, d’esprits, etc., afin de donner des causes aux phénomènes physiques. Le primitif serait donc arrivé à la notion d’âme, par des voies que l’on a cherché à imaginer, et c’est cette notion qui serait au point de départ des croyances animistes. On sait assez, aujourd’hui, combien cette description de la mentalité primitive est superficielle, et relative à notre mentalité contemporaine. La critique profonde de M. Lévy-Bruhl et les aperçus de M. Baldwin ont montré, jusqu’à l’évidence, que la marche suivie par les primitifs a été juste l’inverse de celle qu’on leur prête. Les primitifs n’ont pas distingué l’esprit et la matière. C’est parce qu’ils n’ont pas fait cette distinction que toutes choses leur paraissent à la fois douées de propriétés matérielles et d’intentions. C’est grâce à l’existence de ce continuum à la fois moral et physique que s’expliquent les participations occultes dont leur magie fourmille et qui ont donné l’illusion que les primitifs croyaient à l’esprit dans le même sens que nous. Ainsi M. Lévy-Bruhl proscrit-il le terme d’animisme, qui reste lié pour lui aux interprétations erronées auxquelles il a prêté. Mais nous ne mettrons dans ce mot rien de plus qu’il ne comporte; il désignera pour nous la tendance à considérer les corps comme vivants et intentionnés. Cette tendance est un fait et son nom ne préjuge en rien de l’interprétation qu’on en peut donner. Que, chez l’enfant, l’animisme soit dû à l’existence de la notion d’esprit ou, au contraire, à l’absence de cette notion, cela reste à examiner quel que soit le vocabulaire que nous convenons de choisir.

La deuxième critique que l’on peut formuler est certainement plus grave. Le terme d’animisme désigne une croyance propre aux peuples primitifs. Nous l’adoptons ici pour parler de l’enfant. Nous semblons ainsi trancher la question de savoir si des croyances analogues sont identiques chez le primitif et chez l’enfant. Mais il n’en est rien. Nous prenons le mot « animisme » à titre de terme générique, et le problème reste entier de savoir si les diverses espèces d’animisme ont la même origine psychologique ou des origines distinctes.

Cela dit, il convient de discerner, dans l’étude de l’animisme enfantin, trois problèmes principaux. Il y a d’abord le problème de l’intentionnalité: l’enfant attribue-t-il la conscience aux objets qui l’entourent, et dans quelle mesure? le second problème est plus intéressant pour la causalité: quel est le sens du concept de vie chez l’enfant? la vie recouvre-t-elle la conscience ou pas, etc.?

2 réflexions sur “L’animisme enfantin, Jean Piaget.

  1. A la fin de sa vie, Lévy-Bruhl a renoncé à la notion de mentalité primitive, en tout cas il a renoncé à la spécificité de cette notion, alors que les critiques étaient de plus en plus nombreux à trouver cette idée « pétrie de préjugés ». Je note que, même si L-B se rapprochait ainsi de Piaget, celui-ci a pourtant affirmé que L-B s’était exagérément rétracté. Et lorsque plus tard Piaget fut sévèrement attaqué par la psychologie américaine à propos de sa notion de stade, il disait qu’il n’allait pas se rétracter, qu’il ne voulait pas faire la même erreur que Lévy-Bruhl…

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    • Bonjour, Il est toujours aisé d’être persuadé que face à une situation donnée, ici les critiques, nous allons savoir faire face.
      Claude Lévi-Strauss aborde de cette critique-ci sur Piaget et explique ainsi :
      « Il est intéressant de voir les psychologues critiquer indépendamment, mais de la même façon la thèse de la « mentalité primitive » dont Piaget n’a fait, au fond que formuler un équivalent formel : entre pensée primitive et pensée civilisée il y a sans doute des différences, mais celles-ci sont uniquement dues au fait que la pensée est toujours « situationnelle ». Les différences disparaissent dès que les stimuli (sociaux, idéologiques etc.) changent ».

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