septième promenade, Jean-Jacques Rousseau

extrait

Fuyant les hommes, cherchant la solitude, n’imaginant plus, pensant encore moins, et cependant doué d’un tempérament vif qui m’éloigne de l’apathie languissante et mélancolique, je commençai de m’occuper de tout ce qui m’entourait et par un instinct fort naturel je donnai la préférence aux objets les plus agréables. Le règne minéral n’a rien en soi d’aimable et d’attrayant; ses richesses enfermées dans le sein de la terre semblent avoir été éloignées des regards des hommes pour ne pas tenter leur cupidité. Elles sont là comme en réserve pour servir un jour de supplément aux véritables richesses qui sont plus à sa portée et dont il perd le goût à mesure qu’il se corrompt. Alors il faut qu’il appelle l’industrie, la peine et le travail au secours de ses misères; il fouille les entrailles de la terre, il va chercher dans son centre aux risques de sa vie et aux dépens de sa santé des biens imaginaires à la place des biens réels qu’elle lui offrait d’elle-même quand il savait en jouir. Il fuit le soleil et le jour qu’il n’est plus digne de voir.

L’Amour par Ralph Waldo Emerson

Ralph Waldo Emerson est un philosophe et poète américain du début du XIXè siècle.

extrait

Chaque promesse de l’âme peut être exaucée de mille et une façons; chacune de ses joies s’épanouit en un nouveau désir; la Nature, qui coule sans pouvoir être contenue, prévoyante dans son sentiment premier de bonté, devance déjà une bienveillance qui fondra toute estime individuelle dans sa lumière générale. L’introduction à ce bonheur réside dans une relation tendre et intime entre deux êtres, qui est l’enchantement de la vie humaine; qui, pareille à un véritable enthousiasme et à certaine fureur divine, s’empare de l’homme à une époque de sa vie, opère une révolution dans son esprit et dans son corps; l’unit à la race, l’engage dans les relations domestiques et civiques, le conduit vers la nature avec une sympathie nouvelle, renforce le pouvoir des sens, ouvre l’imagination, ajoute à son caractère des attributs héroïques et sacrés, institue le mariage et apporte permanence à la société humaine. L’association naturelle du sentiment d’amour avec la fleur de l’âge semble exiger, afin d’être dépeint au moyen de couleurs vives, ce que chaque garçon et chaque jeune fille admettront être conforme à leur vibrante expérience.

La confiance en soi par Ralph Waldo Emerson

Ralph Waldo Emerson est un philosophe et poète américain du début du XIXè siècle.

Ne te quaesiveris extra.

L’homme est sa propre étoile; et l’âme, qui peut le rendre honnête et parfait, commande toute lumière, toute influence, toute destinée; Rien ne lui échoit trop tôt ou trop tard. Nos actes sont nos anges, bons ou mauvais, Ombres du destin, marchant à nos côtés (Beaumont et Fletcher).

Dernièrement, je lisais quelques vers d’un peintre éminent, vers pleins d’originalité et sans rien de conventionnel. Par de tels vers, l’âme entend toujours une sorte d’avertissement, quel que soit le sujet traité. Le sentiment qu’ils inspirent a plus de valeur que la pensée, qu’elle qu’elle soit, qu’ils peuvent renfermer. Croire en votre propre pensée, croire que ce qui est vrai pour vous au plus secret de votre cœur est vrai pour tous les hommes, là est le génie. Exprimez votre conviction profonde, et son sens en deviendra universel; car le moment venu, ce qui est le plus secret devient le plus répandu et notre pensée première nous est renvoyée par les trompettes du Jugement dernier. La voix de l’esprit étant si familière à chacun, le plus grand mérite que nous reconnaissions à Moïse, Platon et Dante est de n’avoir fait aucun cas des livres et des traditions et d’avoir dit non pas ce que pensaient les hommes, mais ce qu’eux-mêmes pensaient. L’homme devrait apprendre à détecter et à observer cette lueur qui, de l’intérieur, traverse son esprit comme un éclair, plus qu’il ne prête attention à l’éclat qui brille au firmament des bardes et des sages.

L’Esprit par Ralph Waldo Emerson

Ralph Waldo Emerson est un philosophe et poète américain du début du XIXè siècle

Il est essentiel pour une théorie véritable de la nature et de l’homme, de contenir des éléments de progrès. Des usages qui sont vidés de leur sens, ou qui risquent de l’être, et des faits qui se bornent à une affirmation, ne peuvent être toute la vérité de cette noble demeure où l’homme est abrité, et où toutes ses facultés trouvent à s’exercer de manière juste et illimitée. Et tous les usages de la nature peuvent se résumer en un seul, qui confère à l’activité humaine un champ infini. A travers tous ces royaumes, jusqu’au voisinage et aux confins des choses, elle est fidèle à la cause d’où elle tire son origine. Elle parle toujours de l’esprit. Elle suggère l’absolu. Elle est, perpétuellement, un effet. C’est une grande ombre indiquant toujours le soleil derrière nous. La Nature a un air de piété. Tout comme l’image de jésus, elle se tient, la tête inclinée et les mains croisées sur la poitrine. L’homme le plus heureux est celui qui apprend de la nature même sa leçon de prière. De cette essence ineffable que nous appelons Esprit, celui qui réfléchit le plus en dira le moins. Nous pouvons pressentir Dieu dans les manifestations grossières et pour ainsi dire distante de la matière; mais lorsque nous essayons de le définir et de le décrire, à la fois le langage et la pensée nous font défaut, et nous sommes aussi impuissants que des sots ou des créatures primitives. Cette essence refuse de se laisser traduire en propositions, mais lorsque l’homme lui a rendu un culte intellectuel, le ministère le plus noble que puisse exercer la nature est de se montrer comme la manifestation visible de Dieu. Elle est l’organe par lequel l’esprit universel parle à l’individu à ce même esprit.

Montaigne, ou le sceptique

Chaque fait est relié d’un côté aux sensations et de l’autre à la morale. Lorsque apparaît l’un de ces deux aspects, le jeu de la pensée consiste à trouver l’autre: si le côté supérieur est visible, il s’agit de trouver la face cachée. Rien n’est si simple que l’on ne voie ces deux faces, et lorsque l’observateur a vu l’avers, il retourne pour voir le revers. Lancer la pièce de monnaie est le jeu de la vie: un jeu de pile ou face. Nous ne nous lassons jamais de ce jeu, car lorsque apparaît l’autre face, il y a toujours un léger frisson de surprise devant le contraste entre les deux. Un individu débordant de succès s’avise de ce que signifie la chance qu’il a. Il conclut son affaire dans la rue, mais il advient que lui aussi est acheté et vendu. Un autre constate la beauté d’un visage et recherche la cause de cette beauté, qui doit être encore plus belle. Un autre encore accumule des richesses, défend les lois, chérit ses enfants; mais il se demande: Pourquoi? et dans quel but? Dans le langage philosophique, ces deux aspects, pile ou face, s’appellent le Fini et l’Infini; le Relatif et l’Absolu; l’Apparent et le Réel, et ils ont encore bien d’autres grands noms. Chacun naît avec une prédisposition à l’une ou l’autre de ces deux faces de la nature, et il adviendra aisément de trouver des individus voués à l’une et l’autre. Les uns auront la perception de la différence, et seront à l’aise parmi les faits ou les apparences, les cités et les jeux, et ils auront la capacité de faire surgir l’événement, ce sont les hommes d’action et de talent. Les autres auront la perception de l’identité, ils sont hommes de foi, philosophes, hommes de génie.

Le silence

Le silence est un terme polysémique, un mot à plusieurs masques en pelure d’oignon. Un mot que l’on pèle avec enchantement. Absence de bruit, jeûne de la parole, renoncement, il se révèle chant secret du langage abouti, musique aux mille harmoniques selon l’imaginaire, les affects, l’intuition. Le silence perce au-delà le concept, l’intellect, il nous emmène au cœur des choses, il nous fait toucher, pour peu que l’on s’y prête, le cœur de Dieu.

Nous sommes une goutte d’eau dans l’océan. Mais la goutte d’eau sait-elle que: l’océan en est elle?

Chacun emprunte le chemin de poème qui le mène au silence, à la paix intérieure.

Une rose effeuillée, la pluie, matin d’automne

Mon pas sur le chemin; le ciel d’hiver écoute…

Aux origines de l’Abbaye de Maylis…

Nous ne savons pas exactement depuis quand il existe un sanctuaire dédié à Notre-Dame.

Deux documents nous permettent seulement d’affirmer l’existence au XIVè siècle d’une paroisse dédiée à Notre-Dame à Maylis.

Le premier, daté de 1280, relate l’hommage rendu à Edouard 1er, Roi d’Angleterre et duc de Guyenne, par le Seigneur Garcias Arnaldus d’Amor, dont l’armée occupe in solosa locum de Sescaus (ou Fescaus) in parrochia de Maylis.

Le deuxième, daté de 1338, est la copie d’un acte par lequel le Seigneur baron de Doazit cède à la Universitat et bésins deu Baliage et loc de Doazit des terres, landes et bois qu’il possède dans les paroisses avoisinantes et notamment en la parroty de nostre dame de Maylis. 

L’origine du nom Maylis est tout aussi inconnue. Signalons tout de même une étymologie fort belle: Maylis viendrait de May, mère en gascon, et lis, symbole de la pureté.

Maylis signifie mère toute pure, mère de la pureté et des âmes pures.

«Sauvez l’or de la Suisse», Bilan

En 2000, la BNS détenait 2600 tonnes d’or, soit pas moins de 8% de l’ensemble des réserves des banques centrales mondiales! C’est préalablement à la crise des années 2007 et 2008 que la BNS fut en mesure d’écouler une partie importante de ses réserves d’or, qui furent ramenées à environ 1000 tonnes à l’été 2014.

Avec un bilan global de 517 milliards de francs suisses en juillet 2014, cet or estimé à 39 milliards de francs représente donc quelque 7,6% des réserves de la BNS.

Dès le 1er décembre 2014, la BNS aura cinq ans pour se conformer à la nouvelle loi et maintenir en tout temps un stock d’or équivalent à 20% de l’ensemble de ses réserves. Certes, la Banque centrale serait théoriquement susceptible d’y parvenir à la faveur d’une réduction de son bilan.

Cette hypothèse qui consisterait à vendre une partie importante de ses réserves libellées en euros est néanmoins à exclure au vu du niveau actuel de la parité euro-suisse, tout proche du plancher défini par la BNS.

Pour atteindre ce ratio des 20%, celle-là devra donc acheter environ 1650 tonnes d’or, soit pas moins de 70% de la production annuelle mondiale! Comme la BNS risque fort d’intervenir prochainement sur les marchés pour soutenir l’euro et enrayer l’appréciation de sa monnaie qui flirte avec le «peg» des 1 fr. 20, et comme ces achats d’euros ne peuvent se faire qu’à la faveur d’une augmentation supplémentaire de son bilan, il y a fort à parier que cette estimation de 1650 tonnes d’or à acheter pour se conformer à la nouvelle loi soit une estimation assez conservatrice. Le succès éventuel – et possible – de l’initiative populaire «Sauvez l’or de la Suisse» induirait donc un authentique cataclysme sur les marchés financiers à l’échelle mondiale.

Nous ne reviendrons pas sur les raisons ayant contraint la BNS à définir ce palier de 1 fr. 20 pour 1 euro comme plancher à défendre coûte que coûte. Elles sont pourtant ignorées par les promoteurs de cette initiative, qui balaient d’un revers de main les turbulences extrêmes des subprimes en 2007, de la faillite de Lehman en 2008 et de la crise des dettes souveraines européennes ayant failli dès 2009 emporter l’euro, et qui ont toutes contribué à propulser le franc suisse vers des sommets ayant failli asphyxier l’économie suisse.

C’est effectivement pour juguler la déflation et pour combattre la récession (toutes deux consécutives à l’envolée du franc suisse) que la BNS dut se résoudre à imposer ce «peg», et qu’elle s’est donné par la suite les moyens de le défendre «à son corps défendant», c’est-à-dire en agrandissant son bilan de manière quasi hyperbolique. Tandis que le monde entier faisait le contraire, seuls les achats massifs d’euros contre des francs suisses de la BNS ont permis de stabiliser une économie helvétique qui à tous points de vue – autant sur la croissance que sur l’emploi – a fait mieux que l’ensemble du monde occidental depuis le déclenchement de la crise.

Un choix impossible

Sous une apparence protectrice des intérêts de la Suisse, cette initiative malencontreuse promet toutefois d’éradiquer tous ces effets bénéfiques. Il sera en effet impossible à la BNS d’acheter cet or avec des francs suisses nouvellement créés, car cela reviendrait à agrandir davantage son bilan et – donc – à acheter encore plus d’or que prévu initialement afin de se conformer à ce ratio des 20%.

En réalité, pour des motifs purement arithmétiques, la BNS ne pourra atteindre cette proportion qu’en vendant une partie de ses réserves actuelles – et notamment des euros – avec toutes les conséquences que l’on imagine aisément sur l’évolution de la parité euro-franc suisse, cruciale, voire vitale pour l’économie du pays.

Pis encore, car elle sera confrontée à un choix impossible en cas d’aggravation de la crise européenne, ou tout simplement si la Banque centrale européenne décidait de se lancer dans un programme de baisses de taux quantitatives qui aurait pour conséquence immédiate un affaiblissement supplémentaire de l’euro.

Dans une telle hypothèse, la BNS devra donc tout à la fois acheter des euros (pour affaiblir le franc suisse) et de l’or (pour satisfaire à ce ratio des 20% qui devra être ajusté du fait de l’augmentation de son bilan). Comme cette loi prévoit aussi d’interdire à la BNS de vendre la moindre quantité d’or, elle pourrait se retrouver avec… 100% de réserves d’or!

Imaginons en effet le cas de figure où elle devrait accumuler des eurosen quantités massives – et donc acheter de l’or en même temps – elle serait en mesure – la tempête passée – de revendre ses euros mais dans l’impossibilité de se dessaisir de la moindre once d’or du fait d’une loi qui l’en empêche.

Une BNS avec 100% de réserves en or ferait à coup sûr le bonheur des fanatiques du métal jaune, mais également un désastre économique pour le pays. Plus vraisemblablement, sous le poids de telles contraintes inextricables, la BNS se résoudra à l’inaction et laissera donc sa monnaie, son économie et ses emplois en pâture à la spéculation mondiale.

Les promoteurs et ardents défenseurs de cette initiative veulent certes sauver l’or, mais ils y perdront à coup sûr la Suisse!

*  Michel Santi est macroéconomiste et directeur financier de Cristal Capital à Genève.

source: Bilan.ch