« L’Utilitarisme » par John Stuart Mill(1861)

Le bonheur que les utilitaristes ont adopté comme critérium de la moralité de la conduite n’est pas le bonheur personnel de l’agent, mais celui de tous les intéressés. Ainsi, entre son propre bonheur et celui des autres, l’utilitarisme exige de l’individu qu’il soit aussi rigoureusement impartial qu’un spectateur désintéressé et bienveillant. Dans la règle d’or de Jésus de Nazareth, nous retrouvons tout l’esprit de la morale de l’utilité. Faire ce que nous voudrions qu’on nous fit, aimer notre prochain comme nous-mêmes : voilà qui constitue la perfection idéale de la moralité utilitariste. Pour nous rapprocher de cet idéal autant qu’il est possible, l’utilitarisme prescrirait les moyens qui suivent. En premier lieu, les lois et les arrangements sociaux devraient mettre autant que possible le bonheur ou (comme on pourrait l’appeler dans la vie courante) l’intérêt de chaque individu en harmonie avec l’intérêt de la société. En second lieu, l’éducation et l’opinion, qui ont un si grand pouvoir sur le caractère des hommes, devraient user de ce pouvoir pour créer dans l’esprit de chaque individu une association indissoluble entre son bonheur personnel et le bien de la société, et tout particulièrement entre son bonheur personnel et la pratique des conduites négatives et positives que prescrit le souci du bonheur universel ; ainsi, non seulement l’individu pourrait devenir incapable d’accorder dans son esprit avec la possibilité du bonheur pour lui-même l’adoption d’une conduite contraire au  bien général, mais encore une tendance directe à promouvoir le bien général pourrait devenir un de ses motifs habituels d’action,  et les sentiments liés à cette tendance pourraient occuper une large place, une place dominante, dans la vie consciente de tous les êtres humains. Si les adversaires de la morale utilitariste se la représentaient ainsi, telle qu’elle est réellement,je ne vois vraiment pas, parmi les titres de recommandation que possèdent  les autres morales, quel est celui qu’ils pourraient refuser à celle-ci, ni quels développements plus beaux ou plus hauts de la nature humaine un autre système moral peut bien, selon eux, favoriser; ni sur quels ressorts d’action interdits aux utilitaristes les autres systèmes comptent, pour assurer la mise en pratique de leurs préceptes.

John Stuart Mill, L‘Utilitarisme, 1861.

 

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